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L’OUVERTURE DES MARCHES EUROPEENS DANS LE DOMAINE DE LA DEFENSE AMELIORE LE RETOUR SUR INVESTISSEMENT

Baveno : le Président néerlandais du GAEO donne des détails sur la nouvelle Agence européenne de l’armement
Baveno (Italie du Nord), 26 septembre 2003 : Henk Kamp, Ministre néerlandais de la défense et Président en exercice du GAEO*, groupe de coopération en matière d’armement réunissant 19 nations européennes, a déclaré mercredi pendant la troisième séance (« Défense de l’Europe : besoins opérationnels et compétitivité industrielle ») de la conférence organisée par l’Assemblée sur les « Nouveaux scénarios pour une sécurité et une défense commune de l’Europe » que « nous avons besoin de libéraliser le marché européen de la défense et d’améliorer le retour sur investissement dans le domaine de la défense européenne ». Il a invité l’Assemblée à soutenir l’amélioration des capacités militaires européennes.

Le ministre a aussi fourni des détails sur le projet d’Agence européenne de l’armement, de la recherche et des capacités militaires. Il est nécessaire de surmonter l’actuel morcellement de la coopération européenne en matière d’armements a-t-il déclaré en plaidant pour « la création d’un cadre unique de coopération européenne en armements », étant convaincu que « ce dernier améliorerait la compétitivité de l’industrie européenne de la défense sur le marché mondial ». La nouvelle Agence commencera ses activités en tant que « structure en réseau » qui pourrait « évoluer vers une institution intergouvernementale ». Elle stimulera l’interopérabilité des équipements militaires et fournira une plate-forme pour la coordination des plans de défense nationaux en les reliant aux acquisitions multinationales d’armements. Il faudrait aussi confier à l’Agence la vérification des capacités existantes et des lacunes.

Le Ministre Kemp estime que l’Europe doit être capable de gérer les crises qui éclatent à ses frontières et « qu’une complète dépendance » vis-à-vis des Etats-Unis est inutile et indésirable. Il s’est félicité de la volonté de l’UE de conduire les opérations de la SFOR en Bosnie-Herzégovine. La coopération entre l’UE et l’OTAN doit s’inspirer de trois principes : « pas de duplication, pas de discrimination et pas de désengagement ». La position de la France vis-à-vis de l’Alliance reste un problème, et il a invité instamment celle-ci, qui est selon lui un acteur clé dans la PESD, à « s’impliquer pleinement dans l’OTAN ». Etant donné que des états-majors existent déjà sur le plan national et à l’OTAN, il a condamné l’initiative de « Tervuren » visant à créer un état-major de l’UE.

Burkard Schmitt de l’Institut d’études de sécurité de l’UE, basé à Paris, a présenté les résultats d’une étude** sur la coopération européenne en matière d’armement. Il pense également que la nouvelle Agence ne devrait pas fonctionner en dehors des structures déjà existantes, dont la plupart pourraient être intégrées. Elle devrait contrôler les capacités sur le long terme (20 ans), et devenir un élément central de la rationalisation de la planification de la défense nationale. Il préconise la mise en place, au sein de l’Agence, de trois groupes de travail permanents : capacités, recherche et acquisitions. Un lien fort devrait se nouer avec la Commission européenne, surtout en matière de recherche. L’Agence devrait avoir un accès direct aux ministères nationaux ce qui aiderait à surmonter les éventuels problèmes politiques. Elle devrait être dirigée par un directeur de poids, un homme politique de préférence à un fonctionnaire. Mais l’Agence ne pourra pas résoudre seule tous les problèmes que rencontre le secteur européen de l’armement. Le problème principal reste celui de l’accès au marché européen de la défense et de son ouverture.

L’Amiral Giampaolo di Paola, Directeur national de l’armement en Italie et Président des Directeurs nationaux de l’armement de l’UE, a déclaré que l’Europe ne pourra pas disposer d’une base industrielle et technologique efficace en matière de défense sans un marché interne performant et ouvert. « Ne pas ouvrir les marchés serait un suicide industriel » a-t-il affirmé. Il est aussi souhaitable de se concentrer sur les nouvelles tendances comme la gestion des capacités en hommes et en équipements sur des réseaux centralisés.

