Débat sur les effets des votes français et néerlandais sur le Traité constitutionnel
Paris, le 15 juin – L’Assemblée de l’
UEO a tenu mercredi un débat sur les effets des votes français et néerlandais contre le projet de Traité Constitutionnel européen, au cours duquel la plupart des orateurs ont souligné que ces rejets ne devraient pas entraver le développement de la
PESD, mais qu’ils traduisaient un déficit d’explication des enjeux qu’il convient de combler.
Présentant un rapport sur « La ratification du Traité établissant une Constitution pour l’Europe : suivi parlementaire et orientation de l’opinion publique » (dont la rédaction avait été achevée avant les votes français et néerlandais), Lord Russell-Johnston (Royaume-Uni, Groupe libéral) a souligné que les résultats des référendums n’impliquaient pas que l’Europe doive arrêter sa marche vers une défense intégrée. Il s’est dit d’accord avec M. Andrea Manzella (Italie, Groupe socialiste), qui a déclaré qu’il « n’existe pas de cordon ombilical entre la
PESD et la Constitution » et que la
PESD pourrait continuer à se développer parallèlement à la résolution des « problèmes constitutionnels ». Et alors que M. Bart van Winsen (Pays-Bas, Groupe fédéré) soulignait que « la plupart des Néerlandais veulent une coopération européenne en matière de politique de défense », Lord Russell-Johnston a rappelé que selon un sondage Eurobaromètre, plus de trois quarts des Européens souhaitent une politique de défense commune qui donne à l’Europe la possibilité d’agir sans l’implication des Etats-Unis.
Mais nombre d’orateurs se sont inquiétés, comme Lord Russell-Johnston, de l’ampleur du « fossé entre les dirigeants et les dirigés » que traduisent les votes français et néerlandais. Pour M. Mato Arlovic (Croatie), ce « signal » doit être mis à profit pour « expliquer à nos concitoyens l’importance de la réunification pacifique de l’Europe ». Il faut répondre « au message des électeurs », a renchéri Sir Teddy Taylor (Royaume-Uni, Groupe fédéré) car si nous ne leur répondons pas, nous desservons la démocratie. Cette « crise entre les politiques et leurs électorats est un fait indéniable ». Les « gouvernements n’expriment pas de solidarité européenne », préférant se replier « sur les égoïsmes nationaux », a de son côté estimé M. Edouardo Ferro Rodrigues (Portugal, Groupe socialiste).
« Nous ne pouvons pas prétendre que rien ne s’est passé. Il faut analyser les résultats, conjurer les peurs et parvenir à un compromis », a estimé Mme Vilija Aleknaite (Lituanie, Groupe fédéré) co-rapporteur du rapport précité. « Je suis d’accord avec José Manuel Barroso (le Président de la Commission européenne) : nous n’avons pas de plan B, mais nous pourrions avoir un plan D comme démocratie et dialogue. Une pause s’impose, mais une pause sans résignation », a-t-elle ajouté. De son côté, M. Murat Mercan (Turquie) a reconnu qu’il fallait analyser les causes (de ces rejets) à la racine, mais il a mis en garde contre la tentation de transformer « la Constitution en un bouc émissaire destiné à freiner les processus d’intégration ».