Madrid, 5 mars 2002 : Plus de 250 personnes venues de 30 pays européens et des Etats-Unis ont participé à la première séance du colloque tenue aujourd’hui à Madrid par l’Assemblée sur les besoins en équipements pour la gestion des crises menée par la
PESD.
Le Président Bühler a émis le vœu, dans son introduction, que le colloque contribue à mieux faire comprendre les besoins en matière de la
PESD et la nécessité d’augmenter les investissements pour la défense, la réussite de la
PESD étant à ce prix. Il a plaidé pour la création d’un fonds européen pour la recherche de défense – la recherche menée aujourd’hui étant déterminante pour les capacités futures. Il a proposé également que le Comité militaire de l’
UE assure la coordination entre l’industrie européenne de défense et la
PESD. En ce qui concerne les travaux de la Convention sur l’avenir de l’Europe, M. Bühler a suggéré qu’elle se penche aussi sur l’introduction d’une clause d’assistance mutuelle dans le Traité sur l’
UE. Il a mis en garde contre le danger de transformer la
PESD en une « politique à la carte » et annoncé que l’Assemblée apporterait sa contribution à la Convention sur ce point.
Fernando Diez Moreno, Secrétaire d’Etat à la défense représentant la présidence espagnole de l’UE/EUO, a présenté un plan d’action en dix points qui « constitue un document de base sur une politique européenne de l’armement (PEA) ». Pour lui, la PEA ne peut se fonder que sur le principe de « l’adhésion volontaire ». L’industrie européenne de l’armement doit être au service de la
PESD, et non le contraire. Il a par ailleurs demandé la création d’une organisation européenne unique de l’armement afin de renforcer « la présence européenne sur le marché de l’armement ». Il a suggéré également de donner aux directeurs nationaux de l’armement la possibilité de se réunir officiellement au sein de l’
UE pour conseiller les ministres de la défense de l’Union européenne.
Julian Lindley-French, de l’Institut d’études de sécurité de l’
UE, a déclaré qu’ « il y a trop longtemps que l’Europe concentre ses efforts sur les aspects institutionnels de la défense et ne prépare pas ses forces à parer efficacement (sur le terrain) aux menaces (réelles) ». Les problèmes majeurs auxquels sont confrontés les Européens sont « la mauvaise organisation et l’insuffisance des investissements ». Il faudra payer au prix fort la modernisation des équipements de défense après avoir nourri « le fantasme d’une défense à moindres frais à la fin de la guerre froide », ce qui a entraîné des dépenses
insuffisantes dans ce domaine. La force prévue par l’objectif global, à savoir une force de réaction rapide de la taille d’un corps d’armée, correspond-elle bien à ce dont l’Europe a besoin ? – a-t-il demandé. En effet, la guerre en Afghanistan a montré la nécessité de déployer immédiatement des forces spéciales de réaction immédiate, de format plus restreint, pouvant assumer des missions de maintien de la paix d’intensité variable. Les Européens doivent se concentrer sur le financement de forces d’élite spéciales, de 5 000 hommes environ. Si elle est appuyée par des forces de maintien de la paix, pareille formule devrait être relativement bon marché.
En ce qui concerne les lacunes européennes au niveau du commandement, il a suggéré « l’européanisation » progressive du
SHAPE. Celui-ci doit être plus à même de prévoir quelles seront les diverses coalitions européennes de bonnes volontés, puis de les commander afin d’entreprendre des missions d’intensité variable. L’armée américaine doit « cesser de faire obstacle à la réforme du
SHAPE » car « il est peu probable que les Etats-Unis soient un jour de nouveau engagés dans une mission militaire au sein d’une structure multinationale » et les Européens ont besoin d’un
SHAPE remanié pour procéder à une planification opérationnelle appropriée. Enfin, « l’existence d’une capacité autonome en matière de renseignement stratégique » constitue pour l’orateur un autre élément essentiel au succès de la
PESD .
Pour l’Amiral Moreno Barbera, Chef d’état-major des armées espagnoles, ce qui fait la spécificité de la démarche adoptée par la
PESD pour la gestion des crises, c’est le haut niveau de préparation requis pour les forces armées. L’
UE a donné la priorité à une capacité de riposte rapide. Pour les citoyens européens, les missions d’aide humanitaire ou de sauvetage sont largement imprévisibles et « doivent être exécutées dans un très bref délai ». Si l’on ne peut considérer de telles missions comme du ressort exclusif de l’
UE, elles ne devraient cependant pas, en temps normal, faire partie des opérations de l’
OTAN.
Il est ressorti de la discussion qui a suivi que les Européens devaient d’abord se mettre d’accord sur le type d’équipement dont ils ont besoin, puis être prêts à engager les moyens financiers nécessaires. Sinon, ils devront limiter leurs missions à ce qu’il est possible d’entreprendre compte tenu du niveau actuel des ressources.