Vuk Draskovic, Ministre des affaires étrangères de la Serbie, met en garde contre l’euroscepticisme et l’indépendance du Kosovo
Paris, le 20 juin 2006 : Vuk Drascovic, Ministre des affaires étrangères de la Serbie, a déclaré ce mardi que si l’indépendance était accordée au Kosovo, la Serbie remettrait en question sa demande d’adhésion à l’Union européenne (UE).
Dans un discours prononcé devant l’Assemblée de l’UEO, il a mis en garde contre le fait que son pays pourrait difficilement être enclin à l’europhilie si les Serbes se sentaient humiliés. Il a averti que les forces rétrogrades (partisanes de l’ex-Président yougoslave Slobodan Milosevic) prendraient probablement le pouvoir à Belgrade, et pour celles-ci, l’UE, les Etats-Unis et l’OTAN sont des ennemis. La région dans son ensemble pourrait alors basculer dans une spirale dangereuse.
L’indépendance du Kosovo est une double violation de l’histoire et du droit. Jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale, le Monténégro était un Etat souverain reconnu internationalement. Cela n’a jamais été le cas pour le Kosovo. La question à poser est la suivante : le statut du Kosovo sera-t-il déterminé par « la force du droit ou par le droit du plus fort ? »
M. Drascovic a reconnu que la capture du général Ratko Mladic, condition indispensable pour les négociations sur l’adhésion de la Serbie à l’UE, était du « devoir moral et national » de ce pays. Mais il a ajouté qu’à la place de la Commission européenne, il considérerait que l’avenir d’un pays et de ses huit millions de citoyens est plus important que la capture d’un homme en fuite figurant sur un avis de recherche.
Lors d’une conférence de presse commune avec M. Drascovic, M. Charles Goerens (Luxembourg Groupe libéral), Président honoraire de l’Assemblée et co-rapporteur de la Commission de suivi de l’Assemblée du Conseil de l’Europe, a déclaré avoir été frappé, au cours d’une récente visite à Belgrade, par le refus des jeunes Serbes de servir d’otages à la capture de Mladic. Il est vrai par ailleurs que les citoyens de l’UE sont moins enthousiasmés par la poursuite de l’élargissement.
Répondant aux questions posées en séance plénière, M. Drascovic a déclaré ne pas savoir où étaient Ratko Mladic ou Radovan Karadzic, mais que ce dernier n’était pas en Serbie. Il a admis que son gouvernement avait commis l’erreur, il y a six ans, de ne pas démanteler les services de renseignement de l’ancien Président Milosevic. « Nous avons cru pouvoir les rééduquer, mais on ne fait pas du neuf avec du vieux ». M. Drascovic a demandé l’aide de la CIA et des services de renseignement européens pour retrouver Mladic, tout en poursuivant les négociations sur l’entrée de la Serbie dans l’UE. Il a prédit que si son appel était entendu, Ratko Mladic se rendrait dans le mois suivant.
Expliquant l’opposition du gouvernement serbe à l’indépendance du Kosovo, M. Drascovic a déclaré que la province faisait géographiquement partie de la Serbie, « non par la volonté hégémonique serbe, mais par la volonté de Dieu ». Un Kosovo politiquement et économiquement isolé ne créerait pas d’emplois pour les 80 % d’Albanais actuellement au chômage. « On ne se nourrit pas d’indépendance », a dit M. Drascovic.
Il a indiqué clairement la position de son gouvernement en disant que la Serbie n’avait pas pour objectif de gouverner le Kosovo, que ce devait être l’affaire des Albanais, à condition qu’ils respectent – avec des garanties internationales – les droits des Serbes et s’engagent à ne pas les tuer, et à ne pas les pourchasser, et à ne plus détruire d’églises et de monastères. Les Albanais doivent s’engager également à respecter les frontières de la Serbie avec l’Albanie et la Macédoine, car la Serbie n’a pas l’intention de les contrôler. Mais il a ajouté que son gouvernement était prêt à accepter un compromis sur ces frontières.
M. Drascovic a eu des paroles dures à propos de la règle du « deux poids deux mesures » adoptée par la communauté internationale. Les Serbes et les Albanais se partagent la responsabilité de la purification ethnique, mais accorder l’indépendance au Kosovo reviendrait à « récompenser les Albanais de leurs crimes ». Il comprend la soif d’indépendance du Kosovo, mais ne peut admettre qu’ils s’obstinent à persécuter les Serbes pendant que les négociations se poursuivent. C’est comme si des étudiants disaient que la condition nécessaire pour faire des études est d’avoir un diplôme universitaire.
Il a nié les affirmations de l’organisation Human Rights Watch selon lesquelles des attaques auraient été portées délibérément contre les minorités en Serbie. Il a reconnu que les membres des minorités étaient victimes de violences commises par des voyous, mais que ces actes n’avaient rien à voir avec leur origine ethnique.
A propos du retour possible des Serbes au Kosovo, M. Drascovic a dit que même s’il existait des liens entre un Kosovo indépendant et la Serbie, les 220 000 Serbes qui ont été chassés du Kosovo en 1999 n’y retourneraient pas, par peur que de nouvelles atrocités soient commises par les Albanais, et que les Serbes restants partiraient si un deuxième Etat albanais était créé dans les Balkans.