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OPINION PUBLIQUE ET ELARGISSEMENT DE L´UE :
Débattons ouvertement des vrais enjeux !
 
 

Paris, le 4 avril 2007 - Mme Sylvie GOULARD, Présidente du Mouvement européen de France et ancien conseiller politique du Président de la Commission, Romano Prodi (de 2001 à 2004), a présenté ses idées sur la question sensible de la perception par l´opinion publique du processus d´élargissement de l´UE devant les membres de la Commission politique et de la Commission pour les relations parlementaires et publiques de l´Assemblée, réunis à Paris le 3 avril. Chercheur associé au CERI (Sciences po, Paris) et enseignante au Collège d´Europe à Bruges, Mme GOULARD a publié plusieurs ouvrages sur la question de l´élargissement, notamment « Le Grand Turc et la République de Venise » (Editions Fayard, 2004), qu´elle qualifie de plaidoyer « pour l´Europe » et non « contre la Turquie ».   Elle a également dirigé un groupe de réflexion qui a publié une note sur « Le partenariat privilégié, alternative à l´adhésion » (Note n° 38, Fondation Robert Schuman, 2006). Elle est aussi l´auteur d´un ouvrage récent : « L´Europe pour les nuls » (Editions First, 2007), qui a vocation à contrer le jargon juridique rébarbatif trop souvent utilisé pour expliquer l´Europe.
Mme Goulard part du constat que lors des élections européennes de juin 2004, on a enregistré des taux d´abstention très préoccupants. L´incertitude qui a entouré le processus d´élargissement n´est sans doute pas étrangère à ces résultats. Les décisions du Conseil européen ont été prises « relativement en catimini, sans débat public préalable », regrette Mme Goulard. Elle rappelle que l´élargissement n´est pas une fin en soi. Le fameux critère de la « capacité d´absorption » de l´UE était présent dans les textes dès 1993. D´un côté, on a demandé de gros efforts aux pays candidats dans trois grands domaines (démocratie, économie, reprise de l´acquis communautaire) mais, de l´autre côté, les Etats déjà membres de l´UE n´ont pas réussi à se mettre d´accord (à Amsterdam, Nice et suite aux travaux de la Convention européenne) sur les réformes institutionnelles nécessaires pour un fonctionnement efficace de l´Europe élargie. « En 2006, le Conseil et la Commission ont découvert l´existence des citoyens ! », s´exclame Mme Goulard.

Elle regrette la décision du Président de la République française de rendre obligatoire un référendum pour toute future adhésion à l´UE. C´est prendre « un risque considérable », même si la France n´est pas le seul Etat membre de l´UE susceptible de rejeter une adhésion. Elle propose de se recentrer sur l´essentiel qui est « d´entretenir les meilleures relations possibles » avec nos voisins. Elle se réfère aux propositions concrètes pour un « partenariat privilégié », faites par le groupe de réflexion qu´elle a dirigé au sein de la Fondation Schuman.

« La crainte des citoyens concernant l´élargissement repose autant sur une méconnaissance des autres citoyens européens (jamais rencontrés !) que sur le refus de frontières communes avec des pays perçus comme « dangereux » (au simple aperçu d´une carte géographique !). Les exécutifs ont assuré que l´élargissement augmenterait la stabilité et la sécurité de l´Europe dans son ensemble. Mais les citoyens perçoivent aussi les risques liés à l´élargissement. Il faut répondre à ces inquiétudes, qui sont légitimes.  Il faut avoir le courage de présenter les avantages mais aussi les risques liés aux élargissements de l´UE. Par exemple, en ce qui concerne le processus de décision de l´UE, compte tenu du système institutionnel actuel, le fait d´intégrer de nouveaux pays engendre un risque de multiplication des vetos et des blocages, puisque chaque pays continue d´avoir une forte perception de ses intérêts nationaux. Au lieu de passer sous silence ce type de risques, il faudrait en débattre ouvertement !», estime Mme Goulard. Donner le choix aux citoyens entre « l´élargissement ou le chaos » est faux. Il y a bien des manières d´associer les pays voisins de l´UE au processus de construction européenne, notamment par le biais d´enceintes comme le Conseil de l´Europe.

« La politique européenne de sécurité commune (PESC) n´existe pas. Elle n´a de réalité que le nom ! Il n´existe pas de politique étrangère « intégrée » tout au plus une « coopération ». On peut parler de politique de la concurrence commune, mais pas d´une politique étrangère commune.  Les citoyens sont en avance sur leurs exécutifs, puisque les sondages indiquent que les Européens sont favorables à une telle politique », constate Mme Goulard. « Or l´élargissement n´est pas une politique étrangère. Que peut être la politique étrangère d´un ensemble qui ne définit pas son étranger ? », s´interroge Mme Goulard. Selon elle, « l´absence de frontières n´est pas toujours positif. Il faut prendre en compte cette inquiétude des populations. Il est plus important que l´Europe se consolide plutôt qu´elle ne s´étende. Au lieu de promettre la lune à des pays qui ne sont pas prêts, il serait plus réaliste de coopérer sur des projets concrets pas à pas. ».

Pour Mme Goulard, « le vrai défi est de parvenir à créer une continuité entre le niveau national et le niveau européen. Il faut une continuité de la démocratie. De manière globale, on constate une crise de la démocratie, mais au niveau national la légitimité des institutions démocratiques n´est pas remise en cause. Au niveau européen, au contraire, la légitimité des institutions est en danger. Même si la construction européenne reste solide, elle est vulnérable. Il existe un véritable problème de mobilisation des élites nationales en vue de promouvoir les précieux acquis de l´intégration européenne. Les parlementaires nationaux et les élus locaux ont un rôle essentiel à jouer  pour incarner le message européen. Mme Wallström (Commissaire chargée des relations institutionnelles et de la stratégie de communication) seule ne parviendra pas à mobiliser 500 millions de citoyens ! ». Mme Goulard a également lancé un appel aux gouvernements européens pour qu´ils essaient vraiment de travailler ensemble à 27. « Il faut juger les gens sur ce qu´ils sont vraiment prêts à donner », a-t-elle conclu.

 
Au cours de sa prochaine session plénière, qui se tiendra à Paris du 4 au 6 juin,  l´Assemblée adoptera un rapport intitulé « Stabilité et sécurité de l´Europe : l´enjeu de l´élargissement vu par l´opinion publique » présenté au  nom de la Commission pour les relations parlementaires et publiques par M. Marco ZACCHERA, rapporteur (Italie, Groupe fédéré) et Mme Anca PETRESCU, co-rapporteure (Roumanie).
 


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