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Conférence de l’Assemblée sur le maintien de la paix en Afrique : perspectives pour le partenariat stratégique de sécurité entre l’UE et l’Afrique
Paris, le 23 septembre 2005 : la Conférence sur le maintien de la paix en Afrique – qui était organisée par l’Assemblée de l’UEO les 20 et 21 septembre 2005 à Bruxelles et a rassemblé des parlementaires nationaux de pays européens et africains, des représentants des gouvernements et des militaires issus des deux continents et d’organisations internationales et non gouvernementales – a donné une première idée sur les questions sécuritaires devant être traitées par le partenariat stratégique entre l’Union européenne et l’Afrique, qui doit être entériné par le Conseil européen en décembre prochain. La Conférence a permis également d’ouvrir un débat fouillé sur les opérations passées et présentes de maintien de la paix en Afrique et de mettre l’accent sur la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire et le Darfour (Soudan). Herman de Croo, Président de la Chambre des représentants belge qui accueillait la Conférence, a félicité l’Assemblée d’avoir mobilisé un aussi grand nombre de parlementaires africains, ce qui leur a permis d’engager le dialogue avec leurs homologues européens.

Les parlementaires de l’UEO, qui ont tenu une réunion commune, la veille de la Conférence, avec le Conseil Permanent de l’UEO, (les ambassadeurs sont en même temps membres du Comité politique et de sécurité de l’UE), présidée par l’Ambassadeur britannique Julian King, ont encouragé la présidence de l’UE/UEO à faire de la sécurité la priorité de la politique de l’UE en Afrique et à se préparer à intensifier le soutien européen vis-à-vis de l’Union africaine et des autres organisations régionales qui composent la structure de sécurité émergente du continent. Le Président de l’Assemblée Stef Goris (Belgique, Groupe libéral) a rappelé aux participants que l’UE s’intéressait depuis peu au maintien de la paix en Afrique et que la Stratégie européenne de sécurité ne disait pas de façon suffisamment claire quels intérêts vitaux l’Europe partage avec l’Afrique en matière de sécurité. Il a estimé également que « les maigres résultats du Sommet des Nations unies accentuent le besoin pour l’UE de proposer une stratégie européenne conséquente qui soutienne la paix et la sécurité en Afrique ».

Pour le rapporteur de l’Assemblée Charles Goerens (Luxembourg, Groupe libéral), qui sera chargé de présenter un rapport sur la question à la prochaine session plénière de l’Assemblée (5-7 décembre à Paris), une telle stratégie doit s’appuyer sur le principe d’une « double solidarité » entre l’UE et l’Afrique d’une part, entre les Etats membres de l’UE qui doivent « partager les risques, les responsabilités et le fardeau » d’autre part. Rappelant les exemples du Rwanda et de la Côte d’Ivoire, il a ajouté qu’à l’avenir, si les membres de l’UE qui s’efforcent de résoudre une crise rencontraient des difficultés, il serait inconcevable que les autres membres demeurent spectateurs. M. Goerens a appelé également à « une véritable reconstitution des réserves financières pour les opérations de maintien et de consolidation de la paix » et il a suggéré la mise sur pied d’un fonds euro-africain pour le maintien de la paix, s’inspirant du modèle de la Facilité européenne de soutien à la paix, qu’il juge trop modeste (en outre, ses ressources sont presque épuisées).

Les orateurs africains ont mis l’accent également sur la nécessité de mieux contrôler les ressources des pays de leur continent et invité les pays européens à accroître la pression sur les gouvernements de ces pays pour qu’ils combattent la corruption. « Il ne s’agit pas de néocolonialisme, mais d’une aide directe pour protéger l’avenir de nos populations » a dit Matadi Nenga Gamada, Vice-Président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo. Arnauld Akodjenou, Directeur du service des urgences et de la sécurité au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, a rappelé les effets dévastateurs des armes légères et de petit calibre. Il appartient aux pays tant européens qu’africains de mettre un terme à leur prolifération. Le Président de l’Assemblée nationale du Ghana, Ebenezer Sekyi Hughes, a rappelé les origines de nombreux conflits en Afrique : manque de transparence dans le déroulement des élections, répartition injuste des ressources nationales et manipulation de groupes ethniques alimentant les tensions latentes. Renzo Gubert (Italie, Groupe fédéré) a proposé de doter les pays africains de structures confédérales afin de donner aux différents groupes ethniques le maximum d’autonomie.

Armand De Decker, Ministre belge de la coopération au développement, a appelé à la création, en Afrique centrale, d’une grande base militaire commune à l’Union africaine et à l’Union européenne, ce qui permettrait de poursuivre et d’approfondir le processus de formation des forces armées africaines et européennes sur le terrain. Commentant les résultats du Sommet des Nations unies, il a estimé que l’adoption du principe de la « responsabilité de protéger » rendrait légitime toute action en cas de génocide et de purification ethnique et constituerait un remarquable progrès en droit international.

