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DOCUMENT A/1884

30 novembre 2004


Les avions de combat sans pilote et l’avenir de l’aéronautique militaire


Document A/1884

30 novembre 2004

Les avions de combat sans pilote et l’avenir de l’aéronautique militaire

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RAPPORT1

présenté au nom de la Commission technique et aérospatiale2

par M. Braga, rapporteur (Portugal, Groupe socialiste)

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1 Adopté par la commission à l’unanimité le 9 novembre 2004.

2 Membres de la commission : M. O’Hara (président) ; MM. Mauro, Braga (vice-présidents) ; Mme Aburto Baselga, MM. Anacoreta Correia, Atkinson, Azzolini, Bindig, Van den Brande, Danieli, Duivesteijn, Etherington, Mme Fernández-Capel Baños (remplaçant : Puche Rodríguez), MM. Haupert, Höfer, Mme Katseli, MM. Kucheida, Le Grand, Le Guen, Letzgus, Meale, Meimarakis (remplaçant : Dendias), Mme Melandri, M. Monfils, Mme Quesada Bravo (remplaçante : Cortajarena Iturrioz), MM. Reymann, Siebert, van Winsen.

Membres assimilés : Mme Brestenská, MM. Eörsi, Gawlowski, Juozaitiene, Komorowski, Lepikson, Rockenbauer, Mme Senyszyn, MM. Strazdins, Titz, Vnucec, N….

Membres associés : MM. Açikgöz, Ates, Çavusoglu, Mme Hlödversdottir, M. Konradsen, N…

Membres associés assimilés : MM. Ciocarlie, Mme Rebreanu, N…, N…

N.B. : Les noms des participants au vote sont indiqués en italique.


RECOMMANDATION N° 7541

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sur les avions de combat sans pilote et l’avenir de l’aéronautique militaire

L’Assemblée,

(i) Rappelant que l’aéronautique et l’espace sont, de par leurs contraintes et spécificités techniques, des vecteurs de progrès et d’innovation ;

(ii) Constatant que le défi technologique que représentent les UCAV (Unmanned Combat Aerial Vehicles) mobilise des ressources croissantes aux Etats-Unis, en Europe et dans d’autres Etats ayant des industries de défense développées ;

(iii) Considérant que l’importance accordée aux programmes futurs d’UAV (Unmanned Aerial Vehicles) et d’UCAV, en termes d’investissements et de recherche, technologie, développement et évaluation (RTD&E), aura inévitablement des conséquences pour le volet civil de cette industrie ;

(iv) Considérant que les drones tactiques ont été et sont toujours utilisés régulièrement par les armées européennes en Europe (guerre du Kosovo) et ailleurs (Afghanistan, Afrique, Irak) et que leur facilité de transport et d’emploi, leur modularité et leur rapport coût-efficacité les ont rendus indispensables et incontournables ;

(v) Rappelant que les UAV ont été, jusqu’à maintenant, utilisés pour des missions de renseignement, surveillance, acquisition de cibles et reconnaissance ;

(vi) Constatant qu’avec les UCAV, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre pour l’aéronautique, car il ne s’agit pas uniquement de machines contrôlées à distance, mais de véritables avions de combat, multimissions/multirôles, autonomes et capables de s’adapter à l’environnement dans lequel ils évoluent ;

(vii) Considérant que le concept de l’UCAV correspond à un nouveau système d’armes, dont l’introduction modifiera de manière significative les doctrines et les règles d’engagement des forces militaires et que le recours à cette technologie est perçu comme une manière de rationaliser les armées de l’air en limitant l’intervention humaine et les contraintes qui y sont liées ;

(viii) Constatant l’existence de différents programmes en cours et projets européens d’UCAV, dont le programme Neuron, sous la conduite de la France et avec la participation de la Belgique, l’Espagne, la Grèce, l’Italie, la Suède et la Suisse ;

(ix) Considérant par ailleurs que le recours aux drones est une évolution logique, résultant de la Révolution des affaires militaires (RMA) et du progrès technologique, notamment dans le domaine de l’informatique et de la miniaturisation ;

(x) Constatant que seuls les pays disposant d’une industrie aéronautique et d’une base technologique/informatique développées peuvent jouer un rôle décisif dans le domaine des drones stratégiques et des UCAV ;

(xi) Soulignant la nécessité d’éviter que les efforts européens dans ce domaine se fassent en ordre dispersé comme cela a été souvent le cas, dans le passé, pour d’autres systèmes d’armes ;

(xii) Soulignant que ces questions touchent aussi à un aspect crucial de la PESD, celui de la base technologique et industrielle de défense européenne (BITDE) et des capacités européennes de recherche, technologie, développement et évaluation (RTD&E) ;

(xiii) Constatant que l’effort industriel entrepris nécessite aussi un soutien politique ferme et une vision d’ensemble de l’intégration de ces nouveaux systèmes d’armes et qu’il appartient aux groupes de projets du Plan d’action européen sur les capacités (PAEC) et à l’Agence européenne de défense (AED) d’assurer cette intégration ;

(xiv) Soulignant l’importance de la poursuite du programme ETAP – programme européen d’acquisition de technologies – pour les avions de combat du futur, dont les démonstrateurs UCAV constituent l’un des éléments les plus prometteurs ;

(xv) Rappelant par ailleurs qu’en matière de systèmes UAV/UCAV, l’interopérabilité est indispensable et qu’au niveau euro-atlantique, c’est à l’OTAN qu’incombe la responsabilité de trouver un « langage commun » entre alliés et de concevoir l’architecture d’un système d’exploitation commun ;

(xvi) Considérant enfin que sans un effort commun et partagé, qui suppose aussi de la part des Etats-Unis une ouverture à la coopération européenne pour tous types de projets de véhicules sans pilote, les forces américaines et européennes ne seront plus capables, à moyen terme, d’opérer ensemble dans des conflits technologiques de basse ou moyenne intensité,

RECOMMANDE AU CONSEIL D’INVITER LES PAYS DE L’UEO

  1. A soutenir activement les efforts européens pour concevoir et développer des démonstrateurs de technologies en matière d’UAV et d’UCAV en accroissant leur participation politique, financière, technologique et industrielle ;
  2. A tenir compte, dans ce contexte, des facteurs suivants :
  • le concept de véhicules sans pilote, guidés à distance ou autonomes, appliqué à de nouveaux systèmes d’armes aériens, terrestres et navals, aura des incidences sur les doctrines de défense et en matière d’engagement opérationnel des forces ;
  • il est nécessaire d’avoir une vision d’ensemble de l’intégration de ces nouveaux systèmes d’armes destinés à compléter et/ou à remplacer les systèmes pilotés existants ;
  • les Européens doivent éviter d’agir en ordre dispersé et de se livrer à une compétition et à une duplication d’efforts coûteuses et inefficaces à terme ;
  • un certain degré de spécialisation et d’interdépendance doit être accepté afin d’éviter l’enlisement des programmes face à des demandes contradictoires ;
  • les Européens doivent développer leurs propres réseaux, modulables en fonction des coalitions européennes ou transatlantiques dans le sens du multilatéralisme efficace que préconise la Stratégie européenne de sécurité de décembre 2003 ;
  • le maintien d’un niveau optimal d’interopérabilité transatlantique est indispensable et la responsabilité de trouver un système d’exploitation commun entre les Etats-Unis et leurs alliés incombe en premier lieu à l’OTAN ;
  • il incombe aux organes militaires de l’UE et à l’AED de développer un standard unique européen, interopérable et interchangeable, qui pourrait servir de référence pour permettre l’interaction entre les systèmes européens et américains.

EXPOSÉ DES MOTIFS

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présenté par M. Braga, rapporteur (Portugal, Groupe socialiste)

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I. Introduction

  1. Les aéronefs sans pilote et les aéronefs de combat sans pilote2 représentent une étape importante dans le développement de l’aéronautique, tant militaire que civile. La guerre du Kosovo (mars-mai 1999) et les opérations militaires en Afghanistan (2001 à nos jours) et en Irak (mars-avril 2003) ont popularisé, dans les médias, les drones aériens, utilisés à des fins d’observation ou de combat. Ce dernier aspect présente un intérêt particulier car il est prometteur d’une révolution dans l’aéronautique de défense : le remplacement de l’homme par la machine pour les opérations militaires de combat.
  2. La poursuite de cet objectif est possible grâce à l’évolution des technologies de l’information et de la communication, et surtout à la croissance exponentielle de la puissance de calcul des ordinateurs. Les forces aériennes militaires du futur compteront encore sur l’expertise et les capacités de leurs aviateurs, mais ceux-ci feront partie d’un système intégré plus vaste, très informatisé, où ils cohabiteront (jusqu’à leur remplacement) avec des machines très sophistiquées, de plus en plus puissantes et autonomes. Ceci aura des implications non seulement pour les domaines aéronautique et spatial mais aussi pour les autres composantes de la défense, terre et mer.
  3. Le recours à des machines volantes non pilotées à des fins militaires n’est pourtant pas une nouveauté historique. Depuis les cerfs-volants et les ballons, en passant par les « bombes » volantes, utilisés dans plusieurs conflits dans l’histoire pour l’observation ou l’attaque, jusqu’aux drones modernes et aux aéronefs automatisés, ce sont des siècles d’innovations et d’efforts technologiques qui se sont écoulés. C’est toutefois pendant la guerre froide et les conflits qu’elle a engendrés (guerres de Corée et du Vietnam, par exemple) que les avions sans pilote ont connu des développements importants, au niveau de l’utilisation et de la conception technique. Cette évolution a été accentuée par la « révolution » informatique des années 1980 à 1990.
  4. A partir de la dernière décennie du XXe siècle, avec la guerre du Golfe (1991), les drones se sont installés durablement sur les champs de bataille modernes au point d’être devenus indispensables pour les opérations militaires, et même d’entrer en concurrence avec les plates-formes classiques, « humaines ». La complémentarité devient de plus en plus une compétition, soutenue par les industries et certains décideurs politiques et militaires, non sans une certaine méfiance et résistance de la part des derniers, surtout au sein de l’armée de l’air.
  5. Si les prouesses aériennes des Predator et Global Hawk (Etats-Unis), Piver, Crécerelle et Sperwer (France) (parmi beaucoup d’autres) ne jouissent pas du même prestige que les plates-formes aériennes pilotées, l’extension progressive de leur champ d’action et leur sophistication croissante les rapprochent graduellement de ces dernières. Dans les faits, la « nouvelle frontière » de l’aéronautique militaire a déjà été franchie : aux Etats-Unis comme en Europe, les aéronefs classiques, pilotés, ne sont plus la seule référence en matière de programmes aéronautiques de défense. Leur remplacement par des plates-formes automatisées autonomes est une option crédible en dépit des obstacles conceptuels et techniques actuels.
  6. Des matériaux aux systèmes informatiques, l’aéronautique et l’espace, de par leurs contraintes et spécificités techniques, sont des vecteurs de progrès et d’innovation. L’importance qui sera accordée aux programmes futurs d’UAV et d’UCAV, en termes d’investissements et de recherche, technologie, développement et évaluation (RTD&E), aura inévitablement des conséquences pour le volet civil de cette industrie. De même, les progrès réalisés dans l’informatisation, l’automatisation et l’autonomie croissante des systèmes s’étendront progressivement aux matériels terrestres et navals. En remplaçant progressivement le facteur humain et en l’intégrant dans des réseaux informatiques de plus en plus complexes (les opérations « réseau-centrées »3), c’est aussi toute la conception de la défense, nationale et européenne, et des opérations militaires qui est à revoir.
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II. UCAV, UAV et autres « automates » à usage militaire

  1. Lors de la guerre du Golfe en 1991, les Etats-Unis ont utilisé un seul système UAV, le « Pioneer »4 de la marine. Durant la guerre du Kosovo, au moins quatre pays ont déployé des UAV à des fins d’observation mais aussi de guerre électronique, avant et pendant les hostilités – l’Allemagne5, les Etats-Unis, la France et le Royaume Uni. En 2001, un UAV de type Predator, armé de roquettes Hellfire (air-sol) a été utilisé contre les talibans et les groupes armés d’Al-Qaida – c’est le premier « UCAV » en service testé au combat. Dans la récente guerre contre l’Irak (2003), les Etats-Unis ont utilisé plus d’une dizaine de systèmes UAV couvrant différents types de missions. Aux Etats-Unis comme en Europe (membres européens de l’OTAN et de l’UE), les aéronefs robotisés prennent une place croissante dans la conduite et le déroulement des opérations militaires, du maintien de la paix à la guerre offensive.
  2. Leurs particularités – notamment le faible coût relatif et l’absence d’équipage humain – rendent les UAV et les UCAV très attrayants pour les états-majors et les décideurs politiques. Sur 13 drones engagés dans des opérations sur le Kosovo en 1999, la France en a perdu cinq, mais ceci n’a eu aucun impact en termes de capacités opérationnelles ou au niveau politique si l’on compare avec ce qui se serait passé si le même pourcentage de pertes (ou même un pourcentage moindre) avait touché les avions pilotés. Utilisés à ce jour essentiellement pour des missions d’observation et de guerre électronique, les drones ont aussi un potentiel « offensif » dont on ne peut pas encore prévoir toutes les conséquences. Mais déjà, le défi technologique que représentent les UCAV mobilise des ressources croissantes aux Etats-Unis, en Europe et dans d’autres Etats possédant des industries aéronautiques de défense développées.
  3. En parallèle, le concept d’engin « sans pilote » n’est plus aujourd’hui le monopole des aéronefs. Les véhicules terrestres, les plates-formes maritimes et la défense dans l’espace extra-atmosphérique sont des bénéficiaires directs des progrès enregistrés dans ce domaine par la recherche aéronautique couplée à une intégration informatique croissante (réseau-centrée). Ceci ouvre des perspectives nouvelles pour l’ensemble des industries de défense, surtout dans les domaines terrestre et naval, où les avancées sont plus lentes que dans l’aéronautique et l’espace civils et militaires.

