Hors de question de se retirer d’Afghanistan, selon M. Hikmet Çetin,
Haut représentant civil de l’OTAN en Afghanistan
Paris, le 20 juin 2006 – M. Hikmet Çetin, Haut représentant civil de l’OTAN en Afghanistan, a affirmé ce mardi qu’il ne pouvait être question d’un retrait à court terme des forces de la communauté internationale présentes dans ce pays depuis la fin 2001 pour en assurer la stabilisation et aider à l’émergence d’autorités afghanes démocratiques et efficaces. Il a annoncé que les effectifs de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) seront portés cette année à 18.000 dans le cadre de l’extension de la mission à l’ensemble de l’Afghanistan.
Intervenant dans le cadre d’un débat de l’Assemblée consacré à un rapport sur « Les forces européennes en Afghanistan : leçons à tirer » présenté au nom de la Commission de défense par MM. Jean-Pierre Kucheida (France, Groupe socialiste) et Mehmet Tekelioglu (Turquie), M. Çetin a affirmé qu’un retrait prématuré « scellerait la mort de l’OTAN ». « Nous ne pouvons pas partir car nous laisserions alors le champ libre aux groupes terroristes qui ravageraient le pays, la région et menaceraient notre propre sécurité. Nous avons dépassé le stade des discussions sur le fait de savoir si nous devons partir ou rester. Ce dont il faut parler aujourd’hui, c’est de la dimension de l’assistance militaire et civile nécessaire pour relever les défis afghans », a-t-il dit.
Les actions menées depuis quatre ans dans le cadre de l’opération américaine « Liberté immuable », complétées par l’engagement de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), ont amené « des progrès visibles et les premières pierres de la démocratie ont été posées en Afghanistan», a-t-il dit en citant « les élections libres d’un Président et d’un Parlement, le retour de quatre millions de réfugiés, l’émergence d’une nouvelle armée et de forces de police » ainsi que la construction d’infrastructures (écoles, hôpitaux, etc.) « anéanties par 25 ans de guerres ». Mais, a-t-il reconnu, la promotion de l’Etat de droit reste à accomplir et de nombreux défis sont à relever. « La communauté internationale est pour un bon moment en Afghanistan », a-t-il ajouté en rappelant qu’elle était restée « plus de dix ans en Bosnie-Herzégovine », où la situation à l’époque était moins complexe.
Rappelant que les effectifs de la FIAS devraient être doublés courant 2006 et passer à 18 000 militaires, M. Çetin a souligné que l’objectif était d’étendre le dispositif international aux six provinces du Sud au cours de cet été, puis ensuite à l’Est afin de « pouvoir couvrir l’ensemble du pays d’ici la fin de l’année » et « protéger les zones vulnérables de l’influence des Talibans ». Selon lui, après quatre ans, « les Talibans sont en train de se réorganiser. La fréquence des attaques a augmenté et les Talibans ont réussi à éroder l’autorité du gouvernement dans le Sud du pays. Leur nouvelle stratégie évite les contacts directs avec les forces militaires au profit d’attaques ciblées ».
Parmi les défis à relever (terrorisme, pauvreté, chômage, corruption), M. Çetin a souligné celui représenté par « l’impact de la culture du pavot », en augmentation en 2005, qui assure les revenus de deux millions d’Afghans mais aussi ceux des groupes terroristes qui « prennent leur part sur les récoltes ». Dans ce domaine, a-t-il affirmé, « l’éradication n’est pas la panacée. Si nous ne proposons pas de substitut aux paysans dont l’alternative serait la misère, cela ne marchera pas et les agriculteurs se révolteront ». Selon lui, le cas du pavot, qui nécessiterait « des aides à hauteur de 600 à 700 millions de dollars destinées aux seuls agriculteurs », illustre la nécessité d’engagements financiers de haut niveau pour « préparer des projets ayant des répercussions politiques rapides ». « En l’absence de résolution de la question de l’opium, il n’y aura pas de situation stable en Afghanistan », a-t-il estimé.
Le Haut représentant a enfin souligné que 2006 serait « une année cruciale pour l’OTAN » avec l’extension de son dispositif sur tout le territoire supposant « l’accomplissement de missions dangereuses ». Evoquant une « synergie » renforcée entre « Liberté immuable » et la FIAS avec l’unification des forces sous commandement OTAN « d’ici la fin 2006 », M. Çetin a souhaité que soient « passées au crible les clauses restrictives fixées par les Etats à leur participation » afin de « procurer plus de souplesse au commandement sur le terrain ».
En présentant son rapport à l’Assemblée après avoir mené une mission d’information en Afghanistan, M. Jean-Pierre Kucheida a souligné les enjeux d’une présence internationale prolongée en Afghanistan. Selon lui, seule l’Union européenne peut apporter une valeur ajoutée à l’intervention militaire avec des programmes économiques et sociaux. « Sans sécurité, aucune reconstruction n’est possible. Sans développement économique et stabilité politique, il n’y aura pas de sécurité », a-t-il affirmé.