Valence, le 10 février 2004 : Prenant hier la parole pendant le premier jour du séminaire de l’Assemblée organisé conjointement par la présidence espagnole de l’
UE et par le parlement espagnol sur la coopération entre l’
UE et les pays de la rive sud de la Méditerranée face aux nouvelles menaces comme le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive (
ADM), Ana Palacio, Ministre espagnole des affaires étrangères, a déclaré qu’il fallait une stratégie à long terme pour changer les mentalités et les attitudes vis-à-vis de l’Europe chez ses voisins du sud et les « ancrer » dans l’Union européenne. Cette stratégie devra contribuer à asseoir la prospérité dans la région et à favoriser le développement de la démocratie et de l’Etat de droit. Elle a ajouté qu’une telle initiative devait émaner avant tout de la région même et pas seulement de l’extérieur. Elle a demandé un « renouveau » du processus de Barcelone, mais averti qu’il ne devait pas « être pris en otage » par le conflit du Moyen-Orient.
Faisant allusion au discours prononcé samedi par le ministre allemand des affaires étrangères, Joschka Fischer, à la conférence de Munich sur la politique de sécurité, au cours duquel il a demandé que soit prise une nouvelle initiative transatlantique sur le Moyen-Orient, elle a déclaré qu’« une telle initiative en faveur de la paix, de la liberté et de la démocratie dans la région doit se nourrir aussi de contributions des pays du G8, dont le Japon et la Russie ».
Les autres orateurs ont soutenu le point de vue d’Ana Palacio, notant qu’en ce qui concerne la menace constituée par les terroristes qui aspirent à détenir des ADM, la première parade consistait à favoriser le développement régional et à éradiquer les causes sociales du terrorisme (Haizam Amirah Fernandez, analyste au Real Instituto Elcano à Madrid) et à renforcer encore plus les régimes de lutte contre la prolifération. En fait, ceux-ci semblent avoir, dans une certaine mesure, réussi, comme le montre maintenant l’absence d’AMD en Irak (Vicente Garrido, Directeur de l’Instituto de Cuestiones Internacionales y politica exterior, INCIPE, Madrid). Les mesures de lutte contre la prolifération et le recours à la force ne peuvent se concevoir qu’en dernier recours. M. Garrido a fait un compte rendu propre à donner le frisson des activités existantes en matière de prolifération et des résultats que pourrait avoir une attaque terroriste faisant appel à des matériels nucléaires, chimiques ou biologiques ; il a déclaré qu’il était possible de construire un laboratoire bien équipé, pouvant fabriquer des
ADM à un coût aussi faible que 2 000 euros. Jean-Luc Marret, de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, a présenté un exposé circonstancié des réseaux terroristes actuels du Djihad et de leurs méthodes. Il a mis en garde contre la transposition pure et simple des hypothèses occidentales sur le rôle et le fonctionnement des sociétés civiles dans le monde arabe, expliquant que celles-ci n’émergeraient pas aisément et ne pourraient pas non plus assumer les mêmes fonctions que dans les sociétés occidentales.
Giorgio Zappa, Président et directeur général de l’entreprise aéronautique italienne ALENIA, a exposé les perspectives prometteuses, mais pour le moment assez limitées, des technologies modernes dans la lutte contre la prolifération. Il a demandé que les recherches soient approfondies sur les moyens de repérer et d’identifier les produits dangereux à double usage, et ajouté que de nombreux pays ne pouvaient tout simplement pas s’offrir les mécanismes de contrôle nécessaires. D’un point de vue industriel, il importe aussi de ne pas trop entraver les exportations.
Agustin Díaz de Mera, Directeur général de la police espagnole, a cité des exemples de coopération fructueuse entre les polices française et espagnole dans la lutte contre le terrorisme et exhorté les parlementaires à améliorer la coopération transfrontières entre les polices. Il a demandé également qu’Europol joue un plus grand rôle. Le président de la délégation espagnole à l’Assemblée, Guillermo Martinez Casañ, avait déclaré précédemment que les « coups sévères » portés récemment à l’ETA s’expliquaient en grande partie par le soutien apporté par les Etats-Unis en matière de renseignement et par la coopération avec la France.
Colin Cleary, Conseiller politique à l’ambassade des Etats-Unis à Madrid, a donné un point de vue extérieur des récents succès obtenus par les autorités espagnoles dans la lutte contre le terrorisme, y compris les mesures répressives contre les cellules d’Al Qaida. Elles doivent leur succès à une approche globale qui a associé un travail de police mené sur plusieurs fronts à l’adoption de réformes juridiques, en passant par l’imposition de sanctions plus fortes dans les cas de délits multiples et la prise d’initiatives pour accroître la sensibilisation de l’opinion publique aux épreuves des victimes d’agressions terroristes. S’il n’est pas toujours possible, faute de preuves, de reconnaître la culpabilité de terroristes présumés, il considère qu’une « interruption temporaire » de leurs activités – pendant leur détention préventive – n’en est pas moins utile.
Au cours du débat, des représentants d’Algérie et de Tunisie ont mis en garde contre toute « démonisation de leurs sociétés » et contre la « psychose dans les pays occidentaux touchant tout ce qui est arabe » (Ali Dahmane, membre de l’Assemblée nationale populaire, Alger) ; ils ont également mis en cause la légitimité historique à propos de la question de savoir « qui est en possession d’
ADM et qui ne l’est pas ». Ils ont par ailleurs déploré que depuis de nombreuses années, l’Algérie soit livrée à elle-même dans sa lutte contre les extrémistes religieux (Mostera Khiar, membre du Conseil national, Alger) et soutenu que depuis trop longtemps, « l’Occident fait la sourde oreille à nos griefs » (Mohamed Sambi Basly, Ambassadeur de Tunisie à Madrid).
Un résumé des débats et une sélection de discours pourront être prochainement consultés sur le site web de l’Assemblée.
Les membres des Commissions de défense et technique et aérospatiale de l’Assemblée visiteront la base et les chantiers navals de Carthagène les 11 et 12 février ; des exposés leur seront présentés et ils assisteront à des démonstrations sur les contre-mesures en matière de mines et le déminage. Ils visiteront également le sous-marin TRAMONTANA et assisteront à une présentation sur l’entraînement de l’équipage dans un simulateur de sauvetage de marins.