1. Les « robots » de l’air : concepts et emploi

  1. UAV6 et UCAV présentent des similitudes mais aussi des différences importantes en matière de technologie et de capacités. Les drones de combat en gestation sont dérivés des UAV tout en représentant une nouvelle génération d’aéronefs destinés à occuper une place croissante au sein des armées de l’air. De par leur taille et leurs caractéristiques (charge emportée, autonomie, rayon d’action, par exemple), les drones d’observation ou de guerre électronique sont, en général, aisément transportables et ne nécessitent pas une infrastructure de soutien et de lancement lourde. Mais les projets existants d’UCAV s’apparentent à de véritables avions de combat, chasseurs ou bombardiers, de dimensions assez importantes, nécessitant des pistes de décollage et d’atterrissage et disposant de capacités autonomes de réaction à l’environnement dans lequel ils évoluent.
(a) Les drones d’observation et de guerre électronique

  1. Le panel de l’OTAN sur les UAV les définit comme : « Un véhicule aérien motorisé, qui ne transporte pas d’opérateur humain, utilise la force aérodynamique pour assurer sa portance, peut voler de façon autonome ou être piloté à distance, être non réutilisable ou récupérable et emporter une charge utile létale ou non létale. Les engins balistiques ou semi-balistiques, les missiles de croisière et les projectiles d’artillerie ne sont pas considérés comme des drones »7. Les drones sont généralement divisés en trois catégories : les micro-drones (de dimensions très réduites et emportant une charge très légère), les drones tactiques et les drones stratégiques à « haute endurance », les plus importants. Ceux-ci se subdivisent en drones « moyenne altitude longue endurance » (MALE) et « haute altitude longue endurance » (HALE). Des appareils de cette catégorie ont une envergure proche de celle d’un aéronef classique ; ils peuvent emporter des charges qui dépassent les 100 kg, atteindre des altitudes de 8 000 mètres et au-delà et rester en l’air plus d’une journée.
  2. Les drones tactiques équipent la majorité des armées européennes et ont été ou sont déployés régulièrement dans les missions accomplies par celles-ci, en Europe (guerre du Kosovo) et ailleurs (Afghanistan, Afrique, Irak). Leur facilité de transport (poids et encombrement réduits) et d’utilisation, et leur modularité (facilement adaptables aux conditions de la mission) les ont rendus incontournables, en raison notamment de leur rapport coût/efficacité (un drone tactique coûte environ 1,5 million d’euros, un drone miniature moins de 5 000 euros). Leurs inconvénients sont leur faible autonomie (quelques heures), leur lenteur et le fait qu’ils volent à basse altitude (moins de 1 000 mètres).
  3. Les UAV ont été jusqu’à maintenant utilisés pour des missions de renseignement, surveillance, acquisition de cible et reconnaissance, connues sous l’abréviation de ISTAR (Intelligence, Surveillance, Target Acquisition and Reconnaissance). Tous les drones actuellement en service et en prévision pour les années à venir sont affectés à ces missions, avec cependant l’apparition de catégories hybrides ayant des capacités défensives et offensives, destinées à la guerre électronique ou à l’attaque air-sol et air-air. Le Predator américain, armé de missiles air-sol Hellfire et le Crécerelle français, équipé d’un système de brouillage des communications adverses, sont deux exemples de cette évolution.
  4. L’usage de plus en plus intensif des UAV et l’extension graduelle de leur champ d’application conduisent à la recherche de nouvelles versions dites « multicharges/multicapteurs et multimissions » (MCMM). Ces drones ont des capacités accrues (caractéristiques techniques), bénéficient de technologies ISTAR plus évoluées et pourront très probablement changer de mission en cours de vol (comme les avions militaires dits « multirôles »), y compris pour mener des actions offensives (guerre électronique ou attaque au sol). Et – caractéristique essentielle pour les forces européennes – ils doivent être interopérables avec d’autres systèmes similaires, nationaux et alliés.
(b) Les drones de combat

  1. Avec les UCAV, c’est un chapitre nouveau qui s’ouvre dans l’histoire de l’aéronautique militaire et civile. Il ne s’agit pas uniquement de machines contrôlées à distance, à travers une console, un opérateur et des liaisons informatiques mais de véritables avions de combat, multimissions/multirôles, autonomes et capables de s’adapter à l’environnement dans lequel ils évoluent. C’est un domaine nouveau où l’informatique est l’aspect dominant, bien plus que la conception aérodynamique ou les capacités opérationnelles. L’engagement actif des industries et des gouvernements dans ce projet n’est pas un effet de mode, c’est une évolution logique due en grande partie aux difficultés rencontrées depuis au moins dix ans pour mener à bien des programmes « classiques » en matière d’avions de combat.
  2. L’intensification du recours aux drones d’observation et de guerre électronique, à des fins tactiques ou stratégiques, a montré l’avantage de ces systèmes par rapport aux avions et hélicoptères chargés des mêmes missions : les coûts sont bien moindres, les systèmes sont facilement remplaçables et la qualité du travail accompli est de haut niveau, grâce à la sophistication croissante des capteurs et autres équipements embarqués. Avec l’adjonction de systèmes d’armes, les UAV sont devenus UCAV, ou du moins des drones de combat de la première génération. C’est l’exemple déjà célèbre du Predator américain armé de missiles air-sol Hellfire ou de missiles sol-air Stinger8.
  3. Mais le concept UCAV va au-delà de l’adaptation des UAV à d’autres missions plus complexes. C’est un nouveau système d’armes dont l’introduction modifiera de manière significative les doctrines et les règles d’engagement des forces militaires. L’attrait des drones de combat est aujourd’hui une affaire de perception plutôt que de capacités réelles (pas encore testées). Le recours à cette technologie est perçu comme une manière de rationaliser à moindre coût les armées de l’air, en retirant graduellement du système l’élément humain et en éliminant les dépenses et contraintes qui y sont associées. Une force aérienne composée en majorité d’UCAV et d’UAV implique la diminution du nombre d’appareils « classiques » et de pilotes (sauf ceux qui seront requis pour des missions très spécifiques) et des coûts de gestion, d’entretien et de manutention de la flotte aérienne.
  4. Au départ, le coût d’un programme de drone de combat est élevé bien qu’il soit inférieur à celui d’un appareil piloté. Un UCAV n’est pas un modèle réduit et, pour accomplir les mêmes missions, avec les mêmes capacités, cet appareil doit avoir les mêmes caractéristique que celui qu’il remplace. En d’autres termes, un Predator emportant une munition guidée sophistiquée n’est pas l’équivalent d’un F-15 ou d’un F-16, mais un X-45 (Boeing), un X-47 (Northtrop Grumman) ou un Neuron (Dassault) sont déjà perçus comme les compléments, puis les successeurs des F-16 et F-35/JSF, des  F -18A et des Rafale. Du point de vue de la conception et des matériaux, il n’y a pas actuellement d’obstacle à cette évolution. Le défi majeur consiste à transformer ces « robots » en « êtres » autonomes et dotés d’une « intelligence artificielle ».

2. Les plates-formes terrestres et navales

  1. Aujourd’hui, que ce soit dans l’aviation, l’armée de terre (surtout les unités mécanisées) ou la marine, une part croissante des fonctions opérationnelles est gérée de manière automatique. Capteurs, radars, communications, informatique, et même les grandes plates-formes électroniques C4ISR9 (telles que les avions radar ou les satellites) fonctionnent en réseau, dans un échange croissant de données, laissant peu de place à l’initiative des techniciens et opérateurs de ces systèmes. Ainsi, par exemple, l’équipage des bombardiers stratégiques furtifs américains B-2 Spirit (deux pilotes) passe la plus grande partie de son temps de mission au repos10 – le pilotage, la navigation et le ciblage (voire le tir) se font presque sans aucune intervention humaine ou simplement de manutention : « Le pilote peut choisir d’activer la sélection appropriée d’équipements, selon le vol et la mission, correspondant au mode décollage, combat ou atterrissage en utilisant simplement un commutateur à trois positions »11.
  2. L’enthousiasme actuel pour les UAV et les UCAV est le reflet de l’intégration croissante entre les systèmes d’armes et leurs opérateurs. L’efficacité augmente, l’avantage tactique et stratégique est préservé et s’accroît face aux adversaires potentiels mais en même temps, la place de l’homme dans le système diminue. Ainsi, le bombardier B-2 – abstraction faite des contraintes logistiques et techniques liées à son utilisation – peut tirer plus de 80 munitions guidées sur un nombre équivalent de cibles partout dans le monde au cours d’une seule sortie, à partir des Etats-Unis, de Guam (océan Pacifique) ou de l’île de Diego Garcia (océan Indien) – un seul appareil et deux personnels d’équipage12. Ce type de performances est aussi à l’étude pour les forces terrestres et navales, avec le même objectif – réduire et faire disparaître les contraintes liées à la présence humaine (dont le coût reste considérable pour les budgets de défense).
(a) Les forces terrestres : de Goliath à « Terminator »

