La Belgique veut du « concret » pour la PESD
Paris, le 20 décembre 2006 – M. André Flahaut, Ministre belge de la défense, a préconisé ce mercredi une politique européenne de sécurité et défense privilégiant des développements « concrets » visibles par les opinions publiques et qui s’appuie sur une collaboration étroite avec les parlementaires nationaux et européens. « Il faut continuer à se battre pour révolutionner les esprits et nos états-majors, décloisonner nos pays, former nos pilotes et nos marines en commun », a-t-il affirmé en souhaitant l’émergence d’une « académie militaire européenne ».
Intervenant en qualité de représentant de la présidence tournante de l’UEO, M. Flahaut s’est fait l’avocat d’une Europe de la défense « qui progresse concrètement et sur le terrain, comme cela a été le cas en République démocratique du Congo » où la mission EUFOR RD Congo s’achève après avoir assuré le bon déroulement des élections. Le « rôle particulier » que joue la PESD au Congo lui donne « une visibilité concrète et positive auprès des opinions publiques », a-t-il poursuivi en se félicitant que la mission EUFOR soit prolongée par « une mission de conseil et d’assistance qui doit être renforcée pour achever la consolidation de la nouvelle armée congolaise au service du peuple ».
« Une large majorité de citoyens européens soutient l’idée d’une défense européenne », a-t-il poursuivi en soulignant les vertus d’une « bonne coopération entre des ministres de la défense volontaristes et les parlementaires des différentes assemblées européennes et nationales, qui peut faire avancer concrètement la PESD mieux que des débats dogmatiques ». Il a estimé notamment que « dans son rôle de forum interparlementaire de consultation, de réflexion et d’échange de vues en matière de sécurité et de défense, l’Assemblée de l’UEO doit continuer à informer et éclairer l’opinion publique sur un débat essentiel pour l’avenir de l’Europe ». « L’UEO reste la seule organisation strictement européenne ayant instauré une clause de défense collective et automatique. Comparativement, l’article 5 de l’OTAN, moins contraignant, stipule que chaque allié assistera la partie agressée en prenant les actions qu’elle jugera nécessaires, y compris l’emploi de la force armée. Le champ couvert par cette assistance reste à l’appréciation de chaque Etat membre après consultation commune sur les besoins et capacités. La clause de défense collective de l’UEO incarne donc l’engagement de solidarité qui lie les Européens entre eux », a t-il souligné.
Evoquant le rôle dévolu à l’Agence européenne de défense (AED) pour « diminuer les fragmentations, les duplications et le morcellement du marché européen de l’industrie européenne de défense », le ministre a jugé que l’AED était « une belle voiture qui ne dispose pas d’un moteur suffisamment puissant », faute d’un budget à la hauteur de ses ambitions. Malgré ce handicap, il a estimé que l’AED pouvait d’ores et déjà se fixer des objectifs « modestes » à forte visibilité, à travers « des coopérations à deux, trois pays ou plus ». Dans cette optique, « l’Eurocorps pourrait être le premier client de l’Agence en définissant ses besoins propres pour partir un jour en mission avec du matériel sortant de l’AED ».
Au cours du débat, le ministre a été interrogé notamment sur l’opportunité de « partir ou de rester » dans un Afghanistan « au bord du chaos ». « Le chaos est déjà là », a-t-il répondu en indiquant qu’il fallait « rester mais modifier la manière dont nous sommes présents ». « Il faut diminuer la part militaire » de l’intervention internationale et « engager une politique globale incluant l’agriculture, la santé, l’aide au développement ». Soulignant que l’objectif d’une « cohérence nationale » afghane relevait pratiquement de « l’impossible », il a estimé que « l’erreur initiale a sans doute été d’avoir imaginé une reconstruction de type occidental alors que tous les modèles ne sont pas transposables partout ».
M. Flahaut a enfin souhaité que la question du Darfour soit traitée « au niveau de l’ONU pour prendre la décision de faire vraiment quelque chose ». « On laisse se développer là-bas une situation qui est déjà peut-être irrécupérable », a-t-il averti.