Paris, le 4 avril mars 2006 : Une délégation de la Commission pour les relations parlementaires et publiques de l’Assemblée, présidée par Lord Russell-Johnston (Royaume-Uni, Groupe libéral) s’est rendue à Sarajevo les 23 et 24 mars 2006, dans le cadre du suivi de la mission Althea de l’Union européenne, pour compléter l’enquête relative à la perception des actions de la
PESD par l’opinion publique. Après avoir constaté dans le rapport sur « Les parlements et la mission Althea », présenté à la session plénière de l’Assemblée du mois de décembre 2005, que le suivi par les parlements nationaux des Etats membres de l’
UE de cette opération militaire était faible et plutôt décevant, le Rapporteur Milos Budin (Italie, Groupe socialiste) s’est penché sur les réactions de l’opinion publique locale face aux interventions militaires de l’Union européenne et sur la confiance qui s’y attache. En plus des parlementaires, la délégation a rencontré le ministre de la sécurité, Bariša Čolak, et le commandant des forces européennes (EUFOR), le général Gian Marco Chiarini.
Les réunions communes avec des membres des commissions de la défense et des affaires étrangères des deux chambres du parlement de la Bosnie-Herzégovine, ainsi qu’avec la commission de l’intégration européenne, ont montré qu’il n’y a jamais eu de débats parlementaires sur la mission Althea, considérée comme appartenant déjà au passé et ayant accompli son rôle de tutelle générale pendant que les négociations sur les institutions démocratiques de l’Etat se déroulaient entre les représentants des trois groupes ethniques en conflit. Les parlementaires et le gouvernement n'ont pas estimé devoir contester cette présence de troupes étrangères qu’ils ont intégrée comme une suite de la mission de l’
OTAN, sans y voir une différence majeure. Ils se sont par contre tous déclarés hostiles à l’utilisation de l’armée pour les tâches d’ordre public en insistant pour que la police locale récupère son rôle exclusif en la matière.
Le Rapporteur a déclaré que les opinions divergent, au sein des forces qui composent Althea, sur les possibilités d’associer les militaires au maintien de l’ordre. Il a fait clairement comprendre, néanmoins, que les Européens estiment nécessaire de maintenir une mission militaire d’assez grande envergure pour garantir un environnement stable et sûr permettant l’intégration politique des différents groupes ethniques, trop souvent occupés à protéger leurs intérêts propres plutôt qu’à encourager le pays sur la voie d’un développement stable et durable.
Les journalistes invités ont tenu les même propos en concentrant l’attention sur l’équilibre entre les trois populations, tandis que les étudiants et les chercheurs ont contesté les positions des politiciens, en réclamant moins de marchandages subtils, moins de bureaucratie et plus de libéralisation économique et d’ouverture des frontières.
Pour le Rapporteur Budin, il est évident que les nouvelles générations sont fortement orientées vers l’intégration européenne et qu’à leurs yeux, les problèmes de sécurité sont plutôt du ressort de l’
OTAN : de l’Union européenne, ils attendent des réformes économiques, des investissements et la suppression des visas, éléments moteurs de leur avenir concret.
Le Rapporteur a donc constaté que le rôle joué par l’
UE pour la sécurité de la région n’avait pas sensibilisé autant qu’on aurait pu l’espérer le grand public à l’utilité de la
PESD. L’opinion en effet n’est pas très informée sur la
PESD, ni vraiment consciente du lien qui existe entre la sécurité et le développement économique et social. Il faut réfléchir à la faible communication dont font l’objet les actions militaires communes. Selon les opinions exprimées à Sarajevo, le message principal de l’Union européenne reste celui de la construction d’un espace de développement économique et social auquel, dans une très large majorité, les « Bosniens », ainsi que les habitants des autres pays des Balkans, aspirent à adhérer le plus rapidement possible.