Les représentants de l’industrie européenne de l’armement ont reconnu la nécessité de libéraliser les marchés de la défense. Ils ont plaidé pour une structure politique cohérente donnant à l’industrie des références pour développer des stratégies commerciales. Jean Wesener, Secrétaire général de l’EDIG, le Groupe des industries européennes de défense, a déclaré qu’un marché européen commun des acquisitions devrait être défini en concertation avec l’industrie. Tandis qu’il faut à l’Europe une masse critique au niveau industriel qui pourrait être atteinte grâce à des programmes d’acquisition multinationaux, l’industrie a besoin, de préférence à un marché fragmenté, d’un marché commun propice à une consolidation ultérieure et à la création de nouveaux centres d’excellence. Georgio Zappa, Président d’Alenia Aeronautics, a exprimé son optimisme quant au rythme de l’évolution et des regroupements futurs au sein de l’industrie européenne de défense. Le marché intérieur européen restera limité mais fournira les fondements d’une croissance à long terme. Giuseppe Orsi, d’Agusta-Westland, a indiqué que son entreprise avait décidé il y a longtemps d’aller en dehors du marché intérieur. Les nouveaux scénarios internationaux nécessitent, compte tenu de la nature tri-dimensionnelle et interconnectée du champ de bataille, de nouvelles capacités comme la mobilité, la flexibilité, l’interopérabilité et une utilisation plus efficace des hélicoptères. L’industrie européenne de l’hélicoptère occupe la première (Agusta-Westland) et la deuxième place (Eorocopter) dans le monde en termes de productivité. Il faudrait investir davantage de ressources dans une recherche coordonnée et faire évoluer l’industrie de l’état de fournisseur de produits à celui de fournisseur de capacités.

Hartmut Bühl d’EADS a expliqué que la défense de l’Europe ne devait pas « être une fin en soi » et qu’il n’était pas réaliste, « au moins pour la prochaine décennie », de croire l’Europe capable d’affronter un conflit majeur sans l’assistance militaire de l’OTAN. Il estime que les projets d’armement de l’UE et de l’OTAN sont les plus à mêmes de maintenir les liens entre les industries européenne et américaine de l’armement. Des efforts supplémentaires s’imposent pour transformer le marché fragmenté de la défense européenne et le marché américain unique en « un processus normal de coopération débarrassé d’obstacles administratifs ». Les Européens doivent parvenir à « la co-opérabilité », qui dépasse la simple interopérabilité militaire, ce qui signifie qu’ils doivent être capables, sur les plans politique, militaire et technologique, de coopérer avec les forces américaines pour garantir que les intérêts européens soient respectés a minima dans leur processus décisionnel. Si les Etats-Unis souhaitent que les Européens partagent le fardeau que font peser les nouvelles menaces, ils doivent considérer l’échange de technologie comme une procédure normale et comme une voie à double sens. Davantage de discussions politiques, un dialogue stratégique et des accords entre l’Europe et les Etats-Unis sont nécessaires pour faire avancer la coopération transatlantique.

*Le GAEO, Groupe Armement de l’Europe occidentale, et l’Organisation de l’armement de l’Europe occidentale (OAEO) sont synonymes de coopérations réussies dans les domaines de l’acquisition, de la recherche et du développement en matière d’armement. Depuis 1991, les deux organisations ont, sous l’égide de l’UEO, réalisé un programme coopératif de recherche en matière de défense d’un montant de 630 millions d’euros. Elles ont pour mission de soutenir l’industrie européenne et de renforcer les capacités de défense de l’Europe.

**L’Union européenne et l’armement – Quelle agence dans quel marché ? Cahiers de Chaillot n°63

Un compte rendu de la conférence sera publié prochainement. Si vous souhaitez le recevoir, veuillez en faire la demande par fax au 0033.1.53.67.22.01 ou par e-mail à press@assembly.weu.int .

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