2008 : une année décisive pour les Balkans
Paris, le 7 mars 2008 : L’Assemblée européenne de sécurité et de défense (Assemblée de l’UEO) a organisé, le 4 mars 2008 à Ljubljana, à l’occasion de la présidence slovène et à l’invitation du parlement de ce pays, un colloque sur le thème « 2008 : une année décisive pour les Balkans occidentaux », qui a réuni plus de 200 participants.
M. France Cukjati, Président de l’Assemblée nationale slovène, qui a ouvert le colloque, a mis en avant le soutien apporté par la Slovénie pour rendre la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) efficace. La coopération avec l’Assemble est des plus utiles, d’autant que cette dernière veille à ce que la PESD bénéficie d’un véritable suivi démocratique. M. Robert Walter, président de la Commission de défense de l’Assemblée, a remercié la présidence slovène pour son concours en ce qui concerne l’organisation du colloque. Il a précisé qu’il restait d’importantes questions à régler dans les Balkans occidentaux, compte tenu notamment des réactions en chaîne que pourraient entraîner la proclamation par le Kosovo de son indépendance. M. Zmago Jelincic Plemeniti, président de la délégation slovène à l’Assemblée, a souligné l’absence jusqu’ici d’un concept clair de « sécurité européenne », et fait observer que le rôle joué par l’Europe dans les Balkans occidentaux n’était pas suffisamment reconnu.
Pendant la première séance consacrée à la présidence de l’UE et aux Balkans occidentaux en 2008, M. Anton Anderlic, président de la Commission de défense de l’Assemblée nationale slovène et membre de la délégation slovène à l’Assemblée, a présenté les résultats de la Conférence des présidents des commissions de défense des parlements nationaux des Etats membres de l’UE, du Parlement européen et des parlements des pays candidats, qui s’est tenue le 3 mars à Ljubljana. L’opinion publique juge sévèrement les pertes en vies humaines parmi les soldats et critique les dépenses encourues pour les opérations extérieures. Il importe que les parlements nationaux soient associés à un stade précoce au processus de planification opérationnelle de l’Union afin de soutenir les opérations et de pouvoir exposer leur finalité à leurs concitoyens. M. Karl Erjavec, Ministre de la défense de Slovénie, a souligné que les Balkans étaient prioritaires pour la Slovénie et l’ensemble de l’UE. Il faut aussi ouvrir des perspectives européennes à la région – 2008 sera une année charnière à cet égard. Le Général de corps d’armée David Leakey, Directeur de l’Etat-major de l’UE, a noté que depuis le début de la présence de l’EUFOR en 2004, la situation sécuritaire en Bosnie-Herzégovine avait cessé d’être alarmante. Le développement économique, la lutte contre la corruption et la réforme de la police sont essentiels pour la stabilité. Voila pourquoi il a été décidé de ne pas fixer de date pour la fin de l’opération Althea de l’UE, mais plutôt de déterminer un « état final », à savoir l’aptitude de la Bosnie à assurer la stabilité et la sécurité du pays de façon autonome et durable.
Lors de la deuxième séance sur la gouvernance, le développement économique et social et la sécurité dans les Balkans occidentaux, M. Boris Divjak, Directeur général, Transparency International, Bosnie-Herzégovine, a reconnu que la corruption posait problème dans la plupart des pays des Balkans occidentaux. Tous les problèmes étant interconnectés, il a comparé la situation avec le « Rubik’s Cube ». Il est indispensable de pouvoir s’appuyer sur un système cohérent dans les domaines du droit et de l’ordre public. M. Andrej Lepavcov, Conseiller pour les affaires étrangères, Cabinet du Premier ministre de l’ex-République yougoslave de Macédoine, a exprimé l’espoir de son pays d’être invité à adhérer à l’OTAN lors du sommet que tiendra l’Alliance au printemps. L’ex-République yougoslave de Macédoine est candidate à l’entrée dans l’UE depuis 2005 et attend avec impatience le lancement prochain de négociations d’adhésion. Pour M. Ognjen Tadic, Vice-Président de l’Assemblée nationale de la Republika Srpska, Bosnie-Herzégovine (parti démocrate serbe), le moment est venu de décider si la Bosnie-Herzégovine doit être considérée désormais comme un pays indépendant ou encore comme un protectorat international. M. Tadic a souligné également l’urgente nécessité pour l’UE de réaliser des investissements économiques dans la région.
