L’Assemblée recommande un transfert de pouvoirs aux forces locales en Bosnie-Herzégovine et un contrôle plus poussé de la mission Althea par les parlements nationaux
Paris, le 7 décembre – L’Assemblée de l’
UEO demande instamment le transfert progressif de la mission Althea en Bosnie-Herzégovine aux forces locales, ainsi qu’un contrôle plus étroit de l’opération par les parlements des pays membres de l’
UE.
Selon l’un des deux rapports portant sur l’opération Althea, intitulé « L’Union européenne dans les Balkans : Althea et autres opérations », présenté par João Mota Amaral au nom de la Commission de défense, la question principale demeure de savoir combien de temps l’opération Althea sera nécessaire. La présence de troupes étrangères empêche le développement des forces locales. On pourrait peut-être « établir progressivement une coopération avec les forces locales en laissant à ces dernières davantage de pouvoir et de responsabilités, pour autant qu’elles soient à même des les assumer » et commencer à envisager un programme à long terme aboutissant au retrait progressif de la Bosnie-Herzégovine.
De façon générale, comme il est dit dans le rapport, la situation dans les Balkans « est loin de pouvoir être considérée comme normale ». « Une véritable réconciliation multiethnique risque d’être problématique pour longtemps encore ». Cela signifie qu’on ne pourra parvenir à la paix et à la stabilité « sans la présence d’une force de stabilisation sur le terrain ».
On peut lire dans l’autre rapport, « Les parlements et la mission Althea », présenté par Giovanni Crema (Italie, Groupe socialiste) et Ali Riza Gulçicek, co-rapporteur (Turquie, Groupe socialiste) que le contrôle de la mission par les parlements nationaux « a souvent été faible et formel et que les débats parlementaires se sont plutôt concentrés sur d’autres missions militaires internationales plus problématiques et plus médiatisées ». A l’avenir, il conviendrait de tenir les parlements nationaux informés sur la mission de l’
UE en Bosnie-Herzégovine « pour pouvoir adopter en connaissance de cause les décisions relatives à la prolongation de la mission Althea ».
En guise d’introduction à un large débat, M. Mota Amaral a noté que plusieurs décisions avaient été prises récemment pour prolonger la présence militaire de l’
UE en Bosnie-Herzégovine, mais de façon réduite, et que de nombreux facteurs ayant entraîné le conflit n’avaient pas disparu. La logistique de l’EUFOR (force européenne en Bosnie-Herzégovine) doit être renforcée, notamment en ce qui concerne le nombre des hélicoptères. Dans l’ensemble des Balkans, « le chemin qui reste à parcourir sera long et cahoteux, et des questions très délicates », « qui pourraient susciter de nouveaux troubles » n’ont toujours pas été réglées. Les dirigeants européens doivent apporter des « réponses créatives » en ce qui concerne l’intégration de ces pays dans l’
UE, compte tenu des difficultés économiques de l’Union et de son blocage institutionnel.
Plusieurs orateurs ont soulevé la question de l’avenir du Kosovo qui, selon M. Mota Amaral, influera sur la Bosnie-Herzégovine. Christos Clerides (Chypre) a déclaré que les Etats-Unis faisaient fortement pression en faveur de l’indépendance du Kosovo, mais que cela risquerait d’avoir un effet d’entraînement dans la région et aboutir à l’éclatement de la Bosnie-Herzégovine en trois entités – musulmane, serbe et croate. Des articles parus dans la presse aux Etats-Unis et au Royaume-Uni laissent entendre que le Monténégro et le Kosovo seraient les 192ème et 193ème membres des Nations unies. Pour M. Mota Amaral, l’indépendance du Kosovo semble être un « processus irréversible ». Il n’y a pas que les Américains qui y soient favorables, un certain nombre d’Européens le sont aussi.
Bien que l’Assemblée ait adopté les deux rapports, tous ses membres ne sont pas partisans du retrait des troupes étrangères de Bosnie-Herzégovine. Mato Arlovic, de la Croatie, pays associé partenaire assimilé, a déclaré que « les forces internationales devront rester tant qu’elles seront nécessaires pour garantir la paix et la sécurité de tous ».
Intervenant en séance plénière, Theodoros Pangalos (Grèce, Groupe socialiste) a insisté pour que les pays de la région soient intégrés dans l’
UE avec leurs frontières existantes, et il redoute « une nouvelle crise dans cette partie du monde ».
Soulignant l’importance de l’Assemblée de l’
UEO pour les parlements nationaux, M. Gulçicek a dit qu’elle était la seule instance parlementaire compétente en matière de défense et de sécurité et « ayant fait ses preuves »au niveau européen, et que ses membres devaient attirer l’attention de leurs gouvernements sur les travaux réalisés en son sein.