Monsieur Bühler, quel a été le motif de votre voyage en Croatie ?
La Croatie a commencé à m’intéresser à partir de 1996, quand elle a posé sa candidature au Conseil de l’Europe. A l’époque, j’étais le porte-parole de mon groupe parlementaire, au Conseil de l’Europe. Aujourd’hui, la Croatie est, depuis 5 ans, un membre très actif du Conseil de l’Europe. Par ailleurs, l’
UEO mène en Croatie une opération de déminage (MADUEO). Celle-ci doit se terminer fin novembre, et je tenais à m’informer des résultats.
Quelles impressions vous a fait la Croatie ?
La présence de mines pose toujours à la Croatie d’énormes problèmes qui paralysent non seulement son évolution économique et sociale, mais qui la dépassent carrément. Les mines sont un obstacle à l’agriculture, au tourisme, mais également à la réinstallation des réfugiés de retour de Yougoslavie.
Quelle est l’ampleur du problème des mines en Croatie ?
Les données varient à ce sujet. Certaines ONGs évaluent leur nombre à près de 2 millions. Les collaborateurs des Nations unies et de l’
UEO avec lesquels je me suis entretenu parlent d’environ un million de mines et de bombes n’ayant pas explosé. C’est moins qu’en Afghanistan ou au Cambodge, mais près de 8% du territoire croate sont truffés de mines. Elles ont été posées par les belligérants des deux camps, y compris dans des lieux publics. On trouve des champs de mines au coeur des villages, ce qui les rend inhabitables. D’horribles accidents se produisent fréquemment. C’est là le caractère sournois des mines : elles tuent et rendent infirme même en temps de paix.
Qu’a entrepris l’UEO contre les mines ?
Sur l’insistance de l’Assemblée, l’
UE et l’
UEO ont commencé, en 1999, à apporter un soutien technique et organisationnel au centre public croate de déminage, le CROMAC. Dans un premier temps, 9 experts militaires, réduits ensuite à 4, ont permis une optimisation des efforts croates en vue de parvenir à un déminage moderne et rapide. Depuis, différents Etats membres de l’
UE/
UEO ont fourni plus de 750.000 EUR et livré du matériel comme des détecteurs de métaux. Mais la Croatie recèle aussi des charges de plastic.
Quels sentiments avez-vous éprouvés sur les champs de mines ?
Des sentiments bizarres. Bien sûr, j’avais toute confiance dans les compétences professionnelles des démineurs croates. Le déminage est, sur le plan psychique et physique, une profession éreintante que beaucoup exercent uniquement parce qu’elle offre, dans des régions économiquement sous-développées, des salaires supérieurs à la moyenne. Il faut vérifier chaque centimètre de terrain. On recourt aussi à des chiens policiers. Sur terrain plat, on peut aussi utiliser des machines. La Croatie a d’ailleurs proposé toute une série d’innovations.
Comment peut-on aider la Croatie ?
Déminer coûte très cher. Pour poser une seule mine, il faut compter entre 5 et 25 EUR ; la neutraliser peut revenir à près de 1000 EUR. Les experts des Nations unies et de l’
UEO m’ont confirmé les chiffres avancés par le ministère croate : il faudrait débourser plus de 1,25 milliards d’EUR d’ici 2010. Je crois qu’une nouvelle réflexion sur l’aide financière directe s’impose. Mais il faudrait aussi poursuivre les missions de consultation, comme celles pratiquées par l’
UEO. On trouve dans le domaine de la gestion des lacunes très nettes qui empêchent un travail encore plus rapide. Le Pacte de stabilité offrirait un cadre approprié d’assistance. De son côté, la Croatie peut aussi contribuer à un déminage plus performant en faisant davantage appel à des entreprises étrangères de déminage.
Les mines représentent un problème mondial dépassant largement les frontières de la Croatie. Quelles exigences formulez-vous ?
Le prix Nobel de la paix a été décerné en 1997 à la campagne internationale contre les mines antipersonnel. Ce fut un signal important. La Convention d’Ottawa offre aussi une base appropriée pour empêcher la dissémination des mines et promouvoir leur élimination. Mais la Chine et les Etats-Unis, deux des principaux exportateurs de mines, n’ont pas signé cette Convention. Si les informations concernant l’utilisation, en Afghanistan, de bombes à fragmentation, non décrites comme des mines mais agissant de la même façon, s’avèrent exactes, ce serait un retour en arrière.
L’entretien date du 23 octobre 2001. Mr. Bühler s’est rendu en Croatie les 22 et 23 octobre 2001. Questions :
service de presse de l'Assemblée de l'UEO.