  1. Les micro-drones et les drones tactiques sont utilisés essentiellement au profit des forces terrestres, pour des missions de sécurité, pour réduire le « brouillard de guerre » et pour l’acquisition de cibles pour l’artillerie, par exemple. Au sol, on constate un recours croissant à des véhicules sans pilote, destinés au déminage et à des missions de type ISTAR. Comme leurs homologues aériens, les UGV (unmanned ground vehicle), sont aujourd’hui en train d’évoluer, tant en qualité qu’en quantité, et se déclinent déjà en différents modèles, de la miniature (pour les forces spéciales, par exemple) au véhicule de transport ou blindé ayant des capacités de défense. On s’oriente en outre vers une intégration croissante de l’homme dans les systèmes informatiques à travers les projets de fantassins du futur.
  2. Goliath était un char robot conçu lors de la Seconde guerre mondiale par l’Allemagne. Il s’agissait d’un petit véhicule chenillé (500 kg), contrôlé (par câble) à distance, équipé d’une charge explosive (jusqu’à 100 kg de TNT) et non récupérable. Il a été utilisé pour le déminage et la destruction de petites fortifications. Plus sophistiqué, le Borgward IV avait les dimensions d’un vrai véhicule terrestre (4,5 tonnes), était radioguidé et transportait des charges pouvant atteindre 500 kg. A la différence de Goliath, il était récupérable. Ce véhicule, à la fin de la guerre, a été équipé d’une caméra à des fins de navigation et d’identification/acquisition de cibles. Des essais ont été faits pour le doter d’une capacité de combat (en y ajoutant une arme). Le dernier de cette lignée de précurseurs des véhicules terrestres sans équipage a été le NSU Springer, conçu pour remplacer les Goliath et les Borgward IV. C’était une tentative d’associer mobilité, survie, capacités de destruction et puissance de feu.
  3. Les projets actuels visent à donner une autonomie accrue aux UGV et à les rendre moins dépendants des opérateurs humains. L’idée de base est que ces véhicules de reconnaissance/identification/acquisition de cibles, de déminage, de transport ou d’attaque puissent fonctionner d’après des données programmées au début de la mission et, une fois déployés, accomplir leur tâches de manière autonome.
  • Le robot expérimental de reconnaissance Demo III de l’armée américaine fonctionne selon ce principe : « Le soldat planifie une mission pour le robot par l’intermédiaire de l’unité de contrôle de l’opérateur/ordinateur ». (…) « Si le véhicule est en difficulté, il peut demander de l’aide en renvoyant un message. Le soldat peut alors allumer les caméras (montées sur le véhicule), regarder ce qui se passe, mettre un plan à exécution et le robot reprendra sa mission »13.
  • Le système Syrano (Système d’acquisition et de neutralisation d’objectifs), en développement pour les forces armées françaises, « s’autoprotège des agressions par un fonctionnement furtif en mode veille silencieuse. Il détecte les intrus dans son périmètre de surveillance et peut déclencher le tir de munitions incapacitantes. Il peut également localiser le tir d’une arme lourde et agir en capteur abandonné en retransmettant les informations pertinentes au PC [poste de commandement] »14.
  • Dans le système PRIMUS (Programme of Intelligent Mobile Unmanned Systems), développé par Dornier EADS (Allemagne), « le véhicule est équipé d’un système de commandes électriques standard. Il peut être déployé de façon autonome – télé-opéré ou téléguidé – et s’appuie sur les techniques utilisées par les systèmes modernes de commande de vol. En combinant les capacités de navigation locale et le système de navigation global par point de cheminement, il peut manoeuvrer en terrain inconnu à une vitesse pouvant atteindre 25 km/h, se diriger de façon autonome sur des routes pavées ou non et suivre des courbes naturelles simples à une vitesse maximale de 50 km/h. Ses missions sont planifiées et transmises par un seul opérateur à la station de commandement et de contrôle. Utilisable en mode piloté ou automatique, le Wiesel se conduit comme n’importe quel véhicule chenillé »15.
  • La compagnie QinetiQ (Royaume-Uni) a une importante expérience dans le domaine des UGV démineurs qui fonctionnent avec une caméra à distance (utilisés avec succès par les forces armées britanniques en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo). Les travaux récents portent sur une autonomie accrue en matière de navigation et la division chargée de ces projets « a déjà conçu un système qui effectue des opérations programmables simples. S’appuyant sur cette technologie, les capteurs de bord scannent le terrain de manière à établir une carte des obstacles qui fournisse des informations sur la taille, l’orientation, la morphologie et la distance de ces obstacles. Grâce à ces données, le système de navigation du véhicule commence à rechercher les moyens de tracer l’itinéraire avec intelligence et efficacité, et il fournit les renseignements permettant d’indiquer au véhicule sa vitesse et l’itinéraire à suivre, ce qui lui permet ensuite de naviguer rapidement et en toute sécurité en terrain accidenté, non aménagé et non cartographié »16.
  1. A défaut de pouvoir créer dans un avenir proche des armées de robots autonomes, à l’instar de ceux popularisés par la série de films de fiction « Terminator », la recherche de défense travaille aussi sur les « soldats du futur ». Ces fantassins bénéficient de l’apport des nouvelles technologies de l’informatique et des communications et sont étroitement intégrés dans des systèmes en réseau, de plus en plus complexes. Le « Future Force Warrior » (Etats-Unis) ou FELIN (France) préfigurent cette évolution :
  • Le « FFW » est le soldat « réseau-centrique » par définition. Ce concept, dont le déploiement est prévu à partir de 2010, vise à créer « un système de combat individuel léger et pleinement intégré, d’une grande létalité, qui inclut des armes, une protection individuelle intégrale, des communications en réseau, un système d’alimentation électrique portatif et des performances humaines accrues ». Il s’articule autour de cinq éléments principaux : la létalité (les armes et logiciels/matériels de conduite de tir), la surviabilité (ensemble de combat protecteur, protection balistique, chimique/biologique, performances de la matière électro-textile, protection intégrée de l’oeil contre le laser), les capteurs et les télécommunications (C4ISR), la puissance (sûreté des sources d’énergie) et la mobilité, la soutenabilité et les performances humaines (aptitude intellectuelle et physique au combat, ensemble de capteurs physiologiques/médicaux intégrés pour une rapidité accrue des soins aux blessés) 17.
  • Le programme FELIN (Fantassin à équipements et liaisons intégrées), développé par la société française SAGEM pour le compte de la Direction générale de l’armement de la France (DGA) a pour objectif d’équiper deux tiers des forces terrestres à la fin 2008. Ce sera « le premier système combattant [du futur] à être mis en service opérationnel au sein d’une armée d’un État membre de l’Union européenne »18. Comme pour son homologue américain, FELIN est destiné à intégrer « le réseau de combat numérisé ». Le concept est articulé autour de six sous-systèmes : les armes (équipées de moyens optroniques modernes), l’équipement de tête (avec des moyens optroniques sophistiqués), les moyens de communication (réseau), une plate-forme électronique portable (interface entre les équipements et homme/machine), les sources individuelles d’énergie et les vêtements/protections.
  • Le programme britannique FIST TD 200019 (Future Integrated Soldier Technology – Technology demonstrator) a pour objectif de transformer la classique section d’infanterie en un véritable système d’armes, au même titre qu’un avion ou un navire de guerre. Le fantassin britannique du XXIe siècle servira de plate-forme mobile, emportant toute une panoplie d’appareils électriques (par exemple, imageurs thermiques, affichage tête haute, GPS, radios et ordinateurs). Ce projet est en cours depuis la fin des années 1990 et doit permettre d’équiper 35 000 soldats en 2015, quand il aura atteint sa pleine capacité opérationnelle. Pour résoudre le problème de l’alimentation électrique des équipements, cruciale pour le bon fonctionnement de ses systèmes, le Royaume-Uni a conclu un accord bilatéral d’échange d’informations avec les Etats-Unis qui concerne la conception et le fonctionnement des piles à combustible, la conception et la technologie des batteries, les sources d’énergie nouvelles et les systèmes d’alimentation. Cette collaboration a aidé à définir la technologie de la pile à combustible comme moyen de répondre aux besoins énergétiques du futur champ de bataille. Ces piles sont capables de fournir huit fois plus de courant que les batteries au lithium les plus modernes et ont une durée de vie allant jusqu’à cinq ans20.
(b) Les forces navales : UUV et USV

  1. Les UAV et les UCAV sont aussi des auxiliaires et des multiplicateurs de puissance très importants pour les forces navales. Les drones sont utilisés essentiellement comme soutien pour les opérations côtières (observation), mais leur rôle en milieu marin tend à évoluer comme pour ceux de l’armée de terre et de l’air. Leur capacité ISTAR peut être utilisée pour la lutte anti-sous-marine ou la défense anti-aérienne/antimissile/anti-torpille. Cependant, leur intégration dans cette dimension opérationnelle rencontre des problèmes techniques qui n’ont pas encore été résolus entièrement, notamment en ce qui concerne le stockage à bord, le lancement et la récupération des drones. Ces questions sont très importantes étant donné qu’à l’avenir, des UCAV de dimensions importantes seront en dotation dans l’aviation navale.
  2. Le projet de drone de combat X-47 développé par Northrop Grumman (Etats-Unis) vise ainsi à doter la marine des Etats-Unis d’une capacité de frappe accrue, en complément et en remplacement des avions pilotés. Le X-47 est destiné à décoller et à atterrir à partir d’un porte-avions, ce qui n’a pas encore été testé à ce jour en conditions réelles. Mais en février 2003, un prototype a décollé et atterri, sans intervention humaine (sauf pour le programme d’ordinateur) sur des pistes utilisées pour l’entraînement des pilotes de la marine, à la Naval Air Warfare Center Weapons Division (China Lake, Etats-Unis). En 2004, le X-47 a effectué avec succès des manoeuvres visant à tester son intégration dans les systèmes de commande de vol d’un porte-avions.
  3. La marine américaine et celles d’autres pays s’intéressent aussi à deux concepts « sans pilote » : le vaisseau submersible (UUV ou AUV – Unmanned Underwater Vehicle/Autonomous Underwater Vehicle) et le vaisseau de surface (USV – Unmanned Surface Vessel). Le premier fait l’objet de différents programmes nationaux et en coopération (au sein de l’Undersea Research Centre du SACLANT, de l’OTAN, par exemple). Il ne s’agit pas de sous-marins sans équipage mais d’appareils de plus petites dimensions qui peuvent être utilisés, selon le Masterplan de la marine américaine de 200121 pour les UUV, pour des missions de reconnaissance maritime, recherche et surveillance sous-marines, télécommunications, aide à la navigation et relais, et poursuite sous-marine.
  4. Comme pour les UAV et les UCAV, les problèmes majeurs sont l’autonomie opérationnelle et énergétique, ainsi que la capacité pour un même vaisseau d’accomplir différentes missions. En l’état actuel de la technologie, pour un résultat optimal il faudrait des UUV/AUV de dimensions moyennes, avec un poids estimé à 10 tonnes (contre deux tonnes pour les plus grands actuellement)22. En Europe, la compagnie norvégienne Kongsberg Simrad SA a développé le HUGIN 3000 pour l’exploitation pétrolière, mais il a aussi des applications de défense – son autonomie opérationnelle a été mesurée jusqu’à 61 heures. La société Kokums (Suède) projette de construire un démonstrateur d’UUV de grandes dimensions pour la marine suédoise. L’Inde a aussi un projet similaire en cours23.
  5. Le vaisseau de surface sans pilote est presque une réalité, mais pour le moment il s’agit essentiellement de projets relatifs à la surveillance côtière. Israël propose sur le marché international le Protector (Rafael Industries) destiné aux missions de sécurité portuaire, à la lutte antiterroriste et à la protection des forces dans les zones côtières et sur les fleuves, à la surveillance et à la reconnaissance. Ce vaisseau de taille modeste (9-11 mètres) est « autonome et multimissions » et il est équipé d’un système stabilisé de mitrailleuse pour la marine. Sa vitesse peut atteindre 40 noeuds (45 km/h). Les Etats-Unis ont en cours de développement le programme de démonstration technique du concept de pointe « Spartan »24, dont un modèle est utilisé par le groupe naval du porte-avions Enterprise25. Le Spartan Scout (7 à 11 mètres, 1,5-2,5 tonnes de charge utile et vitesse de 28 à 50 noeuds [50-90 km/h]) est piloté à distance et peut remplir des missions de renseignement, surveillance et reconnaissance, lutte anti-mines et anti-sous-marine. Il pourra être armé à l’avenir avec des systèmes lui permettant d’attaquer d’autres navires ou des cibles à terre.
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III. Les UCAV et l’avenir de l’aéronautique de défense

  1. UCAV, UAV, UGV, UUV/AUV, USV, tous ces concepts ont un point commun : ils visent à réduire la place de l’homme dans les systèmes de défense, du moins en tant qu’opérateur de systèmes. Plus ceux-ci sont autonomes, moins ils dépendent du contrôleur, ce qui présente des avantages financiers évidents  et réduit la vulnérabilité des réseaux dans lesquels ces systèmes s’intègrent et évoluent. La protection des forces s’est aussi améliorée avec le déploiement et l’utilisation de ces capacités.
  2. La sécurité des unités européennes et américaines stationnées dans les Balkans, en Afghanistan et en Irak est en grande partie assurée par le recours à des UAV et à des UGV – ce qui se traduit par la réduction du nombre des vols habités et des patrouilles humaines, donc des cibles en puissance pour les forces adverses. Et le nombre, les performances et l’endurance de ces machines s’accroissent en permanence, ce qui a un effet dissuasif et démoralisant pour l’adversaire, celui-ci étant visible bien avant de pouvoir approcher sa cible. La technologie n’est pas à elle seule un gage de paix, mais utilisée de manière intelligente, elle donne des avantages tactiques et matériels considérables qui, à terme, contribuent à assurer un niveau de sécurité et de stabilité avantageux et acceptable sur le terrain.
  3. Parmi ces systèmes, les UCAV se distinguent parce qu’ils annoncent une nouvelle tendance : l’émergence des guerres technologiques. Plus qu’un affrontement entre hommes, c’est un affrontement entre machines dont il s’agit. Indépendamment des aspects politiques, les meilleurs systèmes, c’est-à-dire les plus perfectionnés, gagnent presque toujours – le Kosovo, l’Afghanistan, l’Irak en sont la démonstration. Les conflits asymétriques sont aujourd’hui des conflits entre niveaux technologiques différents. Quand les UCAV auront atteint le niveau des avions de chasse pilotés, ils porteront en eux un facteur dissuasif important : en cas de conflit avec une puissance disposant de ces équipements en grand nombre, l’envoi d’humains contre des machines aura un impact psychologique très négatif, surtout si les pertes humaines sont lourdes.
  4. Les UCAV représentent aussi un enjeu très important sur les plans industriel et technologique. De par leurs dimensions et caractéristiques (aérodynamiques), leur capacité d’agir de manière autonome et de s’adapter à l’environnement et aux situations qu’ils rencontrent, ils peuvent à terme remplacer les avions pilotés existants. Pour les entreprises du secteur aéronautique, c’est un marché prometteur qui s’ouvre, avec des retombées appréciables dans le domaine civil, d’autant plus que pour la même somme, on pourra remplacer un avion de combat piloté par plusieurs UCAV26 (ou l’équivalent civil, par exemple en matière de transport).
  5. Les UAV remplissent déjà les missions dévolues aux avions et hélicoptères de renseignement, reconnaissance et surveillance et dans le domaine de la guerre électronique. Or, la guerre technologique a besoin d’un flux d’informations en permanence, en temps réel et sur tous les paramètres du champ de bataille – ce que les drones modernes fournissent, non sans problèmes, mais de manière de plus en plus efficace (y compris pour des missions de sécurité intérieure, comme la surveillance des côtes et des frontières aériennes et terrestres).
  6. Ce qui est intéressant pour les entreprises du secteur, ce n’est pas tant la construction des UCAV que ses retombées en termes de recherche, technologie, développement et évaluation (RTD&E). C’est un domaine où les budgets sont élevés et les gains à terme importants (applications commerciales dérivées, nouvelles technologies), comparés aux problèmes que rencontrent les projets classiques (en durée, coûts et obstacles à l’exportation). Et pour les industries aéronautiques européennes de défense, les UCAV et les UAV sont un domaine où elles sont presque à armes égales en matière de compétition ou partenariat transatlantique sur le plan des investissements (300 millions d’euros27 pour le projet Neuron, de Dassault [France], 175,5 millions de dollars accordés au développement des UCAV américains, en 200428) et des technologies. Le grand problème à terme sera l’interaction et l’interopérabilité entre tous les « robots guerriers », l’interopérabilité entre machines et hommes et, en fin de compte, entre la défense euro-atlantique et la PESD.