La troisième séance, qui a porté sur les Balkans occidentaux au lendemain de la déclaration d’indépendance du Kosovo, a été présidée par M. Rudolf Petan, membre de la délégation slovène à l’Assemblée de l’UEO. M. Selmo Cikotic, Ministre de la défense de Bosnie-Herzégovine, a expliqué que les réformes du secteur de la défense bosniaque avaient eu des effets stabilisateurs sur l’ensemble du pays. Elles ont contribué à surmonter les problèmes ethniques. Mais la réforme des forces de police civile est loin d’être achevée. La structure militaire de l’EUFOR deviendra bientôt superflue, un simple soutien civil sera suffisant. Mme Zylfije Hundosi, présidente de la Commission des affaires étrangères au parlement du Kosovo, a souligné que tout le monde – les personnes comme les institutions – fera le maximum pour la paix et la stabilité régionales. La priorité pour le Kosovo est l’intégration euro-atlantique. Selon Mme Judy Blatt, de l’Institut d’études de sécurité de l’UE, il n’y a pas une seule question albanaise, il y en a plusieurs. Les Albanais ont vécu pendant longtemps dans des Etats différents et l’Albanie n’a jamais poursuivi l’objectif d’unir les communautés albanaises. La question qui se pose vraiment n’est pas celle du nationalisme albanais, mais du défi à relever par les Etats dans lesquels ils vivent – mettre en place des structures administratives efficaces et assurer la liberté démocratique. La situation économique du Kosovo est très difficile et il en sera ainsi pendant longtemps encore. Il faut espérer que les perspectives d’intégration européenne aideront à forger l’identité kosovare.
La séance de clôture, consacrée aux perspectives européennes pour les Balkans, a été présidée par M. Militiadis Varvitsiotis, président de la Commission des affaires étrangères et de la défense du parlement hellénique et membre de la délégation grecque à l’Assemblée. M. Wim Van Meurs, du Centre de recherche appliquée en politique, a souligné que la perspective d’adhésion à l’UE était un puissant stimulant pour la stabilité dans les Balkans occidentaux. Cela est sans aucun doute dû au fait que l’Union fournit les orientations nécessaires pour les réformes, ainsi que l’assistance économique,en vue de mener à bien le processus d’édification de l’Etat. M. Militiadis Varvitsiotis a exprimé la crainte que l’indépendance du Kosovo ouvre des portes verrouillées depuis des années et ne donne pas le bon exemple à d’autres régions qui connaissent des tendances sécessionnistes. L’Europe a besoin d’Etats économiquement stables et il est stratégiquement important que l’Union fournisse une feuille de route à la Serbie.
Pendant les débats, l’accent a été mis sur l’importance de convaincre l’opinion publique de la nécessité de mener des opérations extérieures. Les parlements nationaux ont un rôle clé à jouer à cet égard. Il a été souligné aussi que dans certaines situations, l’intervention de l’UE est plus appropriée que l’action de l’OTAN. La question du différend concernant le nom de l’ex-République yougoslave de Macédoine a été longuement débattue. Les participants se sont demandés également de quel le type de soutien le Kosovo aurait besoin, et dans quelle mesure la peur du nationalisme albanais était justifiée. Plusieurs orateurs ont répondu que l’avenir du Kosovo passait par l’Europe. Un certain nombre de parlementaires se sont dits inquiets à l’idée que le Kosovo crée un précédent pour d’autres régions agitées par des mouvements séparatistes.
Les Balkans occidentaux feront l’objet d’un rapport qui sera présenté à la prochaine session plénière que tiendra l’Assemblée à Paris (3-5 juin 2008) par M. Pedro Agramunt (Espagne, Groupe fédéré).
Le lendemain du colloque, le mercredi 5 mars, les membres de l’Assemblée se sont rendus à l’Ecole militaire de haute montagne de Bohinjska, où ils ont assisté à une démonstration par le 132e Bataillon de montagne.
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