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Réserves quant au rôle de l’Europe au Moyen-Orient
Baveno, (Italie du Nord) le 23 septembre 2003 – Lors de la première séance de la conférence de l’Assemblée sur les «Nouveaux scénarios pour une sécurité et une défense communes de l’Europe », tenue hier, les orateurs se sont efforcés de définir le rôle de l’Europe au Moyen-Orient. Les participants ont convenu que l’UE avait un grand potentiel d’action et ils ont approuvé ses objectifs de politique étrangère, notamment en ce qui concerne le soutien à apporter au processus de paix israélo-palestinien, mais ils ont reconnu que ses membres n’avaient pas encore proposé de stratégie cohérente pour faire face à la situation en Irak ou assurer la mise en œuvre du plan de route, ce qui est pourtant une nécessité urgente.

Dans son discours d’ouverture prononcé devant les 400 participants à cette conférence, issus de plus de 30 pays différents, le Président de la Chambre des députés italienne, Pierferdinando Casini, a déclaré que « l’échec de l’Europe à agir ne sera pas imputé aux difficultés de développement qu’elle connaît actuellement, mais interprété comme un manque d’intérêt ». Il a exhorté la Conférence intergouvernementale, dont l’ouverture est imminente, à donner à l’UE les moyens d’élaborer une politique étrangère cohérente et des procédures de prise de décision rapides. Il a demandé également l’instauration d’« un contrôle parlementaire approprié » afin de veiller à ce que la volonté souveraine des citoyens de l’UE soit respectée dans l’ensemble du processus politique de l’Union, ajoutant qu’un déficit démocratique en matière de politique étrangère et de sécurité pourrait avoir de graves conséquences.

Souhaitant la bienvenue aux participants, le Président de l’Assemblée, Marcel Glesener, a indiqué qu’il ne serait pas possible de lutter contre les effets secondaires néfastes du conflit israélo-palestinien dans la région la plus touchée. L’optimisme qui allait de pair avec la feuille de route s’est réduit au simple espoir que l’administration des Etats-Unis assume sérieusement ses responsabilités et exerce de part et d’autre les pressions nécessaires pour rendre des progrès possibles. Mais les Européens ne doivent pas se décharger entièrement sur les Américains. Ils doivent au contraire envisager toutes les hypothèses, ce qui pourrait inclure leur participation à un éventuel déploiement de forces mandaté par les Nations unies et apte à garantir un environnement propice au déroulement de négociations fructueuses entre les deux belligérants. « Nous ne pouvons suivre les événements en spectateurs passifs tandis qu’Israéliens et Palestiniens continuent de s’affronter vainement et que des éléments radicaux exploitent le conflit pour justifier leurs actes de terreur », a-t-il ajouté.

Pour Vladimir Loukine, Vice-Président de la Douma russe et ancien Ambassadeur de Russie aux Etats-Unis, le Quartet doit sensibiliser davantage les deux parties au conflit à la nécessité de se soumettre à leurs obligations. Il doit également promouvoir une politique de récompenses et de « sanctions impartiales » pour les deux parties en cas de non-respect. Un scénario selon lequel il serait nécessaire de passer à l’action militaire collective pour garantir une mise en œuvre appropriée de la feuille de route n’est pas à exclure.

Pour le Général Franco Angioni, membre de la Chambre des députés italienne et ancien Commandant de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, il faudra que les Etats membres de l’UE adoptent une position unifiée s’ils veulent avoir une influence quelconque sur la situation politique au Moyen-Orient. Il a demandé à l’UE d’établir des liens plus étroits avec les pays arabes, ce qui permettra non seulement de mieux comprendre les motifs des terroristes palestiniens, mais pourrait aussi couper court au soutien financier apporté de l’extérieur aux organisations terroristes telles que le Hamas. Toute intervention de forces européennes sera vouée à l’échec si les parties au conflit ne sont pas d’accord sur leur présence dans la région.

Alfredo Mantica, Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères représentant la présidence italienne de l’UE et de l’UEO, a déclaré que les pays des deux rives de la Méditerranée devaient coopérer sur les questions de sécurité et que seules des négociations pourraient engendrer un changement.

La présidence italienne fera avancer le dialogue méditerranéen afin de favoriser une meilleure appréciation réciproque des problèmes et de dissiper les malentendus. Elle adoptera la ligne suivie par la feuille de route, basée sur le principe de « deux Etats pour deux peuples », qu’elle estime être le seul moyen de parvenir à une paix durable entre Israéliens et Palestiniens. Elle organisera des réunions régulières pour mieux coordonner les différentes mesures que l’UE pourrait prendre. Un séminaire stratégique sera organisé à l’intention du Comité politique et de sécurité de l’UE (COPS) en vue d’examiner le rôle des forces de sécurité multinationales dans la région.

Mark Heller, du Jaffee Center for Strategic Studies (Tel Aviv), a estimé que l’Europe pourrait avoir un rôle important, et même décisif, à jouer si elle pouvait revoir sa manière de penser dans un certain nombre de domaines. Au lieu de croire que la politique étrangère vise à affirmer son identité sur la scène mondiale en contredisant la politique américaine, l’Europe doit procéder à une analyse claire de ses propres intérêts sécuritaires et des menaces émanant du Moyen-Orient. De même, elle devrait « s’abstenir de confondre déclarations et actions ». Il a poursuivi en déclarant que le Moyen-Orient était en fait moins important pour la sécurité de l’Europe qu’on ne le laissait trop souvent entendre et que le conflit israélo-palestinien détournait l’attention d’autres problèmes plus cruciaux.

Selon M. Heller, la véritable menace pour la sécurité européenne réside dans les dysfonctionnements politiques, économiques et sociaux qui touchent toute la région et risquent de se propager (immigration clandestine, exportation du crime et de la drogue, transferts de capitaux hors de la région et exportation d’une idéologie radicale), du fait que l’Europe est géographiquement proche du Moyen-Orient. Les problèmes régionaux ont des racines internes et sont provoqués par la rigidité des systèmes politiques de ces pays. Des changements s’imposent d’urgence. L’intervention extérieure peut être constructive si elle ne se traduit pas par des efforts d’« apaisement » de pays arabes qui « considèrent les idées libérales comme subversives » et sont prêts à recourir à l’aide financière pour asseoir leur autorité. M. Heller a particulièrement critiqué la politique agricole de l’UE et des Etats-Unis, qui aura selon lui un effet dévastateur sur les petites entreprises du secteur privé dans la région, lesquelles pourraient jouer un rôle important dans le processus de transformation politique.

L’analyste indépendant de renseignements stratégiques et de sources publiques Alessandro Politi a répondu que si la plus grande menace terroriste pesant sur la sécurité européenne provient du Moyen-Orient, elle n’est pas nécessairement le fait des Palestiniens. Il ne croit pas que l’intervention militaire soit la clé du succès, mais qu’il faut persévérer dans les négociations. Il a souligné que la communauté internationale avait remporté un réel succès dans ses démarches auprès de la Libye en ayant recours à des moyens non militaires mais juridiques. Il aurait été absurde de vouloir déstabiliser le régime politique libyen.

L’Europe devrait, selon l’orateur, accorder son soutien aux hommes politiques modérés et encourager une évolution des mentalités dans la région vis-à-vis de l’extrémisme religieux. C’est, pense-t-il, la seule façon pour les pays concernés de débloquer la situation. M. Politi a estimé qu’inclure une référence aux valeurs chrétiennes dans le projet de Constitution européenne serait ignorer l’importance de la religion dans d’autres parties du monde.

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