1. Les programmes européens et américains

  1. Si les UAV sont à la portée de presque tous les Etats développés pour la conception, la technologie et la production, les UCAV relèvent des industries aéronautiques évoluées. Ceci explique que la majorité des projets déclarés, à l’étude ou déjà en phase de développement émanent des Etats-Unis, de la France, de la Suède, de l’Allemagne, de l’Italie et du Royaume-Uni. En solo ou en coopérations croisées dans divers domaines, ces pays ont amorcé le virage vers les guerres technologiques et accordent une place croissante au concept de véhicule sans pilote et d’autonomie (au sens d’intelligence artificielle) pour leurs équipements de défense. Les coûts de ces projets sont inférieurs à ceux des avions pilotés mais ils s’accroissent d’année en année. Les limites technologiques freinent encore une diffusion plus généralisée de ces machines au sein des arsenaux actuels, mais les opérations réseau-centrées dépendent des informations obtenues par leur intermédiaire. D’autres pays comme Israël, la Russie et l’Inde possèdent aussi le savoir-faire et le potentiel technologique pour investir ce nouveau domaine de l’aviation militaire.
(a) Les projets UCAV européens

  1. En Europe (pays membres de l’Union européenne et/ou de l’OTAN), au moins cinq pays ont des projets UCAV : l’Allemagne, la France, l’Italie, la Suède et le Royaume-Uni. Cependant, ils ne sont pas tous au même stade d’avancement et de développement et seule la France, avec le groupe Dassault (en coopération avec EADS), a mis en oeuvre un programme de démonstrateur du concept UCAV, dénommé « Neuron ». D’origine nationale au départ, ce projet se veut fédérateur des efforts européens dans ce domaine, une stratégie qui commence à porter ses fruits et qui, en cas de réussite, peut servir d’exemple et de catalyseur pour d’autres programmes à haute valeur ajoutée technologique, trop coûteux pour un seul pays.

Neuron

  1. Soutenu par le gouvernement français avec une dotation de 300 millions d’euros (distribuée entre les sociétés Dassault Aviation et EADS), Neuron n’est pas encore l’UCAV européen, mais un démonstrateur de la validité du concept. La Grèce (Hellenic Aerospace Industries) et la Suède (SAAB) ont signé des accords de participation à ce programme, dirigé par la société Dassault et mené en partenariat avec EADS. La Belgique (société Sabca), l’Espagne (société Casa/EADS), l’Italie (sociétés Alenia/Finmeccanica) et la Suisse (société Ruag) ont aussi exprimé leur intérêt pour ce projet. La Russie pourrait aussi être associée à terme, de manière indirecte, à travers un accord signé le 6 octobre 2003, entre les sociétés SNECMA (France) et Rosoboronexport portant sur « les possibilités de coopération relatives à la motorisation d’une nouvelle génération d’avions de combat et des UCAV »29.
  2. D’après la définition donnée par la Direction générale de l’armement de la France, commanditaire et maître d’oeuvre du démonstrateur, il s’agit de « démontrer la capacité de l’Europe à réaliser et à faire voler une plate-forme discrète non habitée, pilotée à distance par une station au sol et apte à délivrer un armement guidé stocké en soute ». Le drone de combat n’est pas une fin en soi dans ce programme, qui vise aussi à étudier « les nouveaux concepts d’emploi opérationnels des personnels et des systèmes de combat aérien induits par le retrait du pilote ». Il est ainsi envisagé que les résultats obtenus puissent « servir également pour de nouveaux avions de combat habités ou la rénovation à mi-vie du Rafale ». Les premiers vols et essais sont prévus pour 2008-2009.
  3. Neuron est une plate-forme en forme de « diamant », dont le poids pourra atteindre les 8 tonnes, disposant de la technologie furtive et pouvant emporter deux munitions guidées de 250 kg. Cet appareil est une évolution d’un projet, l’AVE (Aéronef Validation Expérimental), lancé à la fin de la décennie précédente, en deux versions, « D » pour la version furtive et « C » pour la version de contrôle (connu aussi sous l’appellation de « Petit Duc »). Avec la société française SAGEM, maître d’oeuvre de plusieurs drones d’observation tactiques dont le nouveau Sperwer (drone multicapteurs, en dotation au Canada30, au Danemark, en France, en Grèce, au Pays-Bas et en Suède), Dassault développe un projet de drone tactique furtif d’observation/combat, le SlowFast (connu aussi sous le nom de « Moyen Duc »). Cet appareil, destiné à des missions d’observation et d’attaque au sol, est censé être opérationnel à partir de 2007-2008.

Replica, SHARC, Sky-X et Taifun

  1. Replica est un projet de drone de combat conçu par la société britannique BAE Systems. Le Royaume-Uni n’a pas encore exprimé ses préférences en matière de systèmes UCAV (entre un système national, américain ou européen), ce que l’on peut facilement comprendre car ses forces armées doivent être équipées dans les prochaines années avec les nouveaux avions Eurofighter (EADS ; Royal Air Force) et F-35/Joint Strike Fighter (Lockheed Martin/BAe ; Royal Navy). Cependant, BAE veut jouer un rôle actif31 en matière de drones européens – un domaine dans lequel il n’y a pas encore de référence ou de standard commun. Les équipes de BAE ont déjà mené des travaux préliminaires sur la furtivité de cet appareil, dont un démonstrateur est à l’étude32.
  2. La société suédoise SAAB, qui participe aussi au démonstrateur Neuron, travaille en parallèle sur un projet UCAV destiné à compléter la flotte d’avions Gripen JAS-39 qui équipe les forces aériennes suédoises. Le SHARC (Swedish Highly Advanced Research Configuration) est un drone « démonstrateur » furtif et autonome (navigation et exécution de la mission), dont un modèle à l’échelle un quart vole depuis 2002. Destiné à s’intégrer dans le futur système de défense national réseau-centré33, SHARC doit disposer de la capacité nécessaire pour remplir des missions de suppression des défenses aériennes adverses (SEAD – suppression of enemy air defences) et étendre la couverture des missiles au-delà de la portée visuelle34. Le 25 août 2004, le drone a effectué son premier vol autonome – « Après avoir décollé sans l’assistance d’un pilote, le SHARC a accompli une mission en complète autonomie avant de se poser seul, à l’aide d’un GPS différentiel et d’un altimètre radar »35.
  3. Le savoir-faire de SAAB dans ce domaine est aussi représenté par le projet de démonstrateur de véhicule volant expérimental sans pilote et à faible observabilité – FILUR, utilisé pour les essais et l’évaluation de dispositif à faible signature36. Ce programme est conduit en parallèle avec SHARC et ses résultats servent à améliorer les performances de ce dernier en matière de discrétion. L’expérience combinée de ces deux démonstrateurs est un atout considérable pour l’avancement du programme européen Neuron.
  4. Sky-X est un démonstrateur UCAV développé de manière autonome (sans aucune commande étatique) par la société italienne Alenia. C’est un drone de combat multimissions : des caméras, des radars, des systèmes infrarouges ou autres types de capteurs et des armes peuvent être placés dans des modules identiques à installer dans le compartiment charge utile. Une architecture ouverte de matériels et logiciels permettra d’exploiter de nombreuses charges utiles différentes selon le module installé37. Le démonstrateur, dont les premiers vols sont prévus pour 2005, pèse une tonne au décollage (avec charge) et fait presque six mètres de large sur six mètres de long. Le modèle final, si le projet entrait en phase de développement, serait au moins deux fois plus grand. Sky-X est censé disposer de capacités furtives et d’une grande autonomie (intelligence artificielle). Plus de 35 millions d’euros ont déjà été investis par le constructeur dans ce projet38.
  5. Taifun est un démonstrateur UAV/UCAV conçu par la société allemande Rheinmetall (Division électronique de défense) pour les forces armées allemandes. Ce drone de combat autonome a une autonomie de vol d’environ quatre heures et un rayon d’action de 200 km. Ce n’est pas un « avion-robot » comme les projets précédents mais un UCAV tactique, d’attaque au sol, au service de l’armée de terre, contrôlé par une station au sol. Sa relative lenteur lui donne un avantage en matière d’acquisition et d’identification de cible et ses atouts sont l’optronique embarquée et ses capacités de transmission de données en temps (presque) réel. Son premier vol d’essai a eu lieu en décembre 2002. Le système Taifun est complété par un drone de guerre électronique et un drone d’observation39 (KZO) tactiques.
(b) Les programmes UCAV aux Etats-Unis

  1. Les projets américains expérimentaux (symbolisés par la lettre « X ») de démonstrateurs UCAV sont différents de ceux mis en oeuvre en Europe, non seulement de par les ressources et les technologies dont ils bénéficient, mais aussi par leurs caractéristiques et les ambitions affichées concernant leur utilisation finale. Ce sont les vecteurs par excellence des guerres technologiques du futur, aux côtés du bombardier B-2 Spirit et de l’avion de combat F-22 Raptor. Développés par Boeing (X-45) et Northrop Grumman (X-47), ces deux démonstrateurs avancés sont gérés par une division de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) américaine, la J-UCAS (Joint Unmanned Combat Air Systems). Cette structure, destinée à rationaliser l’effort de recherche des Etats-Unis dans ce domaine, regroupe des représentants de l’armée de l’air et de la marine40.
  2. Le cahier des charges de la DARPA précise que les UCAV en développement doivent être capables de fonctionner indépendamment ou de s’intégrer pleinement dans les opérations des avions pilotés, et ils intégreront les technologies furtives de la prochaine génération41. La DARPA demande aussi une interopérabilité complète avec d’autres systèmes UCAV et UAV, ainsi qu’avec les systèmes pilotés et la capacité pour un seul opérateur de gérer plusieurs appareils42. Les UCAV doivent être capables d’échanger des informations entre eux et de s’adapter automatiquement (autonomie) en cas de modification de l’environnement dans lequel ils évoluent (replanification dynamique et automatique de la mission) 43.
  3. Cet ensemble de besoins est regroupé sous l’appellation de « Common operating system » dont le contrat pour le rôle d’intégrateur/intermédiaire a été signé, le 28 septembre 2004, avec le Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory de Laurel, pour une somme de 26,941,808 dollars44. Le marché initial pour ces aéronefs est estimé à 300 appareils (Air Force et Navy), à un coût unitaire évalué à 40 millions de dollars45. Le choix définitif des systèmes doit intervenir en 2010.

X-45 (Boeing, armée de l’air américaine)

  1. Le projet d’UCAV américain a démarré à la fin des années 1990. La première phase a été lancée en 1998 et, en 1999, la DARPA a signé un contrat avec la société Boeing pour le développement d’un démonstrateur du concept (ATD – « Advanced Technology Demonstrator »). Doté d’un budget de 131 millions de dollars (dont 21 à la charge de Boeing) sur 42 mois, ce programme a donné naissance à deux appareils, le X-45A dont les premiers essais en vol ont eu lieu en mai (premier démonstrateur) et en novembre 2002 (second démonstrateur). En 2003, le programme est entré dans une phase plus avancée, destinée à tester l’interopérabilité avec des systèmes pilotés et à répondre à l’évolution de la demande opérationnelle. Le X-45A ayant établi la faisabilité du concept, un appareil plus complet a été mis à l’étude, le X-45B, qui sera finalement remplacé par un système plus évolué et proche des conditions réelles, le démonstrateur X-45C qui doit être prêt pour 2006.
  2. Le X-45 a été conçu au départ pour des missions de suppression des défenses anti-aériennes adverses dès le premier jour des opérations. Aujourd’hui, le programme a évolué pour lui donner une capacité d’attaque au sol46 (différentes cibles), de guerre électronique et de combat anti-aérien, dans le cadre de missions de surveillance/interdiction de l’espace aérien (« no-fly zones »). Le X-45A a une envergure de dix mètres pour une longueur de huit mètres, un poids de quatre tonnes et il peut emporter une charge de 1,5 tonne. Le X-45C représente un développement plus important : il est long de plus de 11 mètres pour 15 mètres d’envergure, avec une capacité d’emport de plus de deux tonnes dans deux soutes à munitions. Des réservoirs supplémentaires peuvent être ajoutés pour augmenter son rayon d’action (2400 km, trois fois celui du X-45A).
  3. Les performances de ce nouveau système, dont le montage a débuté en juin 2004, représentent un saut qualitatif important en matière d’UCAV. Le X-45C doit pouvoir accomplir des missions d’attaque électronique aéroportée, de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, de suppression des défenses aériennes ennemies et de combat47. Cet appareil doit aussi pouvoir être ravitaillé en vol (ce qui augmenterait considérablement son autonomie de vol et endurance) et une démonstration de cette capacité est prévue pour 2007. Le 12 octobre 2004, la DARPA a signé un contrat d’une valeur de 766,7 millions de dollars avec la société Boeing pour poursuivre le développement du X-45C, dont trois exemplaires doivent être construits et testés d’ici 201048.

