Paris, 6 mars 2003 : en réponse à une question sur la nécessité de faire adopter une nouvelle résolution sur l’Irak par le Conseil de sécurité, Lord Robertson, Secrétaire général de l’
OTAN, a préconisé hier, lors de la réunion annuelle de l’Assemblée de l’
UEO avec le Conseil de l’Atlantique nord, de procéder à une lecture attentive de la Résolution 1441, qui contient une liste d’exigences très claires adressées à Saddam Hussein en ce qui concerne les armes de destruction massive en sa possession.
Il a rappelé que la Résolution 1441 a été adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies. La nécessité de présenter une nouvelle résolution n’a pas encore été discutée à l’
OTAN. Des responsables de l’Alliance ont expliqué que l’organisation ne se penche sur la question irakienne que dans la mesure où elle touche à la défense de la Turquie.
Des représentants de l’
OTAN ont effectué toute une série de présentations devant environ 80 membres de l’Assemblée. Pendant les discussions, il a été question, entre autres, des répercussions que pourraient avoir les divisions politiques récentes à l’
OTAN et à l’
UE sur le futur rôle des deux organisations dans le domaine de la sécurité transatlantique et européenne.
Le Président de l’Assemblée, Jan Dirk Blaauw, a déclaré que les tensions étaient perceptibles et s’étaient déjà fait sentir sur la coopération entre l’
OTAN et l’
UE, en particulier au niveau des projets conçus par certains Etats membres de voir l’
UE prendre le commandement de la
SFOR en 2004. Toutefois, a-t-il ajouté, « j’ai nettement l’impression que les membres du Conseil sont soucieux de ne pas laisser s’aggraver la situation ».
Le Directeur de la presse et de l’information de l’
OTAN, Jamie Shea, a indiqué que « les plaies transatlantiques étaient profondes » et qu’il faudra des efforts soutenus pour les cicatriser. Il craint une perte de confiance en l’
OTAN, notamment de la part du Congrès américain. L’
OTAN doit démontrer qu’elle constitue un instrument « souple, utile et utilisable ». Le terrorisme international place l’
OTAN une fois de plus devant une menace réelle pour la sécurité de ses membres et confirmera son rôle militaire. A l’avenir, il prévoit une
OTAN à trois niveaux : (a) coalitions de volontaires, que les Etats membres pourront soutenir, ou du moins qu’ils ne pourront bloquer individuellement, (b) l’Alliance traditionnelle régie par les articles 4 et 5 et (c) « l’hinterland de l’
OTAN », avec des pays non membres soutenant des missions de maintien de la paix. Evoquant une proposition des Etats-Unis, il affirme que l’
OTAN pourrait jouer un rôle dans le cadre « d’un déploiement de paix » en Irak.
Donnant des précisions sur la situation qu’affronte l’
OTAN, le Secrétaire général adjoint Günther Altenburg a déclaré que « les Américains et les Européens doivent définir ce qu’ils veulent faire ensemble et s’ils disposent des capacités nécessaires ». A la suite du sommet de Reykjavik et étant donnée la menace terroriste, il semble inconcevable de limiter le champ d’action des forces de l’
OTAN. « Elles doivent aller partout où elles sont requises, partout où la menace se manifeste ». L’
OTAN s’est attachée, à travers ses initiatives récentes en matière de capacités, à les rendre économiquement plus abordables, conçues à la mesure des nations et fondées sur des engagements clairs des Etats membres, de manière à offrir de meilleures garanties de résultats.
Les Etats membres ont besoin de faire preuve d’imagination s’ils désirent accroître l’efficacité de leurs dépenses en matière de défense. L’approvisionnement en commun est une option, mais il est également nécessaire de se pencher sur le système américain de licence à l’exportation et sur les autres obstacles à la coopération dans le domaine de l’armement. M. Holger Pfeiffer, Secrétaire général adjoint délégué, a expliqué que les Américains souffraient eux aussi de lacunes en matière de capacités. Pour les membres de l’
OTAN, le transport aérien stratégique est une priorité absolue. Les Etats membres vont discuter de la mise en place de capacités conjointes en s’inspirant de l’exemple des AWACS.
M. Altenburg a déclaré à propos de la situation dans les Balkans que l’
OTAN accueille favorablement les propositions de l’
UE de reprendre le commandement de sa mission en Macédoine. Il suppose qu’après cette prise de responsabilité, cette mission durera au moins encore six mois. L’
OTAN continue de considérer cette région comme prioritaire pour la sécurité de ses membres. Alors que la situation en Bosnie-Herzégovine est « prometteuse », le Kosovo pose « un défi ». Jamie Shea a ajouté que l’
OTAN avait « une tâche à achever, consistant à intégrer la région dans les institutions euro-atlantiques ».
En accord avec les membres de l’Assemblée, Lord Robertson a déclaré que le Caucase et l’Asie centrale requièrent « toute notre attention. Tous les ingrédients d’un conflit futur y sont réunis ».
Tout en commentant les conséquences des divisions politiques récentes entre l’
OTAN et l’
UE, des responsables de l’Alliance ont exprimé leur préoccupation à propos de l’issue du referendum imminent en Slovénie sur l’adhésion à l’
OTAN. Les principaux représentants slovènes à l’Assemblée se sont toutefois prononcés pour l’entrée à l’
OTAN. A l’adresse des membres slovènes, Lord Robertson et le Président Blaauw ont affirmé : « l’
OTAN est la seule structure pouvant vous apporter la sécurité à laquelle vous aspirez ». Des fonctionnaires de l’
OTAN ont annoncé la signature des protocoles d’adhésion par les pays candidats le 26 mars 2003 et leur participation aux réunions du Conseil de l’Atlantique nord en qualité d’observateurs à partir du 27 mars 2003. L’accession officielle de sept nouveaux membres est prévue en mai 2004.
Le Président du Comité militaire de l’
OTAN, le Général Harald Kujat, a fourni des détails sur la Force de réaction de l’
OTAN (NRF) qui devrait être sur pied au plus tard à l’automne 2004. La décision finale concernant la mise à disposition concrète de troupes affectées à cette Force incombe aux Etats membres qui s’y sont engagés.
M. Speckhard, Secrétaire général adjoint délégué, a informé les membres de l’Assemblée de l’état des relations avec la Russie. Le sommet de Rome, en 2002, a permis d’élever le niveau de partenariat avec ce pays et de nombreux sujets seront discutés d’une manière constructive (terrorisme, prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs, gestion de crise, protection civile et réforme militaire).
Cependant, il faudra aussi aborder des questions sensibles telle que « la transparence et la prévisibilité nucléaire », « le contrôle des armes conventionnelles », et « le traitement de la Tchétchénie ». Il est important que l’
OTAN évoque ces questions d’une manière qui « n’empoisonne pas notre coopération dans d’autres domaines », a-t-il souligné, la Russie percevant la situation en Tchétchénie comme une menace pour son intégrité territoriale.
En réponse à une question sur les conséquences qu’aura l’élargissement de l’
OTAN sur les relations avec le monde musulman, il faut que l’
OTAN fasse le maximum pour ne pas être perçue comme « une nouvelle alliance du Nord contre le Sud ». Mais on peut compter, comme par le passé, sur la Turquie pour faire en sorte que les préoccupations du monde musulman soient traitées d’une façon exhaustive dans les messages rendus publics par l’
OTAN. Il a estimé que l’
OTAN devrait fournir davantage d’efforts en faveur du dialogue méditerranéen et invité les Etats membres à intensifier leur action dans ce domaine sur le plan bilatéral.
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