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Lettre du Président (n° 3)
Veuillez trouver ci-dessous, pour information, le texte de la dernière d’une série de Lettres du Président aux membres de l’Assemblée.

Paris, le 22 avril 2003


Chers collègues,

Dans tous les pays des Balkans occidentaux (ancienne Yougoslavie) que j’ai visités récemment, les autorités politiques ont évoqué avec la même conviction que moi le risque que l’attention de la communauté internationale soit détournée vers le Moyen-Orient et la reconstruction de l’Irak. L’un de mes objectifs est de veiller à ce que toutes les personnes concernées comprennent que le processus de reconstruction et de démocratisation des pays de la région des Balkans n’est en aucune manière achevé et que ces pays ont toujours besoin d’un soutien et d’une assistance constante pour pouvoir un jour devenir membres de l’UE.

Le Pacte de stabilité n’a apporté aucune amélioration décisive à la région sur le plan économique. Les projets transfrontières sont peu nombreux et ce n’est qu’avec réticence que les pays donateurs honorent leurs engagements.

Au cours de ma visite à Skopje (25-27 mars 2003), j’ai rencontré le Président Trajkowski, le Premier ministre Crvenkovski, les ministres de la défense, de l’intérieur et des affaires étrangères, ainsi que de nombreux parlementaires. Je me suis entretenu également avec le commandant de l’opération « Harmonie alliée », mission de stabilisation militaire menée précédemment par l’OTAN, et le Général Maral, commandant de l’opération « Concordia », première mission militaire de l’UE, qui a pris la relève de l’OTAN début avril.

Cette mission est menée à l’invitation du Président Trajkowski et bénéficie du soutien unanime du parlement. La communauté albanaise du pays l’appuie également. Conformément aux arrangements permanents « Berlin plus », conclus entre l’UE et l’OTAN, l’opération Concordia peut compter sur des moyens et capacités propres à l’OTAN. Il est clair que cette mission, qui engage 350 personnes issues de 27 pays, pourrait servir de modèle pour une possible relève, à l’avenir, de la SFOR par l’UE en Bosnie-Herzégovine. L’expérience révélera si les arrangements actuels en matière de soutien extérieur, de chaîne de commandement et autres points importants sont satisfaisants.

Le Président du parlement, Nikola Popovski, et ses collègues issus d’horizons politiques divers se sont dits particulièrement intéressés par une revalorisation du statut de la délégation de l’ARYM à l’Assemblée de l’UEO, ce qui permettrait à ses membres de participer aux travaux des commissions de l’Assemblée et d’acquérir une plus grande expérience du contrôle parlementaire de la politique de sécurité et de défense. Le parlement ne veut pas être exclu du dialogue interparlementaire sur la politique européenne de sécurité et de défense.

Le ministre de la défense œuvre à la mise sur pied d’une petite armée moderne et efficace, composée essentiellement de soldats de métier, qui soit compatible avec les forces d’intervention rapide de l’UE. Une petite unité sert actuellement l’ISAF en Afghanistan. L’armée apporte aussi une contribution à la Brigade de l’Europe du Sud-Est, aux côtés de la Grèce et de l’Italie. Les forces albanaises et celles de l’ARYM ont également procédé à un premier exercice conjoint.

Le gouvernement multi-ethnique actuellement en place progresse sur la voie de la mise en œuvre des Accords d’Ohrid et il est déterminé à poursuivre sa tâche, afin de garantir la stabilité politique. Un accord conclu récemment avec le FMI ouvre de nouvelles perspectives d’amélioration de la situation économique, plutôt sombre en raison d’un taux de chômage élevé et du manque d’investissements étrangers.

La privatisation est en bonne voie mais pose des problèmes, de par ses répercussions probables sur le marché du travail, à un certain nombre de grandes entreprises d’Etat, inefficaces. Les étrangers hésitent toujours à investir dans le pays en raison de l’incertitude pesant, selon eux, sur la détention de biens immobiliers.

Le gouvernement de Skopje a fait son cheval de bataille de la lutte contre la corruption et le crime organisé, qui pourraient menacer la sécurité et le développement économique tant attendu du pays.

Au cours de ma visite à Pristina, au Kosovo (27-28 mars 2003), j’ai rencontré Bajram Rexhepi, Premier ministre du gouvernement d’autonomie provisoire, le Général Fabio Mini, commandant de la KFOR, Thom Hacker, chef adjoint de la MINUK, et un certain nombre de représentants d’organisations internationales.

Le programme de reconstruction, en matière de logements et d’infrastructures de base, prévu par la communauté internationale est pratiquement achevé. La situation politique demeure instable en raison des luttes entre factions qui persistent depuis la période de la résistance et de la lutte armée contre le gouvernement serbe et dominent encore les débats politiques. Le développement économique est toujours dans les limbes, tandis que l’incertitude persiste sur le statut définitif et l’Etat de droit et que l’absence de dynamisme politique freine les investisseurs étrangers.

Le Corps de protection du Kosovo (KPC), créé pour employer les anciens membres de l’Armée de libération du Kosovo afin d’aider à surmonter les catastrophes naturelles et à faire face aux urgences civiles, cherche à s’assurer un rôle croissant dans le maintien de l’ordre public. De nombreux observateurs sont préoccupés par cette évolution. Non seulement le KPC reprend à titre officieux des tâches du Service de police du Kosovo, mais il reçoit également une formation paramilitaire et les Albanais du Kosovo voient en lui le noyau d’une future armée kosovare.

Le Service de police du Kosovo, formé et conseillé par la MINUK, comprend désormais 5000 personnes et reprend peu à peu toutes les tâches normales de police. On peut comprendre qu’il demeurera nécessaire, dans un avenir proche, d’assurer un contrôle qualitatif de la mise en œuvre de ces tâches, ainsi que de l’apprentissage du comportement et de la formation aux activités spécifiques telles que la lutte contre le crime. Si la MINUK décidait de retirer sa force de police, tous les résultats obtenus jusqu’ici risquent d’être compromis.

La présence de la KFOR est toujours essentielle pour garantir la sûreté de l’environnement. Elle continue, avec la police des frontières dans l’ARYM et celle de la Serbie dans la vallée de Presevo, à contrôler les frontières dans les zones sensibles, avec l’aide d’équipements de surveillance sophistiqués. Elle est de plus en plus engagée dans la prévention du crime et la lutte contre ce fléau. Certains éléments du pouvoir politique au Kosovo entretiennent avec le crime organisé des liens très étroits qui remontent à la période de la résistance des Albanais du Kosovo et suscitent de grandes inquiétudes.

De nombreuses opinions divergentes se sont fait entendre sur le futur statut du Kosovo, allant de l’autonomie dès 2005 pour les Albanais du Kosovo, à l’opposition totale à l’indépendance, manifestée par les Serbes kosovars. Début 2003, le Premier ministre serbe récemment décédé, Zoran Djindic, avait proposé d’entamer un dialogue sur le statut futur, mais le Représentant spécial, Michael Steiner, avait réagi en disant qu’il n’y aurait pas de discussion à ce sujet en 2003. Bien que les deux parties soient de plus en plus soucieuses de ne pas laisser le statu quo se prolonger indéfiniment, il semblerait prématuré de se lancer dans un dialogue sérieux sans déployer au préalable des efforts visant à établir la confiance mutuelle.

Fort de ma précédente visite en Bosnie-Herzégovine, je suis convaincu que si la communauté internationale songeait à se désengager de cette région, ce serait au détriment des résultats obtenus à ce jour.

Veuillez agréer, chers collègues, mes cordiales salutations.


Jan Dirk BLAAUW

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