X-47 (Northrop Grumman, marine américaine)

  1. Le programme UCAV des Etats-Unis a prévu dès le départ des appareils pour l’armée de l’air et pour la marine. La version navale doit être embarquée et pouvoir être utilisée à partir d’un porte-avions. Ceci entraîne des contraintes importantes au niveau de la taille, du poids et de la motorisation, et il convient de respecter les exigences initiales de la DARPA/Marine en termes de missions, de rayon d’action et d’endurance. En 2000, Northrop Grumman49 a démarré son projet d’UCAV naval à la demande de la DARPA. Financé par la société, le démonstrateur X-47A (« Pegasus ») a effectué ses premiers vols en 2001-2002. Cet appareil est à la base du programme actuel de construction de trois démonstrateurs X-47B, dont le contrat de développement d’une valeur de plus d’un milliard de dollars sur cinq ans a été signé en août 2004.
  2. Le X-47B est plus grand et plus puissant que la version « A », qui était destinée essentiellement à démontrer la validité du concept d’un UCAV naval. Le X-47A mesure 8,5 mètres (longueur) sur 8,5 mètres (envergure). Avec sensiblement les mêmes dimensions, le X-47B doit avoir un rayon d’action de 2 770 km et une capacité d’emport d’environ 2,5 tonnes. Il doit aussi pouvoir rester sur une cible durant au moins deux heures, à une distance d’au moins 1 850 km. Selon le cahier des charges de la DARPA, le X-47B doit répondre aux critères suivants en termes de technologie et de missions : des capteurs intégrés, des équipements de télécommunications et de navigation et une faible observabilité, ainsi qu’un système d’exploitation commun pour répondre aux objectifs capacitaires de la mission tels qu’ils ont été fixés par l’armée de l’air et la marine américaines. Ses missions englobent la suppression des défenses aériennes ennemies et la frappe de précision, et il doit aussi déjouer la surveillance dans l’espace aérien ennemi interdit – toutes opérations devant être menées à partir de bases terrestres ou de porte-avions50. Le démonstrateur doit avoir aussi des capacités de guerre électronique et être équipé d’un radar à synthèse d’ouverture51.
  3. Le X-47B doit également répondre aux exigences spécifiques de l’aviation navale embarquée. Ces spécifications sont prises en compte dans la conception et le développement du X-45A (« Pegasus »), sous l’appellation de technologies, processus et caractéristiques du système (TPSA) correspondant aux opérations effectuées sur un porte-avions et alentour. Ces TPSA incluent le développement d’un véhicule aérien robuste, l’intégration à bord, les opérations sur le pont et dans l’espace aérien du porte-avions, le système de commandement, contrôle et télécommunications adapté à l’environnement d’un porte-avions, l’interface homme-systèmes appropriée à cet environnement, et des performances sûres et renouvelables en matière de décollage avec catapulte et appontage avec brin d’arrêt. Certains de ces éléments ont déjà été testés avec succès en février 2003 (décollage et atterrissage autonomes du X-47A sur une piste à terre simulant la piste d’un porte-avions) et en février 2004 avec un essai d’intégration dans le système de contrôle aérien d’un porte-avions (le Harry S. Truman mais avec un Beechcraft King Air spécialement configuré dans le rôle du X-47). Des essais de catapultage et d’appontage sont prévus (à terre) en 2007.

UCAR (Unmanned Combat Armed Rotorcraft, armée américaine)

  1. En 2002, la DARPA a lancé un programme visant au développement d’un démonstrateur du concept UCAR52. Il s’agit d’un hélicoptère sans équipage, autonome, au service de l’armée de terre. Le cahier des charges de la DARPA précise que cet appareil doit pouvoir remplir des missions de reconnaissance et d’attaque, avoir un haut niveau de survie, être autonome (capacité de réaction à l’environnement et d’intégration avec d’autres systèmes pilotés ou non) et disposer des capacités de commandement et contrôle, ciblage et tir. L’UCAR est également doté d’une capacité jour et nuit et tout temps (météo). Cet aéronef, caractérisé par l’absence de rotor anti-couple de queue, ce qui augmente sa discrétion radar et acoustique, doit bénéficier aussi de la technologie d’évitement d’obstacle « ladar », un radar laser pour la détection d’objets terrestres ou volant à proximité de l’UCAR.
  2. Quatre sociétés ont été mises en compétition par la DARPA en 2002 pour la phase I du projet (développement du concept et conception initiale du système) : Boeing (McDonnell Douglas), Lockheed Martin, Northrop Grumman et Sikorsky Aircraft. En juillet 2003, la DARPA a annoncé la signature de contrats pour la phase II avec Lockheed Martin (9 430 000 dollars) et Northrop Grumman (8 700 000 dollars)53. La phase II du projet, qui est en cours, a pour objectif de concevoir et développer le programme de démonstration du concept. A la fin de cette phase (2004-2005), une seule société se verra confier le développement d’au moins deux démonstrateurs UCAR, la mise en service étant prévue pour 2012.
  3. L’abandon par le Pentagone du programme d’hélicoptère de reconnaissance et d’attaque de l’armée, RAH-66 Comanche, en février 200454 donne au projet UCAR une importance majeure. En l’absence de nouveaux projets « pilotés » et face au vieillissement des équipements actuels (hélicoptères AH-64 Apache et AH-1 Cobra), il se profile déjà comme un remplaçant à part entière et non comme un complément expérimental. Si le démonstrateur échoue ou si le programme s’enlise, l’armée américaine ne disposera plus d’hélicoptères d’attaque en nombre suffisant à l’horizon 2015-2020. A la différence de l’UCAV, qui entrera en service avec le F-22 Raptor et le F-35 Joint Strike Fighter, l’UCAR sera le seul nouvel hélicoptère à entrer en service au cours de la prochaine décennie.

2. Perspectives et incidences pour la PESD

  1. La présence croissante des drones aériens et des robots terrestres et maritimes dans les opérations militaires récentes a des conséquences qui vont au-delà des concepts et doctrines militaires actuels. Les effets sont aussi économiques et politiques, car ces systèmes constituent un nouveau secteur d’activité pour les industries de défense et ont un rôle à jouer en cas du recours à la force. Pour les Etats européens membres de l’UE et/ou de l’OTAN, la conjonction entre technologie et défense permet d’accélérer la réforme des forces armées mais lance aussi des défis pratiques et conceptuels importants qu’ils ne sont pas tous en mesure de relever. La « fracture digitale (ou numérique)», dont on parle pour distinguer, au sein d’une société, ceux qui ont accès aux technologies de l’information et de la communication et qui savent les utiliser et ceux qui n’y ont pas accès, existe aussi entre Etats – il y a les pays qui sont entrés dans l’ère des conflits réseau-centrés, ceux qui s’y initient et ceux qui restent à la périphérie.
(a) La PESD et les guerres du futur

  1. Le recours aux drones est une évolution logique, résultat de la Révolution des affaires militaires (RMA) et du progrès technologique, notamment dans le domaine de l’informatique et de la miniaturisation. Mais dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres de la vie des sociétés modernes, il y a les concepteurs/développeurs et les utilisateurs. Toutes les armées européennes sont en mesure d’utiliser des micro-drones/drones tactiques d’observation, au niveau des unités, mais peu ont la capacité réelle de gérer, au sein d’un système en réseau, des UAV et des UCAV tactiques et stratégiques. Ceci créera des problèmes d’interopérabilité entre les forces nationales, à moins qu’un mouvement de spécialisation croissant se développe en matière de capacités militaires au sein de l’UE et de l’OTAN.
  2. La multinationalité des opérations permet d’éviter que la « fracture digitale » nuise à la cohérence et à la cohésion entre les forces nationales qui sont affectées à l’UE et à l’OTAN. En matière de drones tactiques et stratégiques (ISTAR) et d’UCAV, il est clair que seuls les pays disposant d’une industrie aéronautique et d’une base technologique/informatique développées peuvent jouer un rôle décisif. Ce sont ces mêmes pays qui sont au coeur de l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR), de l’Accord-cadre sur la restructuration de l’industrie européenne de l’armement et du programme de haute technologie aéronautique ETAP (European Technology Acquisition Programme)55. Ces « grands » sont en mesure de fédérer l’essentiel des efforts (et des budgets) européens nécessaires pour que les forces européennes soient technologiquement prêtes pour les conflits du futur.
  3. A leurs côtés, des Etats comme la Grèce, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, la République tchèque et la Turquie, par exemple, ont des niches de spécialisation, en matière d’applications « réseau-centrées » ou de technologies comme les sonars et les radars, qui sont nécessaires au développement et au « bon usage » des UAV, des UCAV et autres « automates » militaires. Et les micro-drones/drones à usage individuel, très légers, représentent un créneau qui est à la portée, budgétairement et techniquement, de la majorité des pays européens. Ce qu’il faut éviter dans ce domaine, c’est qu’une fois de plus, comme pour l’aéronautique pilotée et les plates-formes terrestres et navales, les Européens se trouvent dispersés et livrés à une compétition et à une duplication d’efforts coûteuses et inefficaces à terme (y compris pour l’exportation).
  4. Ces questions touchent aussi à un aspect très important de la PESD, la base technologique et industrielle de défense européenne (BTIDE) et les capacités européennes de recherche, technologie, développement et évaluation (RTD&E). On assiste déjà, en matière d’UAV et d’UCAV, à la prolifération des programmes industriels, nationaux et en coopération (financés par les sociétés dans l’attente de la demande des gouvernements). Ils ont tous les mêmes objectifs, certes louables, mais qui, comme par le passé, maintiennent les échanges de technologies en vase clos (sur le plan national ou entre les seuls participants à un programme) et contribuent à l’apparition de standards différents, qui ne sont ni interopérables, ni interchangeables. A ceci s’ajoute la compétition transatlantique. Plus la coopération européenne dans ce domaine sera large, moins il y aura de risques de voir se développer des projets nationaux ou euro-atlantiques incompatibles. Mais pour éviter l’enlisement des demandes complémentaires et contradictoires de tous les participants, il faudra rationaliser et accepter un certain degré de spécialisation et d’interdépendance.
  5. Dans le domaine des UCAV, le projet Neuron vise à définir une norme applicable également aux non-participants. Les sommes engagées sont importantes mais, pour le moment, l’effet d’entraînement est incomplet sans la participation à terme de l’Allemagne et du Royaume-Uni. L’accord Dassault-EADS56 sur le Neuron et les drones MALE/HALE représente une étape nécessaire pour mettre en oeuvre une approche cohérente et harmonisée des besoins dans ce domaine car c’est une application concrète de l’idée de spécialisation, comme c’est déjà le cas avec les drones tactiques d’observation Sperwer de la société française SAGEM. Mais cet effort industriel nécessite aussi un soutien politique ferme et une vision d’ensemble de l’intégration de ces nouveaux systèmes d’armes – complément et/ou remplacement des systèmes « pilotés » existants. C’est une responsabilité qui échoit aux groupes de projets du Plan d’action européen sur les capacités (PAEC) et à l’Agence européenne de défense (AED), récemment entrée en fonction au sein du pilier intergouvernemental de l’Union européenne (2004).
  6. Les nouvelles technologies et leurs applications de défense, que ce soit en matière de drones ou d’opérations réseau-centrées, offrent des possibilités à tous les pays, mais les efforts doivent être fédérés et coordonnés le plus tôt possible pour éviter des décrochages entre forces, incapables de travailler ensemble à cause de la « fracture digitale » croissante. Les projets Neuron et Sperwer offrent à ce propos des perspectives encourageantes mais ce n’est pas suffisant. Si dans les dix prochaines années, les forces européennes sont équipées de drones tactiques et stratégiques (MALE et HALE) et de drones de combat/UCAV en nombre suffisant et de qualité adéquate, ce sera un progrès important pour les capacités de défense européennes. Mais si ces appareils ne sont pas interchangeables et interopérables entre forces nationales et si chaque système « réseau-centré » n’est pas connecté à un réseau européen/euro-atlantique commun, les capacités dont l’Europe dispose pour mener à bien une guerre technologique aux côtés des Etats-Unis seront trop faibles pour qu’elle puisse prétendre à un poids politique dans les « coalitions de volontaires ».
(b) Europe et Etats-Unis : « Skynet » ou « Village global » ?

