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Lettre du Président (No. 6)
Veuillez trouver ci-dessous, pour information, le texte de la dernière d’une série de Lettres du Président aux membres de l’Assemblée


Paris, le 25 juin 2003

Chers collègues,

1. J’ai été très satisfait non seulement des discussions et des résultats de notre session d’été, mais aussi de la participation. Un nombre important de représentants des gouvernements ont pris la peine de faire le voyage de Bruxelles à Strasbourg. Je tiens à remercier le Conseil de l’Europe d’avoir mis son hémicycle à notre disposition et son secrétariat du précieux soutien qu’il nous a apporté. J’ai particulièrement apprécié la réunion commune avec les membres de la Commission des affaires étrangères du Parlement européen. Après Michel Barnier, Chris Patten est le deuxième Commissaire qui s’est adressé à nous cette année et son discours percutant sur le rôle de l’Europe dans les affaires internationales a été l’un des plus marquants que j’aie entendu prononcer depuis longtemps sur cette question par un représentant de l’UE.

2. Le 11 juin 2003, j’ai participé à la deuxième conférence annuelle du Nouvel agenda pour la défense à Bruxelles. On comptait parmi les participants le Président du Comité militaire de l’UE, le Général Gustav Hägglund, les ministres de la défense bulgare et roumain et le vice-ministre des affaires étrangères de la République populaire de Chine.

En tant que membre du troisième groupe de travail, j’ai pris la parole devant la conférence sur la manière dont l’UE doit repenser ses objectifs de sécurité globaux. J’ai salué notamment les travaux en cours sur une stratégie globale pour la mise en œuvre d’une politique étrangère et de sécurité de l’UE, et souligné que cette stratégie devait fournir des orientations parfaitement claires, permettant de prendre des décisions rapides et d’apporter les réponses appropriées aux crises futures. J’ai déclaré aussi que si l’UE doit envoyer des soldats sur le terrain, les citoyens de l’UE veulent être sûrs que leurs parlementaires nationaux sont bien informés et qu’ils peuvent exprimer leurs vues sans que celles-ci soient rejetées par une administration européenne invisible et distante.

Enfin, j’ai dit que dans un avenir prévisible, la coopération transatlantique demeurerait essentielle pour la stabilité et la sécurité de l’Europe et du reste du monde. Cette coopération ne pourra s’épanouir que si le débat transatlantique continue de se développer et si tous les pays et institutions qui y participent font un effort résolu pour approfondir leurs échanges sur la sécurité dans les instances appropriées et favorisent des discussions plus vastes associant aussi les parlementaires et l’opinion publique des deux rives de l’Atlantique.

3. « A la recherche désespérée de l’Europe », tel était le sujet, d’une brûlante actualité, du Forum annuel de la Deutsche Bank auquel j’ai assisté le 13 juin 2003 à Berlin. Le Président de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, voulait que la conférence présente une analyse indépendante sur l’UE, ses défis et ses opportunités. Les discussions se sont essentiellement concentrées sur la politique étrangère, de sécurité et de défense de l’Union européenne. Wolfgang Ischinger, Ambassadeur d’Allemagne aux Etats-Unis, a déclaré que les causes de la crise transatlantique allaient bien au-delà de simples divergences sur la question irakienne. Les institutions sécuritaires internationales ont été affaiblies, ce qui va précisément à l’encontre des objectifs de la politique européenne. Les Etats-Unis manifestent un mécontentement grandissant vis-à-vis des Nations unies. L’OTAN est sous-employée en tant qu’organe décisionnel transatlantique et les partenaires européens ont l’impression qu’elle ne sert qu’à mettre en œuvre les décisions déjà prises à Washington. Les principes fondamentaux qui sous-tendent l’ordre international ont été mis en question. Le vieux mythe selon lequel tous les Etats sont souverains et égaux en droits s’efface peu à peu devant une politique qui s’oriente vers le retrait de toute protection aux dictateurs et rend le recours à la force plus vraisemblable. La nouvelle stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis, qui proclame ses ambitions de domination américaine et sa détermination à susciter des changements, va transformer le monde. Face à cette doctrine, on trouve les Européens et leur modèle de lente européanisation du monde. Il importe que la PESD gagne la confiance des Etats-Unis. Les Européens doivent non seulement définir leurs objectifs, ils doivent aussi fournir les moyens opérationnels de les réaliser. Il est urgent d’approfondir le dialogue transatlantique, et nécessaire d’élaborer en commun des « feuilles de route » sur des questions telles que l’Iran ou les armes de destruction massive. Les Etats-Unis, puissance hégémonique, ne pourront réussir que s’ils tiennent compte des vues de leurs partenaires et fondent leur politique sur la légitimité et le consensus. Vouloir un ordre international obéissant à des règles n’est pas un stratagème pour limiter la puissance des Etats-Unis. Le recours à la force armée peut d’ailleurs engendrer des résultats constructifs s’il est légitimé.

