Colloque sur l’autonomie stratégique de l’Union européenne au Collège Interarmées de défense, Paris
Intervention du Président Goris: « L’
UE doit devenir un producteur de sécurité externe »
Paris, le 11 mai 2005. – Le Président Stef Goris a rappelé, pendant son
intervention lors de la première table ronde du colloque tenu au Collège Interarmées de défense à Paris organisé par le Forum du Futur (Président Jacques Baumel), que si l’Union européenne (
UE) se contentait de bâtir des systèmes interétatiques de police pour la lutte contre le terrorisme, qui s’appuient sur les garde-frontières pour la protection de ses territoires, « ce serait faire peu de cas des motivations profondes qui ont amené l’
UE à décider d’assumer ses responsabilités internationales et de se doter des moyens politiques et militaires correspondants ». Pour M. Goris, « l’
UE doit devenir un producteur de sécurité externe, notamment pour assurer seule la stabilité de la périphérie européenne ».

Si l’
UE veut être l’initiateur respecté d’une mondialisation plus humaine en défendant les valeurs auxquelles elle croit et qu’elle ait mieux à dire au monde que de se livrer au simple exercice de la puissance, elle « aura besoin de l’autonomie politique et militaire ». Pour le Président, l’
UE « doit assumer une responsabilité politique dans un monde multipolaire où aucun pays européen ne peut plus influer seul sur les rapports de forces ».
Le Président Goris estime que la distinction entre la
PESC (Politique Européenne de Sécurité Commune) et la
PESD (Politique Européenne de Sécurité et de Défense) n’a plus de raison d’être, car la politique étrangère doit viser à assurer la sécurité des citoyens et des biens de l’
UE. La défense des intérêts communs sera plus efficace à condition de ne pas dépendre de choix faits ailleurs, ce qui exige « une autonomie de décision et d’action ».
Selon le Président, parler d’autonomie ne doit pas signifier, pour les Européens, un « repli autiste sur eux-mêmes ni le reniement de leurs alliances » et ils ne doivent pas le vivre comme une sorte de défi au leadership américain, mais plutôt comme une évolution naturelle au sein de l’Alliance vers un partenariat euro-atlantique plus équilibré. L’
OTAN n’est plus pour les Etats-Unis le cadre privilégié de leur engagement militaire. Et pendant que l’Europe évolue vers plus d’universalisme, la politique américaine se montre plus « nationaliste » et marquée par l’aversion pour les contraintes à caractère multinational et une certaine indifférence vis-à-vis de ses alliés.
Pour le Président Goris, « il est urgent que se construise une Europe politiquement puissante, qui soit la principale partenaire et alliée respectée des Etats-Unis » et qui développe aussi des capacités militaires crédibles pour pouvoir garantir la stabilité de la périphérie européenne au cas où ses intérêts ne seraient pas superposables à ceux des Etats-Unis ou parce que ceux-ci seraient occupés sur d’autres fronts.
Si elle veut réaliser ces objectifs, l’
UE doit se doter d’un concept stratégique et définir les outils dont elle a besoin pour promouvoir et défendre les valeurs et les intérêts européens communs. L’autonomie d’action exige de disposer d’une chaîne de commandement indépendante des moyens et capacités de l’
OTAN. Avoir une capacité de renseignement, pouvoir compter sur des satellites d’observation et d’écoute avec gestion coordonnée et traitement centralisé des informations au Centre satellitaire actuel de Torrejon et disposer d’outils permanents de prospective compléterait l’ambition de l’
UE : « savoir, choisir et conduire en toute autonomie ».

Michael Stürmer, le Président Goris, l'Amiral Jean Betermier (Fourm du Futur) et l'Ambassadeur Robert Hunter.
Les autres intervenants de la première table ronde ont estimé que l’
UE n’avait pour l’instant que des ambitions quantitatives et que la cohésion européenne serait menacée en l’absence d’accord sur les objectifs à atteindre avec les nouvelles capacités (Michael Stürmer du journal allemand Die Welt).
Gilles Andréani (Conseiller maître à la Cour des comptes française et membre éminent de l’IISS, Londres) a déclaré que « l’
UE ne doit pas se tromper d’objectif. Dans un monde interdépendant et en réseau, la notion d’autonomie pourrait être un anachronisme ». Par contre, les Etats-Unis ont, selon lui, réagi « d’un manière trop défensive » face à l’objectif souhaité par les Européens d’un commandement autonome. Il leur a proposé « d’apprendre à dire non au Etats-Unis » tout en leur recommandant de ne pas remplacer l’unilatéralisme américain par un unilatéralisme européen aussi peu souhaitable.
L’Ambassadeur Robert Hunter, de la Rand Corporation, Washington, a estimé que le concept d’indépendance stratégique était révolu et qu’une autonomie en matière de sécurité et de défense n’était plus possible au-delà d’un certain niveau. Par contre, c’est le gouvernement américain qui a un problème lors qu’il se montre préoccupé par l’installation à l’
UE « d’un cinquantaine de personnes et d’un chien » pour réaliser la planification militaire. Pour l’Ambassadeur Hunter, les Etats-Unis ne peuvent pas demander aux Européens de s’engager plus sans leur offrir de mieux partager la prise de décision. Il a proposé d’établir un partenariat stratégique entre les Etats-Unis et l’
UE qui couvre non seulement les aspects militaires mais « everything that shapes the world » (tout ce qui fait le monde).