  1. UCAV américains et UCAV européens seront-ils compatibles ? Il est difficile de donner une réponse à cette question, mais si les systèmes ne sont ni interopérables ni interchangeables (au niveau du contrôle central et/ou tactique), le décrochage technologique entre les alliés de l’OTAN sera inévitable. Les opérations réseau-centrées et les UAV, UCAV, UGV, USV, UUV sont aujourd’hui perçus aux Etats-Unis comme la « réalité » du futur. Ce sont des multiplicateurs de puissance, destinés à gagner des guerres et à agir comme une forme de dissuasion. Pendant les premiers jours de la guerre du Kosovo, les militaires américains ont constaté que les troupes serbes restaient dans le champ de vision des drones d’observation, sans prendre de précautions particulières (les drones n’avaient pas de capacité d’attaque). Mais dès qu’elles ont établi le lien entre la présence de drones sur une zone et l’intervention (très rapide) de l’aviation contre ces forces, elles ont commencé à s’abriter et à se replier très rapidement à la seule vue d’un UAV.
  2. Les théoriciens de la DARPA envisagent « d’associer, pour la même mission, des avions d’attaque pilotés et non pilotés qui interagiraient dans le même espace aérien opérationnel – l’intelligence artificielle programmée et le commandement et la conduite des opérations à distance, entrant en jeu dans ce concept. Le commandement et la conduite des opérations à distance pourront être transférés d’une unité qui sera basée au sol et donnera des instructions à l’UCAV, aux pilotes des avions qui donneront les ordres. (…) Ces concepts d’UCAV nécessiteront des capacités air-sol et air-air. La capacité de survie de l’avion piloté sera beaucoup plus grande du fait qu’il aura pour fonction essentielle de se tenir à distance et de superviser toute attaque groupée lancée par des UCAV et, en cas de bataille aérienne, les UCAV pourraient eux-mêmes intervenir ou engager le combat avec l’aviation ennemie57 ». La loi sur le budget de la défense des Etats-Unis pour 2001 disposait que « les forces armées auront pour objectif de mettre en ligne des systèmes non pilotés et télécommandés afin que, d’ici 2010, un tiers des avions de la force opérationnelle de frappe en profondeur soit des appareils non pilotés »58.
  3. Le même type de concept est à l’étude pour les forces terrestres et navales. Mais au-delà des caractéristiques et des performances actuelles et futures de ces systèmes, c’est la mise en place d’une nouvelle architecture C4ISR (américaine) qui représente le défi le plus important. Celle-ci sera « universelle », reliant progressivement tous les systèmes de la défense des Etats-Unis entre eux (du tactique au stratégique, les systèmes terrestres, maritimes, aériens et spatiaux). C’est ce réseau des réseaux, que l’on peut appeler « Skynet » par analogie avec la série de films « Terminator »59, de plus en plus automatisé, autonome et « intelligent », qui est censé pérenniser la puissance militaire des Etats-Unis et leur suprématie dans tous les domaines. En 2003, avec moins de 300 000 hommes, les Etats-Unis ont battu les forces irakiennes et occupé un pays de plus de 20 millions d’habitants tout en subissant la perte d’à peine un peu plus de 200 soldats en un mois de combats – un exemple imparfait mais qui préfigure les guerres technologiques du futur.
  4. Cette évolution stratégique américaine, entièrement tournée vers les technologies, est critiquée au sein même de l’ « establishment » militaire et politique de la défense60, mais l’actuelle administration reste ferme dans sa détermination de faire de ses forces armées la force technologique du XXIe siècle (y compris pour le fantassin). Or, cette politique a des conséquences directes pour la relation transatlantique et l’interopérabilité des systèmes entre Américains et Européens. Ceux-ci sont placés devant un dilemme stratégique : ou ils s’intègrent à terme dans le réseau américain avec la garantie d’une interopérabilité accrue, ou ils développent leur propres réseaux, modulables en fonction des coalitions européennes ou transatlantiques. Cette cohabitation de réseaux s’apparente au concept de « Village global »61 et correspond mieux à la recherche européenne d’un « multilatéralisme efficace », tel qu’il est précisé dans la Stratégie de sécurité européenne de décembre 2003. Le « Village global » est basé sur l’idée d’interdépendance, tandis que « Skynet » représente l’immersion presque totale dans un réseau unifié.
  5. En matière de systèmes UAV/UCAV et de robots à usage militaire, l’interopérabilité est indispensable. Il y a des problèmes importants de fréquences (communications) et de gestion de l’espace aérien, de commandement et de contrôle, on est confronté à différents concepts d’emploi, à un mélange permanent de systèmes automatisés plus ou moins autonomes et de systèmes « humains », à des protocoles informatiques, et à des flux de données à gérer et à traiter. Au niveau euro-atlantique, c’est à l’OTAN qu’incombe la responsabilité de trouver un « langage commun » entre alliés, un système d’exploitation commun (tel que défini par la DARPA, par exemple62). Et, en toute logique, les organes militaires de l’UE et l’Agence européenne de défense devraient travailler au développement d’un standard unique européen, interopérable et interchangeable, qui pourrait servir aussi de référence pour l’interaction et la connexion euro-atlantique.
  6. Sans cet effort commun et partagé, qui suppose aussi de la part des Etats-Unis une ouverture à la coopération européenne pour tous types de projets de véhicules sans pilote, les forces américaines et européennes ne seront plus capables, à l’horizon 2015, d’opérer ensemble dans des conflits technologiques de basse ou moyenne intensité. Lorsqu’elles auront atteint leur objectif d’intégrer 30% de capacité d’attaque aérienne « sans pilote », les forces aériennes des Etats-Unis (armée de l’air et aéronavale), disposant de véhicules de combat à bas prix et en nombre relativement élevé (et plus faciles à engager), intégrés dans un réseau global (américain), laisseront peu de place aux avions européens pilotés, incapables de communiquer avec les drones qui les entourent ni de les contrôler. Si on élargit ce scénario aux robots terrestres et maritimes (sous-marins ou de surface), on aboutit à la pérennisation du partage des tâches entre Mars (les Américains qui font et gagnent la guerre) et Vénus (les Européens qui gèrent la paix sur le terrain – pour le compte des Etats-Unis)63. In fine, c’est la réussite ou l’échec des projets européens d’UAV/UCAV, de robots terrestres et maritimes et de développement d’une capacité militaire autonome réseau-centrée européenne qui fera la différence entre le statut d’« allié » et celui de « supplétif ».

ANNEXE I

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Programmes européens et participations européennes aux projets internationaux d’UCAV

Neuron

  1. Le Neuron est un projet d’UCAV de démonstration technologique lancé par les autorités françaises en 2003. Ce programme est dirigé par la Délégation Générale à l’Armement (DGA). La maîtrise d’oeuvre est confiée à Dassault Aviation. Il s’agit notamment de contribuer à la préparation d’un futur programme opérationnel de système de combat européen à l’horizon 2020. Le démonstrateur sera une plate-forme à caractère furtif, de dimensions importantes, emportant ses armements en soute. Le contrat sera formellement notifié aux industriels à la fin de l’année 2004. Le développement et la construction du prototype sont prévus pour la période 2006-2008. Les premiers essais en « situation opérationnelle » devraient avoir lieu en 200964.
  2. Le Neuron est un programme volontairement ouvert aux partenaires européens de la France. La Grèce et la Suède sont déjà parties prenantes à travers Hellenic Aerospace Industry (HAI) et SAAB Aerospace. Ce programme bénéficie ainsi de l’expérience acquise par l’industriel suédois grâce aux démonstrateurs technologiques SHARC et FILUR65. European Aeronautic Defence and Space (EADS) company est aussi, à travers sa branche espagnole CASA, un partenaire de ce projet. D’ici 2008, les participations au projet Neuron d’autres pays et d’autres industriels européens sont attendues.
  3. Les caractéristiques techniques définitives n’ont pas été rendues publiques à ce jour. Toutefois, le Neuron sera un appareil subsonique de dimensions proches de celles d’un avion de combat et d’une masse d’au moins cinq à huit tonnes. Le démonstrateur devra être capable de s’insérer dans un espace aérien rassemblant d’autres appareils, de réaliser des missions d’attaque au sol et de mettre en oeuvre des armes air-sol guidées disposées en soute.

(Vue d’artiste Dassault-Aviation)

SHARC

  1. SHARC (Swedish Highly Advanced Research Configuration) est un démonstrateur technologique développé par SAAB Aerospace en collaboration avec l’Administration de la défense suédoise. Après cinq ans d’étude, le SHARC a fait son premier vol le 11 février 2002. Il s’agit d’un appareil propulsé par turboréacteur, de dimensions restreintes mais déjà capable de transmettre à longue distance des images en vol. Doté d’un pilote automatique, il peut voler en complète autonomie. Ce programme apporte des acquis utilisables dans le cadre des programmes FILUR et Neuron.

Moteur : AMT Olympus66

Envergure : 2,10 mètres

Masse : 50 kg

Vitesse maximale : 320 km/h67

(Photo SAAB Aerospace)

FILUR

  1. Le FILUR (Flying Innovative Low observable Unmanned Research) est un programme destiné à prolonger les recherches entreprises avec le SHARC dont il reprend l’électronique embarquée. Egalement réalisé par SAAB Aerospace en collaboration avec l’Administration de la défense suédoise, ce projet a pour principal objectif de contribuer au développement de capacités de furtivité. Il s’agit de démontrer la faisabilité d’un UCAV à faible signature radar. Il permettrait ainsi d’étudier les concepts d’emploi des UCAV dans les tâches de suppression des moyens de défense anti-aériens adverses. Le FILUR est un démonstrateur aux caractéristiques comparables à celles du SHARC. Le premier vol de ce démonstrateur est prévu en 2005.

Moteur : AMT Olympus

Envergure : 2,40 mètres

Masse : 55 kg68

(Vue d’artiste SAAB Aerospace)

SKY-X

  1. Le SKY-X est un projet d’UCAV développé à des fins de recherche et de démonstration de technologies par l’industriel italien Alenia. Il s’agit de réaliser un appareil polyvalent grâce à une large modularité et une architecture informatique ouverte. Il pourra opérer comme drone classique de reconnaissance et de surveillance grâce à l’emport de modules adaptés (Caméras, dispositifs infrarouges, radar). Il pourra exécuter des missions de combat grâce au simple remplacement des modules de senseurs par des modules d’armement. Ceux-ci pourraient abriter une charge offensive air-sol de 2 bombes guidées SDB69. Le prototype du SKY-X disposera, dans un premier temps, d’une autonomie limitée et sera donc contrôlé par un « pilote terrestre ». Le premier vol du prototype est attendu en 200570.

Longueur : 6 mètres

Envergure : 5,74 mètres

Masse à vide : 550 kg

Charge utile : 300 kg

Masse maximale au décollage : 1 000 kg

Vitesse de croisière : Mach 0,60

Vitesse maximale : Mach 0,74

Plafond pratique : 10 000 mètres

(Photo Alenia)

Taifun

  1. Le Taifun est un drone tactique de combat développé par l’industriel allemand Rheinmetall Defence Electronics qui devrait entrer en service dans les forces armées de l’Allemagne en 2005. Il a effectué ses premiers essais en décembre 2002. Il appartient à la famille de drones « Brevel » dont le premier modèle vole depuis 1995. Au service des forces terrestres, c’est un engin de faibles dimensions, dirigé depuis une station au sol. Il peut transmettre quasiment en temps réel les données et images recueillies. Sa lenteur et sa maniabilité font du Taifun un bon instrument d’identification et de désignation des cibles. Pour mener à bien ses actions offensives, il utilise des munitions légères à charges creuses. (« Hollow-charged warhead »).

Longueur : 2,08 mètres

Envergure : 2,26 mètres

Masse au décollage : 160 kg

Charge militaire emportée : 25 kg

Plafond pratique : 4 000 mètres (13 120 pieds)

Vitesse maximale : 250 km/h

Rayon d’action : 200 km71

Autonomie : 4 heures

(Vue d’artiste Rheinmetall)

(Image www.airforce-technology.com)

SCAFE/ETAP

  1. Le programme d’étude du Système de Combat Aérien Futur Européen, partie intégrante du European Technology Acquisition Programme (SCAFE/ETAP), est une entreprise de réflexion lancée en 2001 qui doit dégager les perspectives d’avenir, à l’horizon 2020, des systèmes et des modes de combat dans les airs. Elle réunit six nations européennes : l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et la Suède. Ce programme cherche notamment à définir quelles seront les plates-formes adéquates et quelles sont les technologies qui doivent être privilégiées et développées. C’est à ce titre que sont envisagées les perspectives proposées par les UCAV. Les recherches des industriels européens (dont EADS) et les programmes NEURON, SHARC, FILUR et SKY-X s’inscrivent dans cette démarche et nourrissent les travaux d’ETAP.

(Vue d’artiste d’un UCAV envisageable dans le cadre d’ETAP (EADS))

FOAS

  1. Le Future Offensive Air System est une démarche prospective entreprise par les forces aériennes du Royaume-Uni afin de développer une capacité de frappe aérienne en profondeur capable de remplacer les avions d’attaque Tornado Gr. 4 à l’horizon 2017. Celle-ci pourrait reposer sur un système intégrant UCAV, missiles de croisière et un système dit C4 (« Command control, communications, computers and intelligence system »)72. Une étude de l’architecture de ce système a été confiée à BAE Systems73. L’éventuel UCAV britannique qui pourrait être développé dans le cadre du FOAS bénéficierait de la connaissance acquise au sujet de la furtivité grâce au projet « Replica ». Une cellule d’avion de chasse fondée sur ces technologies avait été réalisée à des fins d’études.

(Vue d’artiste d’UCAV envisageable dans le cadre du FOAS (BAE Systems))


ANNEXE II

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Programmes américains d’UCAV

  1. Les Etats-Unis furent des pionniers dans le domaine des drones et des UAV74 en général. Les forces armées américaines furent parmi les premières à mettre en oeuvre ces engins volants sans pilote, dans le but de mener à bien des tâches de reconnaissance et d’observation. Devant leurs avantages et leurs résultats en opérations, beaucoup se sont interrogés sur la possibilité d’armer des drones afin de réaliser des opérations de combat délicates sans exposer des pilotes au danger. Ainsi, depuis 2001, l’USAF (United States Air Force) utilise une version dotée d’armes air-sol de son drone de reconnaissance Predator : celui-ci est donc le premier UCAV opérationnel au monde.
  2. Avant même l’expérience du drone Predator armé, les armées américaines envisageaient déjà de concevoir un appareil sans pilote disposant de capacités et capables de performances comparables à celles d’avions de combat pilotés. A la fin des années 1990, sous l’égide de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), les autorités américaines avaient en effet lancé un vaste programme d’étude et de développement d’UCAV : le « Joint Unmanned Combat Air Systems (J-UCAS) demonstration programme ». Deux séries de démonstrateurs technologiques ont vu le jour dans ce cadre : le Boeing X-45 et le Northrop Grumman X-47.

Predator

  1. Le RQ-1 Predator est un drone de reconnaissance à moyenne altitude de grande endurance et piloté à distance. Il a été développé par l’industriel américain General Atomics Aeronautical Systems Inc. Il est équipé, pour accomplir ses tâches, de caméras vidéo et infrarouges ainsi que d’un radar d’observation. Utilisé par les Etats-Unis depuis 1995, il s’est mué en UCAV avec l’apparition de la version MQ1-B en 2001. Dans cette configuration, les senseurs d’observation sont remplacés par des désignateurs infrarouges et laser et par deux missiles AGM-114 Hellfire75 installés sous les ailes.
  2. Le Predator armé a été utilisé activement en opération à plusieurs reprises. Il s’est notamment distingué à l’occasion de l’intervention américaine contre les talibans et Al-Qaida en Afghanistan et lors de la guerre d’Irak. Le 4 novembre 2002, un Predator armé a été utilisé par la CIA pour détruire le véhicule transportant sur une route du Yémen six responsables présumés de la nébuleuse terroriste d’Oussama Ben Laden.

