Paris, le 25 Octobre – Un état des lieux prometteur de l’avenir de la défense européenne a été établi lors d’une conférence organisée vendredi dernier à Paris, au Sénat, par l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale et l’association Eurodéfense-France dans le cadre des cérémonies commémorant le 50ème anniversaire des Accords de Paris de 1954 modifiant le Traité de Bruxelles, traité fondateur de l’Assemblée.
Introduite par M. Philippe Richert, Vice-Président du Sénat français, cette conférence, à laquelle ont participé des responsables de haut niveau impliqués dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique européenne de sécurité et de défense (
PESD), a permis de préciser les perspectives de l’Europe de la défense sur les plans opérationnel, institutionnel et industriel.
Le Général Jean-Paul Perruche, Directeur de l’Etat-major de l’Union européenne, a rappelé que cette instance était le seul organisme « militaire intégré de façon permanente à la
PESD » et la « seule source d’expertise militaire dont dispose l’
UE ». Il a expliqué que cet Etat-major, qui comprend 150 personnes, dont sept officiers généraux, en provenance des 25 pays membres, est chargé notamment de servir « l’ambition affichée par l’
UE d’être un acteur majeur de la sécurité mondiale ». Selon le Général, l’
UE « a fait le constat que la gestion des crises s’inscrit politiquement dans la durée et que ces dernières ne peuvent se régler à partir d’options uniquement militaires ». Depuis décembre 2003, l’Etat-major est ainsi doté d’une « Cellule de planification civile-militaire effective » composée de représentants civils et militaires pour coordonner les différents aspects d’une opération, et il a cité en exemple l’opération « Althea », qui débutera en décembre prochain lorsque l’Union européenne prendra le relais de la
SFOR et de l’
OTAN en Bosnie-Herzégovine. « Avec 7000 hommes sur le terrain en Bosnie-Herzégovine, l’
UE n’effectuera pas seulement la relève de l’
OTAN. Elle assurera une mission globale liée à l’élaboration d’un Etat de droit démocratique ayant vocation à rejoindre l’Union européenne ».
Le Général Perruche n’a pas nié que le maintien d’un « commandement résiduel de l’
OTAN » en Bosnie pouvait être le fruit d’arbitrages « politiques ». Interrogé par ailleurs par Lord Russell-Johnston (Royaume-Uni, Groupe libéral) sur « l’incapacité de l’
OTAN à arrêter les criminels de guerre présumés Mladic et Karadzic », le Général a rappelé que des « raisons politiques » avaient conduit « à ne pas confier à la
SFOR la mission de les rechercher activement » et que l’opération Althea n’aurait pas non plus cette charge. Mais le plus important est, selon lui, le développement concret d’une
PESD sur des terrains où l’
OTAN « n’a pas vocation à intervenir ». Soulignant « l’enthousiasme » suscité par la création des « battle groups » (groupements tactiques) susceptibles de s’intégrer à des forces de réaction rapides, le Général Perruche a également cité en exemple Artémis, « la première opération autonome de réaction rapide menée par l’
UE » en République du Congo selon le concept de « nation-cadre » qui permet de confier à un état membre l’encadrement militaire d’une opération conduite sous le contrôle politique de l’
UE.
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Interrogé par M. Renzo Gubert (Italie, Groupe fédéré) sur la « subordination de l’Europe à l’
OTAN en matière de gestion de crise », M. Antonio Missiroli, de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne, a rappelé que les accords dits de « Berlin plus » sur des opérations conjointes
OTAN/
UE ne « prévoyaient aucune relation de dépendance » et que l’
UE pouvait prétendre « à mener des actions autonomes là où l’
OTAN en tant que telle n’est pas engagée ». Il a reconnu qu’il existait actuellement « une sorte de dévolution, avec l’
OTAN qui mandate l’
UE » pour les opérations qu’elle choisit. Il a cependant souligné que le nouveau Traité constitutionnel européen contenait de « nombreuses clauses de facilitation » permettant des interventions sous mandat européen, des « coopérations renforcées » en matière de défense et un « élargissement » du spectre des missions dites de Petersberg à des domaines comme la lutte contre le terrorisme, le désarmement ou encore la stabilisation en fin de conflit.
Des progrès sensibles ont été également enregistrés en ce qui concerne l’harmonisation des industries de défense européennes, selon l’ingénieur Jacques Bayet, membre de la toute nouvelle Agence de défense européenne, et M. Luc Vigneron, Président du CIDEF (Conseil des industries de défense françaises). Encore embryonnaire, l’Agence de défense européenne doit aider l’Europe à améliorer ses capacités de défense en luttant contre la « double fragmentation » (sur les plans budgétaire et procédural) qui caractérise des politiques « menées encore davantage sur un plan national qu’européen ». M. Bayet a ainsi souligné qu’il ne fallait pas s’attarder sur la modestie du budget actuel de l’Agence (20 millions d’euros en 2005, dont 3 millions consacrés à l’opérationnel), mais prendre au sérieux son cahier des charges « à long terme, qui est de définir à échéance de 15 à 30 ans ce que sera la défense européenne ». « L’Agence est au cœur du dispositif de la
PESD, elle est la courroie de transmission de l’impulsion politique donnée par les ministères de la défense. », a-t-il affirmé. Abondant dans ce sens, M. Vigneron a estimé que face à la prééminence américaine écrasante en termes de crédits d’équipements et de recherche, l’avenir et même « la survie » des industries de défense européennes dépendaient totalement d’une convergence et d’une « mise en cohérence des calendriers de déploiement et des spécifications des matériels ». « L’Agence est un outil prometteur, mais ce n’est qu’un outil. Tout dépendra de la volonté politique et de l’engagement des gouvernements européens », a-t-il souligné.
En ouvrant la conférence, le Président de l’Assemblée de l’
UEO, M. Marcel Glesener (Luxembourg, Groupe fédéré), a rappelé que l’
UEO avait « permis à l’
UE de se doter de l’ensemble des moyens nécessaires à la mise en œuvre de la
PESD » et il a souligné la « nécessité de préserver un dialogue institutionnel » sur les questions de défense par le biais « d’un organe interparlementaire ». M. Jean-Pierre Masseret, président de la délégation française auprès de l’Assemblée de l’
UEO, a de son côté estimé que « la dimension interparlementaire est vitale » pour insuffler la « volonté politique » nécessaire pour bâtir une « Europe puissance apportant la paix, la stabilité et le progrès partagé ».
Les manifestations célébrant le cinquantième anniversaire du Traité de Bruxelles modifié ont été clôturées à Paris par le ravivage de la Flamme du souvenir à l’Arc de Triomphe.