Le Commissaire de l’UE Louis Michel, favorable à l’idée d’une base militaire commune, a déclaré pour sa part que la sécurité constituait une condition importante du développement et que les deux éléments étaient intimement liés. Les crédits destinés à la sécurité doivent aussi, à l’avenir, être étroitement associés au financement du développement pour garantir la cohérence et la complémentarité.

Les représentants suivants des militaires européens ont pris la parole : le Général Jean-Paul Perruche, Directeur de l’Etat-major de l’UE, le Lieutenant-Général Frédéric Vandingenen (Belgique), Sous-chef d’état-major, Chef des opérations, le Général Bruno Neveux (France), Chef de l’Etat-major interarmées de force et d’entraînement et ancien commandant de la première opération autonome de l’UE, Artemis, et le Général Emmanuel Beth (France), Chef du Centre de planification et de conduite des opérations au ministère de la défense français et ancien commandant de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire. Ils ont présenté les divers programmes européens et bilatéraux de formation et de soutien destinés à l’Union africaine et à ses membres et ont tiré les leçons des différentes opérations. Selon eux, un effort particulier doit être fait pour désarmer, démobiliser et réintégrer les membres d’anciens mouvements rebelles. Ces programmes doivent inclure la formation aux questions des droits de l’homme et de l’Etat de droit et à la façon de gérer la solde des troupes et les ravitaillements en nourriture. Le Général Jean-Marie Mokoko, Conseiller pour la paix et la sécurité auprès du chef de l’Etat (République démocratique du Congo), a rappelé que les forces africaines avaient été à même, dans le passé, d’entreprendre des opérations autonomes de maintien de la paix. Leurs capacités sont toutefois insuffisantes dans les domaines du transport stratégique, de la logistique et des communications, et de l’équipement pour le renseignement.

Prenant la parole pendant la session consacrée à la crise du Darfour, Henry Anyidoho, Chef de la Cellule d’assistance des Nations unies à Addis-Abeba et Président de la Task force intégrée du Darfour de l’Union africaine, qui gère la mission AMIS (mission de l’Union africaine au Soudan), a déclaré que l’opération conduite dans cette province constituait le plus important déploiement militaire jamais réalisé par l’Union africaine. L’objectif visé est de créer un environnement propice à des négociations de paix fructueuses et il faut faire pression sur le plan international pour accélérer le processus. L’opération manque actuellement de soutien dans le domaine financier – de l’ordre de 200 millions de dollars des Etats-Unis. Pour Christian Manahl, de la Task force Afrique du Secrétariat du Conseil de l’UE, l’Union africaine a relevé le défi et entrepris une opération de maintien de la paix de type onusien « sans le soutien du Département des opérations de maintien de la paix », mais elle est parvenue à stabiliser la situation. Il a rappelé la présence de centaines de milliers de personnes déplacées sur le plan intérieur, qui vivent dans des camps et dépendent de l’aide humanitaire internationale. Il pense que la situation au Darfour implique une réduction des forces de protection et des observateurs militaires, mais nécessite un plus grand nombre de policiers civils et de conseillers militaires pour s’atteler aux réformes en matière de sécurité, et désarmer et intégrer les miliciens rebelles dans les forces de sécurité civiles et militaires. Il n’exclut pas le déroulement d’un scénario catastrophe – l’échec des négociations et la transformation des groupes rebelles en factions dirigées par les seigneurs de guerre – selon lequel l’Union africaine devrait faire face à « une nouvelle escalade de la violence, voire à une ‘somalisation’ du Darfour, et elle devrait dotée d’un mandat et équipée pour pouvoir riposter ».

Selon Alain Délétroz, Vice-Président (Europe) de l’International Crisis Group, l’attitude des populations vis-à-vis des soldats européens va probablement être influencée par les profondes blessures que leurs pays ont infligées aux sociétés africaines pendant la période coloniale. Les exemples d’inconduite, même légère, des troupes pourraient provoquer des réactions violentes des populations locales. Il a salué les progrès réalisés en matière de doctrine par l’Union africaine mais regretté que ses membres fassent preuve de la même « impuissance et réticence à traiter la crise au Zimbabwe » que leur prédécesseur, l’Organisation de l’Union africaine (OUA).

Sven Biscop, de l’Institut royal des relations internationales de Belgique, a lancé une mise en garde : « le scénario s’appuyant sur la responsabilité de protéger » pourrait nécessiter le déploiement d’un grand nombre de soldats de maintien de la paix qu’il faudrait alors trouver rapidement. Il a ajouté que « dans un tel contexte, le concept de groupement tactique de l’UE n’est pas une panacée » en raison de ses effectifs limités (1 500 hommes par groupement).

Un compte rendu analytique de la Conférence sera bientôt disponible. Si vous souhaitez en réserver un exemplaire, veuillez écrire à l’adresse suivante : press@assembly.weu.int

www.assemblee-ueo.eu
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