Longueur : 8,23 mètres

Envergure : 14,84 mètres

Hauteur : 2,10 mètres

Masse à vide : 512 kg

Charge utile : 204 kg

Masse maximale au décollage : 1 020 kg

Moteur : Rotax 914 quatre cylindres de 101 chevaux.

Vitesse de croisière : 135 km/h

Vitesse maximale : 217 km/h

Altitude maximale : 7 260 mètres (25 000 pieds)

Autonomie : 24 heures de patrouille sur une zone située à 740 km (400 milles nautiques) de la station de contrôle76.

(Predator d’observation. Photo General Atomics Aeronautical Systems Inc.)

(Predator armé avant son décollage. Photo General Atomics Aeronautical Systems Inc.)

(Predator armé en vol. Photo General Atomics Aeronautical Systems Inc.)

  1. Un « nouveau » Predator est développé depuis l’an 2000 au profit de l’US Air Force. Ce MQ-9A Predator B est bien plus grand, plus lourd et plus performant que son prédécesseur. Le moteur conventionnel de 100 chevaux est remplacé par un puissant turbopropulseur. Le Predator B est une application du concept de drone MCMM (multicharges/multicapteurs-multimissions ») : grâce à une large panoplie de capteurs, il combine à la fois les fonctions de drone d’observation  et celles d’attaque au sol. Il peut d’ailleurs assurer ces deux types de mission dans le cadre d’un même vol. La panoplie de munitions air-sol utilisée par le Predator B ne cesse de s’élargir. Ainsi, l’un des prototypes a mené avec succès, au printemps 2004, des essais de largage de bombes à guidage laser77 de 227 kg (500lb). La capacité de mise en oeuvre d’autres armes, dont des bombes JDAM (Joint Direct Attack Munition) à guidage par GPS (Global Positionning System), devrait être développée.

Longueur : 10,97 mètres

Envergure : 20,12 mètres

Charge utile interne : 363 kg

Charge utile externe : 1 361 kg

Masse maximale au décollage : 4 536 kg

Moteur : Turbopropulseur Honeywell TPE 331-10T.

Vitesse : 407 km/h

Altitude maximale : 14 520 mètres (50 000 pieds)

Autonomie de vol : Plus de 30 heures78

(Predator B en vol. Photo General Atomics Aeronautical Systems Inc.)

(Predator B au sol. Photo General Atomics Aeronautical Systems Inc.)

X-45

  1. Le X-45 est le projet d’UCAV de démonstration technologique proposé par Boeing dans le cadre du programme J-UCAS. La première version, le X-45 A, a effectué son vol inaugural en mai 2002. C’est un appareil discret conçu pour les opérations de combat qui emporte ses charges offensives en soute. Développé sur la base de technologies visant la furtivité, il est dirigé depuis une station au sol mais est doté de larges capacités d’action autonome. Il suit la navigation préprogrammée et remplit la mission planifiée par les opérateurs terrestres : une intervention humaine permanente n’est ainsi pas nécessaire. Les opérateurs terrestres interviennent directement uniquement pour l’identification et le ciblage des objectifs et lorsqu’il s’agit d’autoriser les tirs. D’ailleurs, un seul « pilote » au sol peut en théorie contrôler jusque quatre X-45 simultanément. Les missions opérationnelles envisagées comprennent la guerre électronique, la suppression des défenses antiaériennes ennemies (SEAD), la surveillance, le renseignement, la reconnaissance et les frappes en profondeur.
  2. Le X-45 A a démontré les capacités d’intégration des UCAV dans un réseau centré et leur réactivité vis-à-vis de leur environnement et de la présence d’autres aéronefs. Ainsi, le 17 mai 2004, des données ont été échangées entre un X-45 A et un chasseur d’entraînement piloté T-33 volant de concert. L’emploi simultané de plusieurs avions sans pilote a été illustré le 2 août 2004 à travers le vol en formation de deux X-45 A sous le contrôle d’un seul opérateur au sol79. Cette première version de l’UCAV de Boeing a aussi prouvé ses capacités offensives en larguant avec précision, le 18 avril 2004, une bombe guidée par GPS emmenée en soute.

Longueur : 8,75 mètres

Envergure : 11,15 mètres

Masse à vide : 3 628 kg

Masse maximale au décollage : 6 350 kg

Capacité d’emport : 680 kg

Moteur : Honeywell F124-GA-100

Plafond opérationnel : 11 550 mètres (35 000 pieds)

Vitesse de croisière : Mach 0,75

(Les deux exemplaires produits du X-45 A au sol. Photo Boeing)

(X-45 A au décollage. Photo Boeing)

(1er largage d’une bombe à guidage par GPS depuis la soute d’un X-45 A. Photo Boeing)

  1. Une nouvelle version du X-45, nettement plus proche de la configuration opérationnelle finale attendue, est en développement. Ce X-45 C80 est un engin de dimensions plus importantes et à la furtivité beaucoup plus poussée, notamment grâce à un nouveau dessin de la voilure qui lui donne l’allure d’une véritable aile volante. Il est doté d’une avionique plus évoluée et est capable d’emporter une gamme complète de senseurs destinée à la reconnaissance et à la désignation des cibles. Le X-45 C se distingue aussi par sa capacité d’être ravitaillé en vol, ce qui lui donne des possibilités de plus en plus proches de celles d’un avion de combat piloté classique. La charge militaire emportée est également accrue car il peut larguer jusqu’à huit bombes SDB (Small Diameter Bomb) de 113 kg. Il peut aussi mettre en oeuvre la gamme complète des JDAM (Joint Direct Attack Munition) à guidage GPS. Le premier exemplaire du X-45 C est en phase d’assemblage. Son premier vol doit avoir lieu au milieu de l’année 200681. La mise en service opérationnelle des premiers UCAV est attendue aux alentours de 2010. A l’horizon 2015, l’aviation américaine risque d’être confrontée à un déficit temporaire de capacité dans le domaine du bombardement suite à l’éventuel retrait du service des bombardiers B1-B et surtout B52. Pour pallier cette carence, Boeing envisage de proposer une gamme complète. Aux vues des résultats très encourageants de son programme d’UCAV, l’avionneur américain place au coeur de cette gamme le X-45 D, un modèle largement inspiré du X-45-C mais de dimensions encore supérieures82, afin d’effectuer des frappes à très longue distance.

Longueur : 11,90 mètres

Envergure : 14,94 mètres

Masse maximale au décollage : 16 570 kg

Charge de munitions emportée : 2 040 kg

Moteur : turboréacteur General Electric F404.

Vitesse de croisière : Mach 0,80

Plafond pratique opérationnel : 13 200 mètres (40 000 pieds)

Rayon d’action : 2 407 km (1 300 milles nautiques)

(Maquette à échelle 1 du X-45 C présentée au Farnborough Air Show 2004. Photo Boeing)

(Deux X-45 C larguant des bombes JDAM. Vue d’artiste DARPA)

(Poste au sol de contrôle à distance du X-45 C. Vue d’artiste DARPA)

X-47 Pegasus

  1. Le X-47 est la proposition d’UCAV faite par l’industriel Northrop Grumman dans le cadre du programme J-UCAS de la DARPA. Le X-47 a pour objectif de démontrer les possibilités d’emploi d’un UCAV à partir et dans l’environnement d’un porte-avions. Pour cela, un tel UCAV doit faire preuve de robustesse, de grandes capacités de communication avec les autres aéronefs et l’ensemble des composantes du réseau centré auquel il appartient et doit surtout être capable de se poser selon les paramètres très précis que requiert la technique de l’appontage. Il doit toutefois s’inscrire dans le même registre de missions que le X-45 de Boeing : reconnaissance, suppression des défenses antiaériennes adverses (SEAD), guerre électronique et frappe en profondeur. Il s’agit donc également d’un engin discret fondé sur la recherche de la furtivité et d’un fonctionnement autonome avancé.
  2. Un premier démonstrateur, le X-47 A, a effectué son premier vol le 23 février 2003. Il s’agit d’un UCAV aux dimensions restreintes et d’une masse plus modeste que celle de son homologue de Boeing, le X45-A. Il est réalisé en matériaux composites et emporte sa charge utile en soute. Ce premier Pegasus a déjà permis de franchir les premières étapes vers l’emploi d’avions sans pilote au sein des forces aéronavales. Ainsi, lors des phases d’atterrissage, il est capable de prendre contact avec la piste à proximité d’un point précis désigné au préalable, condition indispensable aux opérations depuis un porte-avions. Il a également démontré sa maniabilité et son bon comportement à basse altitude et basse vitesse, qualités indispensables à un embarquement à bord de porte-aéronefs.

Longueur : 9,21 mètres

Envergure : 9,17 mètres

Masse à vide : 1 742 kg

Masse maximale au décollage : 2 500 kg

Charge utile emportée : 454 kg

Moteur : turboréacteur Pratt & Withney JT15D-5C

Endurance en vol : 1 heure environ

(Le premier X-47 A lors de sa sortie d’atelier, le 3 juillet 2001. Photo DARPA)

(Vue de l’arrière du X-47 A. Photo DARPA)

(X-47 A lors de son premier vol, le 23 février 2003. Photo DARPA)

  1. Grâce à l’expérience acquise à travers le premier démonstrateur Pegasus, Northrop Grumann et la DARPA ont établi le concept de l’UCAV opérationnel destiné à l’US Navy, le X-47 B. Le projet d’avion sans pilote dévoilé le 15 avril 2003 est une avancée considérable par rapport au premier Pegasus. Il conserve le principe de l’aile volante, gage de furtivité, mais le dessin du fuselage et de la voilure a été entièrement revu. Les extrémités de ses ailes sont dorénavant repliables afin de limiter son encombrement sur le pont ou dans le hangar d’un porte-avions. Les dimensions et la masse du X-47 B sont, à l’image de celles du X-45 C, proches de celles d’un avion de combat multirôles classique du type F/A-18 Hornet, Rafale ou Eurofighter Typhoon. Il devrait avoir des capacités offensives analogues à celle de son homologue produit par Boeing, c’est-à-dire l’emploi de plus de deux tonnes de munitions sur un objectif distant de 2 400 kilomètres de son point de départ. Le 19 août 2004, la DARPA a accordé à Northrop Grumann un contrat d’une valeur de plus d’un milliard de dollars sur cinq ans pour poursuivre le développement du X-47 B. Trois prototypes vont être construits. Le début des essais en vol est programmé pour 2007.

Longueur : 11,70 mètres

Envergure : 18,90 mètres

Masse maximale au décollage : 19 050 kg

Charge de munitions emportée : 2 040 kg

Moteur : turboréacteur Pratt & Withney F100

Plafond pratique opérationnel : 13 200 mètres (40 000 pieds)

Rayon d’action : 2 407 km (1 300 milles nautiques)

(X-47 B en vol au dessus d’un porte-avions. Vue d’artiste DARPA)

(X-47 B en vol au-dessus des côtes. Vue d’artiste DARPA)

(Largage de bombes depuis deux X-47B. Vue d’artiste DARPA)

(Appontage d’un X-47 B devant des F/A 18 Hornet. Photomontage DARPA)

(Un X-47 B côtoyant F/A 18 et E2-C Hawkeye sur le pont d’un porte-avions. Photomontage DARPA)


1 Adoptée par l’Assemblée le 30 novembre 2004, au cours de sa huitième séance plénière.

2 Dans un souci de synthèse, on utilisera les acronymes anglais UAV (unmanned aerial vehicle) et UCAV (unmanned combat aerial vehicle), pour désigner indifféremment les avions, hélicoptères et autres plates-formes aériennes sans pilote (drones), à l’exclusion des munitions guidées (missiles).

3 Désignées dans la terminologie de l’OTAN par « Network Enabled Capability » (N [NATO] NEC). La NEC (dont les principes – le « Network Centric Warfare », NCW – sont au centre des réformes des forces armées américaines, sous l’impulsion du Secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld) peut être résumée ainsi : « Il s’agit de faire la liaison entre les capteurs, les décideurs et les systèmes d’armes afin que l’information puisse être traduite de manière à avoir un effet général et synchronisé sur le plan militaire, à un rythme optimal. (...) Le concept met l’accent sur la fourniture de données à une importante communauté d’utilisateurs en privilégiant le mode « tirer » par rapport au mode « pousser », la mise à disposition d’un réseau Intranet à large bande et l’utilisation des services du web » (Source : NATO C3 Technical Architecture ; Volume 2, Chapter 5 « NATO Network Enabled C3 Architecture Concepts » ; décembre 2003, www.nato.int).

4 Le « Pioneer » est un drone tactique d’observation conçu à l’origine en Israël (Israel Aircraft Industries) et fabriqué aux Etats-Unis en partenariat avec AAI Corporation (Etats-Unis).

5 Au début de la campagne aérienne de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie (Serbie et Monténégro), le 24 mars 1999, la 100e batterie de drones de la Bundeswehr était la seule unité « UAV » européenne présente dans la région, dans l’ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM). Les drones en dotation étaient des CL-298, fabriqués par Dornier GmbH (EADS).

6 Les UAV sont une « espèce » très diversifiée sur le plan tant des caractéristiques techniques que des capacités et concepts d’emploi. Ils ont aussi des applications importantes dans le domaine civil, comme pour la sécurité intérieure (surveillance des frontières, opérations de surveillance de la police, prévention d’incendies, par exemple). Ces aspects pourraient faire l’objet d’un rapport de suivi de la Commission technique et aérospatiale de l’Assemblée.

