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Balkans occidentaux : l’UE doit promouvoir l’autonomie, non l’assistanat
Paris, le 4 juin 2008 – Selon une recommandation adoptée par l’Assemblée ce mercredi, l’Union européenne doit modifier sa stratégie dans les Balkans occidentaux de manière à encourager l’indépendance économique de la région plutôt que sa dépendance à l’égard des subventions.

« La région reçoit des aides directes ou indirectes de l’Occident depuis les années 1995, mais les progrès réalisés ont été maigres », a déclaré le rapporteur, M. Pedro Agramunt (Espagne, Groupe fédéré) en présentant, au nom de la Commission politique, son rapport intitulé : « 2008 : une année décisive pour les Balkans occidentaux ». Pour lui, le principal résultat a été de parvenir à un niveau acceptable de sécurité et de stabilité, mais sur les plans politique, institutionnel et économique, la situation est loin d’être satisfaisante.

M. Agramunt, qui est le président de la commission, a noté que le terme de « syndrome de dépendance des Balkans » avait été créé pour décrire le rôle joué par l’Occident qui, telle une « vache à lait », fournit inlassablement des fonds à la région, alors que les fonctionnaires qui y sont envoyés ont fini par prendre en charge ce que les gouvernements devraient faire par eux-mêmes. « Cela ne signifie pas pour autant que l’UE doive abandonner cette région à elle-même, mais il pourrait être envisagé, à moyen et à long terme, de changer de stratégie, d’adopter des mesures plus strictes et de l’inciter davantage à se prendre en main plutôt que de multiplier les subventions ».

Le rapport a suscité une discussion animée et parfois passionnée des parlementaires, allant du pessimisme le plus noir à un optimisme raisonnable.

Lord Russell-Johnston (Royaume-Uni, Groupe libéral) a jugé le rapport réaliste, mais son point de vue a été critiqué par son compatriote John Austin (Royaume-Uni, Groupe socialiste), qui le considère comme trop pessimiste. « On constate une certaine stabilité qu’on n’aurait pu espérer il y a quelques années », a indiqué M. Austin. « Nous ne devons pas sous-estimer les difficultés, ni nous montrer trop alarmistes ». Selon lui, l’accès à l’indépendance du Kosovo n’a pas créé de précédent et la Bosnie-Herzégovine comprend la nécessité d’une intégration dans les structures euro-atlantiques.

« Rien ne va dans les Balkans », telle a été l’opinion de M. Zmago Jelincic Plemeniti (Slovénie). Les frontières de la Croatie sont contestées, « mais l’UE ne fait rien » à ce sujet. Il a noté que les problèmes dans la région, une véritable bombe à retardement selon lui, s’aggravent. En Serbie, il est vraisemblable que les radicaux remporteront les futures élections.

M. Mike Hancock (Royaume-Uni, Groupe libéral), vice-président de la commission, a déclaré qu’il faudrait organiser de nouvelles élections dans certaines parties de l’ex-République yougoslave de Macédoine car la violence et les manœuvres d’intimidation ont affaibli le processus démocratique. Il n’ose imaginer ce qui va se produire en Bosnie-Herzégovine quand les troupes étrangères vont se retirer ; partout dans la région, on a l’impression de « marcher sur des sables mouvants ».

Plusieurs orateurs ont demandé l’instauration d’un dialogue entre la Grèce et l’ex-République yougoslave de Macédoine afin de régler le différend sur le nom de cette dernière. Pour M. Konstantinos Vrettos (Grèce, Groupe socialiste), l’avenir du Kosovo se confond avec celui des Balkans et rien ne justifie « le pessimisme le plus noir ».

M. Marco Zacchera (Italie, Groupe fédéré) a condamné la proclamation unilatérale de son indépendance par le Kosovo. L’aide internationale fait vivre la moitié de l’économie, a-t-il précisé. Ce sont les troupes étrangères qui gèrent le pays, y compris la justice et la police, et les trafics en tous genres sont monnaie courante. L’UE doit arrêter de se voiler la face et reconnaître que le Kosovo est une source d’instabilité. Il lance « un vibrant appel au Kosovo pour qu’il assume ses responsabilités plutôt que de vivre de subventions ». Il pourra alors être un pays digne de ce nom.

M. Denis MacShane (Royaume-Uni, Groupe socialiste) a déclaré que les élections au Kosovo et dans l’ex-République yougoslave de Macédoine « déshonoraient la communauté internationale », ajoutant que « la fraude et les irrégularités faisaient honte à l’ensemble de l’Europe ». Le Kosovo ne réintégrera pas la Serbie, pas plus que les autres Etats indépendants de la région ne rejoindront à nouveau la Yougoslavie. Il déploré la montée des forces politiques d’extrême droite à Belgrade et dans l’ex-République yougoslave de Macédoine.

Selon Mme Elsa Papadimitriou (Grèce, Groupe fédéré), le Kosovo a été encouragé de façon prématurée par « un grand nombre d’entre nous » à proclamer son indépendance. « Nous devons donc en tirer la leçon », a-t-elle dit. « L’intégration européenne pour tous les pays des Balkans est le seul cadre de référence ».

Résumant le débat, M. Hancock a indiqué qu’il démontrait l’utilité de l’Assemblée. Cette année ne sera peut-être pas décisive pour la région, mais elle se caractérisera par un nombre important de décisions qui, a-t-il espéré, seront « réalistes » et respecteront les vues des populations, qui ont besoin de paix et de stabilité et ne demandent qu’à vivre. Ce ne sera possible qu’en mettant fin à la recherche d’avantages politiques égoïstes.

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