Richard Perle, que David Ignatius, rédacteur en chef adjoint du Washington Post et coprésident de la conférence, a présenté comme l’un des hommes les plus influents en politique étrangère aux Etats-Unis, a donné son point de vue sur la politique étrangère américaine et européenne. Le cas d’Al Qaida a prouvé qu’il ne faut pas attendre trop longtemps avant d’agir. Les Etats-Unis agiront s’il en va de leur intérêt. Si les autres ne reconnaissent pas l’urgence d’une telle démarche, ils opéreront seuls. La structure globale à laquelle les Européens aspirent tant ne suffit pas pour défendre les Etats-Unis. Les Nations unies doivent être réformées si elles veulent jouer un rôle utile. La politique européenne peut être comparée au chocolat, qui a un goût délicat et suave, mais fait grossir et n’est pas bon pour la santé.

A propos de l’Iran, des membres de l’auditoire ont indiqué clairement qu’ils n’accordaient pas un grand crédit à l’orateur et à la politique étrangère des Etats-Unis : ils se sont mis à rire lorsqu’il a déclaré que « nous avons des preuves sérieuses que l’Iran poursuit un programme d'armement nucléaire ». Sergei Karaganov, Président du Conseil de politique étrangère et de défense de Moscou, a répondu aux critiques formulées par Richard Perle concernant les contrats passés par la Russie avec l’Iran que son pays avait besoin de l’argent provenant des ventes d’armes nucléaires à l’Iran et à d’autres pays pour maintenir son propre potentiel nucléaire. Bon nombre d’ingénieurs nucléaires iraniens ont été formés au Royaume-Uni ou en France. Enfin, l’Iran a été un voisin constructif pour la Russie, notamment en ce qui concerne la Tchétchénie. Richard Perle a immédiatement reconnu que la Russie avait des intérêts commerciaux légitimes et qu’« un accord entre les Etats-Unis et la Russie sur l’Iran, auquel les Européens pourraient se joindre, n’est pas à exclure ».

Richard Perle a suggéré de transformer l’unilatéralisme américain en leadership afin de dissiper certaines inquiétudes concernant la domination américaine. M. Karaganov a ajouté qu’il importait non seulement que les Etats-Unis prennent les rênes, mais aussi qu’ils convainquent leurs partenaires.

4. Ma participation, avec certains collègues du Comité des présidents de l’Assemblée, à la Conférence interparlementaire sur la coopération paneuropéenne présidée par l’Assemblée parlementaire de la CEI, le Parlement européen et le Conseil de l’Europe le 16 juin 2003 à Saint-Pétersbourg avait pour but d’approfondir les relations avec les parlements nationaux représentés au sein de l’organe interparlementaire de la Communauté des Etats indépendants et de tisser de nouveaux liens.

Je me suis entretenu avec le Président de l’Assemblée de la CEI, Sergei Mironov (qui est aussi Président du Conseil de la Fédération de Russie), et avec le Vice-Ministre russe pour les affaires étrangères, Vladimir Chizhov, qui a assisté à toute la conférence. Répondant à une question sur le retrait des forces russes de Bosnie-Herzégovine, M. Chizhov a déclaré que la Russie souhaitait devenir un partenaire à part entière de l’UE dans ses activités de gestion de crise. Il a évoqué notamment la participation très limitée de la Russie – cinq policiers seulement – à la mission de police de l’UE en Bosnie-Herzégovine Il entrevoit des possibilités de coopérer aux niveaux politique et technique.

L’UE, a-t-il expliqué, a déclaré qu’elle commençait par développer les relations avec un certain nombre d’autres partenaires, avant de mettre au point l’interface avec la Russie et qu’il n’y avait pour le moment rien à discuter. Il ne voit pas les choses de cette façon. L’Europe constitue une priorité stratégique absolue pour la Russie. La Russie « sera prête quand vous (l’UE) le serez ». Il est intéressant que MM. Mironov et Chizhov aient l’un comme l’autre utilisé le terme « expansion » à propos de l’élargissement de l’UE. Nous avons examiné un certain nombre de domaines de coopération relatifs à la PESD tels que l’espace, le renseignement, le transport stratégique et la défense antimissile.

Nos membres ont fait porter l’essentiel du débat sur les questions de sécurité européenne et la lutte contre le terrorisme international. Les discussions ont été axées sur la mise en œuvre des décisions du Conseil de sécurité des Nations unies, les terroristes internationaux et la peine de mort, ainsi que le contrôle démocratique des agences nationales de renseignement, condition indispensable à leur coopération au niveau international.

Le Président de l’Assemblée parlementaire de l’Union du Bélarus et de la Fédération de Russie, Gennadi Seleznev, qui est aussi Président de la Douma russe, a fait état de progrès vers la création d’une union entre les deux Etats et la définition du modèle de cette union. Il a fait clairement savoir que la situation à Kaliningrad n’était pas satisfaisante et qu’il espérait de meilleures conditions de circulation pour les citoyens de l’enclave. Pour les représentants russes, il faut éviter à tout prix d’ériger un « mur de Schengen ».

Veuillez agréer, chers collègues, mes salutations distinguées.



  Jan Dirk BLAAUW

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