7 Comments of the 3rd meeting of the Unmanned Aerial Vehicle (UAV) Panel (11-12 mars 2004) ; www.nato.int.

8 En décembre 2002, eut lieu le premier engagement reconnu entre un drone « Predator », équipé de missiles « Stinger » et un avion de chasse irakien « MiG-25 », au dessus de l’Irak. Le drone a réussi à tirer deux missiles contre l’avion avant d’être abattu par le pilote irakien ; source CNN, 30 décembre 2002 ; www.cnn.com.

9 Command, Control, Communications, Computers, Intelligence, Surveillance and Reconnaissance/ Commandement, Contrôle, Communications, Informatique, Renseignement, Surveillance et Reconnaissance.

10 La mission la plus longue d’un B2, à ce jour, a duré plus de 40 heures.

11 « B-2 Spirit Stealth Bomber » ; www.airforce-technology.com.

12 La forteresse volante B-52 a aussi cette capacité, avec un équipage de 5 personnes mais pouvant aller plus loin (16 000 km contre 11 600 pour le B2), avec une capacité d’emport offensive plus importante et diversifiée. Le Pentagone estime que cet appareil, entré en service en 1955, pourra encore être utilisé jusqu’en 2045 et au-delà ; www.militaryfactory.com.

13 « Reconnaissance scouts of the future » ; American Forces News Service, 17 mai 2004 ; http://usmilitary.about.com.

14 Thales, Journée de l’arme blindée ; Saumur, 23-25 mars 2004 ; www.thales-communications.com.

15 EADS, Unmanned Ground Vehicles, PRIMUS ; www.eads.net.

16 « Robot Warriors » ; Armed Forces international ; www.copybook.com.

17 « Future Force Warrior » ; US Army Soldier Systems Center (SSC) ; www.natick.army.mil.

18 « La DGA notifie à SAGEM le marché de réalisation des systèmes FELIN pour l’armée de terre » ; Ministère de la défense - Délégation à l’information et à la communication de la défense, 4 mars 2004 ; www.defense.gouv.fr.

19 Future Integrated Soldier Technology (FIST), Defence Procurement Agency (UK) ; www.mod.uk.

20 Idem.

21 Ce document est en cours de révision afin d’être adapté aux évolutions récentes en matière de stratégie navale. (Source : National Defense Magazine, mai 2004 ; www.nationaldefensemagazine.org).

22 « Navy adjusts course for underwater robots » ; National Defense Magazine, mai 2004 ; www.nationaldefensemagazine.org.

23 « India working on underwater surveillance vehicle » ; The Times of India, 21 août 2003 ; http://timesofindia.indiatimes.com.

24 La France (par le biais d’une commande de la DGA à la compagnie Thales pour le module de lutte anti-sous-marine du « Spartan ») et Singapour participent aussi à ce projet. (Source : « France to develop ASW module for Spartan Scout » ; Jane’s Navy International, 15 juillet 2004 ; www.jni.janes.com).

25 « The next Kitty Hawk – ACTD program sped Spartan Scout tests » ; Defense News, 17 novembre 2003. Selon le Chief of Naval operations Strategic Studies Group de la marine des Etats-Unis, cité dans le même article, entre 2030-2050 un groupe de combat de 20 navires pourrait comprendre quelque 200 véhicules de surface non pilotés ; www.defensenews.com.

26 A titre de comparaison, le coût initial d’un UCAV X-45 (Boeing) est estimé à 40 millions de dollars, contre plus de 100 millions pour le F-35 Joint Strike Fighter ou 200 millions pour un F-22 Raptor.

27 Pour lancer le programme ; ce n’est pas un budget annuel reconductible.

28 Budget de la défense des Etats-Unis pour 2004 ; Département de la défense des Etats-Unis, http://www.defenselink.mil

29 SNECMA Moteurs, communiqué de presse du 7 octobre 2003 ; www.snecma-moteurs.com.

30 Le Canada a déployé et utilise des drones Sperwer au sein de ses unités présentes dans la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) des Nations unies, en Afghanistan.

31 Le 12 juillet 2004, Mike Turner, Directeur de BAE Systems, a déclaré que « l’Europe continentale fait un effort en matière d’UAV et d’UCAV (…). Nous [BAE] travaillons avec l’Agence britannique d’acquisition en matière de défense sur des progammes ; il importe vraiment que nous nous engagions en tant que nation ». (Source : Defense News, 2 août 2004 ; www.defensenews.com ). BAE participe aussi au programme UCAV américain X-45 (Boeing).

32 « Brits may fly solo on new UCAV program » ; Aviation International News, juillet 2004 ; www.ainonline.com.

33 Développé par un consortium regroupant les compagnies SAAB et Ericsson et en partenariat avec (entre autres) IBM et Boeing.

34 « UCAV update » ; Jane’s International Defense Review, août 2004 ; http://idr.janes.com.

35 SAAB, communiqué de presse, 2 septembre 2004 ; www.saab.se.

36 « FILUR – a flying low signature demonstrator » ; SAAB, communiqué de presse, 13 novembre 2003 ; www.saab.se. 

37 Alenia Aeronautica ; www.alenia-aeronautica.it.

38 Alenia négocie aussi avec le groupe Dassault pour participer au démonstrateur Neuron. (Source : « Italy’s SKY-X demonstrator explores artificial intelligence » ; Defense News, 2 août 2004 ; www.defensenews.com).

39 « Kleinfluggerät zur Zielortung », petit véhicule aérien pour acquisition de cible.

40 Le budget J-UCAS demandé pour 2005 est de 710 millions de dollars. Pour la période 2004-2009, la totalité des sommes à allouer aux programmes UCAV et UAV (tous types) est estimée à plus de 12 milliards de dollars, dont au moins 4 milliards pour les UCAV (Source : « Fiscal 2005 Department of Defense Budget release », 2 février 2004, http://www.defenselink.mil/link.mil ; Department of Defense, Office of Management and Budget (Maison Blanche), 23 août 2003, www.whitehouse.gov).

41 Idem.

42 En juin et août 2004 se sont déroulés avec succès les premiers tests de cette capacité avec les deux X-45A existants contrôlés par un seul opérateur (Source : « Boeing X-45A Unmanned Aircraft Taxi Together; Ready for Multi-Vehicle Flight », 7 juin 2004 et « Boeing X-45A Aircraft Fly Together for First Time Demonstrate Unmanned Coordinated Flight Successfully », 2 août 2004 ; www.boeing.com).

43 « Le système créera automatiquement de nouveaux itinéraires pour la mission afin de faire face aux modifications de son environnement extérieur. Lorsqu’une nouvelle menace (simulée) de radar est observée par le système, le système de commande de la mission détermine une nouvelle trajectoire de vol pour échapper à la détection » ; « X-45A J-UCAS begins Block 2 flight demonstrations » ; Darpa News release, 14 novembre 2003 ; www.darpa.mil.

44 « DARPA awards funding for Joint unmanned combat air systems Common operating system integrator/broker » ; DARPA news release, 28 septembre 2004 ; www.darpa.mil.

45 « Boeing wins contract for unmanned aircraft » ; Los Angeles Times (Etats-Unis), 13 octobre 2004 ; www.latimes.com.

46 En avril 2004, le X-45A a largué pour la première fois une bombe guidée de 250 livres sur une cible fixe, à plus de 10 000 mètres d’altitude et à une vitesse de Mach 0,67 (Mach 1 = vitesse du son = 331,5 mètres par seconde) ; « J-UCAS X-45A destroys target » ; DARPA news release, 19 avril 2004 ; www.darpa.mil.

47 « X-45C » ; Boeing, www.boeing.com.

48 « DARPA awards funding for X-45C Joint unmanned combat air systems » ; Darpa News release, 12 octobre 2004 ; www.darpa.mil.

49 La société Northrop Grumman, mieux connue pour le bombardier stratégique B2 Spirit, a aussi développé le drone d’observation haute-altitude longue endurance « Global Hawk ».

50 « DARPA awards funding to Northrop Grumman » ; Darpa News release, 17 août 2004 ; www.darpa.mil.

51 Un radar à synthèse d’ouverture (SAR) est un radar aéroporté dont les données, traitées par un ordinateur, restituent une image bidimensionnelle de l’objet mesuré. Le système SAR présente deux inconvénients majeurs, la distorsion géométrique (paramètres de distance, temps de réception des données et relief) et le « chatoiement » (« speckle noise ») qui est lié aux paramètres de phase et magnitude. Le « chatoiement » est caractéristique dans l’imagerie océanique.

52 « UCAR goals and objectives » ; DARPA, www.darpa.mil.

53 « DARPA, Army select unmanned combat armed rotorcraft Phase II contractors» ; Darpa News release, 24 juillet 2003 ; www.darpa.mil.

54 L’hélicoptère Comanche était un programme datant de la guerre froide (il avait plus de vingt ans) et dont le coût s’est élevé à plus de sept milliards de dollars jusqu’en 2004.

55 Sur ces coopérations, voir les rapports précédents de la Commission technique et aérospatiale de l’Assemblée : « L’Agence européenne de défense – Réponse au rapport annuel du Conseil », rapporteur : M. Braga ; Document 1856, 3 juin 2004 ; www.assemblee-ueo.org ; « L’évolution de la politique d’armement en Europe – Réponse au rapport annuel du Conseil », rapporteur : M. Agramunt Font de Mora, ; Document 1840, 3 décembre 2003 ; www.assemblee-ueo.org.

56 Annoncé au Salon militaire EuroSatory (France) le 21 juin 2004, cet accord donne la maîtrise d’oeuvre de l’UCAV à Dassault et celle du drone « européen » MALE à EADS. Leurs partenaires, tels que Thales, SAAB, HAI (Grèce), SAGEM, participent aussi à ces projets, ce qui présente des avantages évidents en termes de coûts, de standards et d’interopérabilité – chacune de ces sociétés ayant une expertise européenne et internationale établie.

57 « UCAV – DARPA’s vision for the future » ; 2004, www.atsnn.com.

58 Source : « UCAV – The next generation air-superiority fighter ? » ; Major William K. Lewis, School of Advanced Airpower studies ; Air University, Maxwell Air Force Base, Alabama, juin 2002 ; www.au.af.mil.

59 « Skynet », dans les films, est le réseau qui contrôle la défense des Etats-Unis. De plus en plus autonome et doté d’une intelligence artificielle évolutive, il déclenche une « guerre préventive » contre la race humaine pour empêcher les humains de le débrancher. Des armées d’UAV/UCAV et des robots terrestres, les « Terminator », traquent les survivants sans relâche.

60 « CRS [Congressional Research Service] warns that Network Centric Warfare might rely too much on unproven technology » ; Aviation Week (Etats-Unis), 10 juin 2004 ; www.aviationnow.com ; « Doomed to Fail : America’s Blind Faith in Military Technology » ; Lieutenant Colonel John A. Gentry (US Army, reserve) ; Parameters (US Army War College Quarterly), hiver 2002-03 ; http://carlisle-www.army.mil.

61 Le concept de « Village global » a été développé par l’intellectuel canadien Herbert Marshall McLuhan (1911-1980), un professeur d’anglais dont les écrits portent sur l’influence des médias et des technologies dans la civilisation contemporaine – « The new electronic interdependence recreates the world in the image of a global village » (« The Gutenberg Galaxy : A Voyage Between Two Worlds », 1960) ; http://mcluhan.ca.

62 « Le système d’exploitation commun est conçu de manière à pouvoir admettre un certain nombre d’autres configurations qui pourraient être nécessaires pour poursuivre des missions similaires à l’avenir, au fur et à mesure de l’évolution des besoins en matière de plates-formes » ; Joint Unmanned Combat Air Systems, J-UCAS Overview (DARPA) ; www.darpa.mil.

63 Selon la formule de l’intellectuel américain Robert Kagan dans « Power and Weakness » ; Policy Review, été 2002 ; www.policyreview.org.

64 http://www.dassault-aviation.com

65 Voir ci-dessous.

66 Turbine produite aux Pays-Bas, destinée à la motorisation de modèles réduits, d’une valeur de 4500 euros environ.

67 http://www.saabaerospace.com

68 http://www.saabaerospace.com

69 Modèle de bombe en cours de développement aux Etats-Unis.

70 http://www.alenia-aeronautica.it

71 http://www.Rheinmetall.com ; http://www.airforce-technology.com et http://www.vectorsite.net.vectorsite.net

72 http://www.mod.uk/

73 http://www.baesystems.com

74 Unmanned Aerial Vehicle.

75 L’AGM-114 est un missile air-sol léger à guidage laser destiné principalement à la lutte contre les blindés. Il constitue l’armement principal de l’hélicoptère de combat AH64 Apache.

76 Sources: General Atomics Aeronautical Systems Inc. :http://www.uav.com et US Air Force: http://www.af.mil

77 « Predator B drops Paveway II », Jane’s Defence Weekly, 18 août 2004.

78 Sources: General Atomics Aeronautical Systems Inc. :http://www.uav.com et US Air Force: http://www.af.mil

79 http://www.boeing.com

80 Ancien X-45 B rebaptisé suite à la décision de la DARPA de modifier certaines caractéristiques de l’UCAV.

81 http://www.boeing.com

82 Jane’s Defence Weekly, Boeing offers US interim strike capability options, 25 août 2003.