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L’AESD propose un « Helsinki Plus » intégrant la Russie dans un nouveau concept de sécurité pour l’Europe
Mme Tuija NURMI, Présidente de la délégation finlandaise et M. Robert Walter, MP, Président de l'Assemblée
© Vesa Lindqvist/Parliament of Finland

22 octobre 2009 – L’Assemblée européenne de sécurité et de défense (AESD) a tenu un colloque à Helsinki intitulé : « Vers un nouveau concept de sécurité pour l’Europe ? ». Ce colloque s’est déroulé au Parlement finlandais (Eduskunta) à l’invitation de la délégation finlandaise à l’Assemblée. Parmi les orateurs et les participants figurait un grand nombre de membres de l’Assemblée, ainsi qu’une importante délégation russe et des représentants de l’Assemblée de la CEI, des spécialistes du domaine civil et militaire, des représentants des gouvernements et des milieux académiques. 

Le colloque a été inauguré par M. Seppo KÄÄRIÄINEN, Premier Vice-Président du Parlement finlandais, M. Robert WALTER, Président de l’AESD, et Mme Tuija NURMI, Présidente de la délégation finlandaise. M. KÄÄRIÄINEN a souligné l’impact de la mondialisation et l’importance de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). M. WALTER a rappelé qu’un nouveau cadre de sécurité doit être fondé non seulement sur les intérêts, mais aussi sur les valeurs. L’histoire récente, a-t-il ajouté, a prouvé que l’équilibre des forces n’était pas suffisant pour garantir une sécurité durable : la démocratie et les droits de l’homme ont aussi leur importance. Nous visons un espace qui devrait apparaître comme notre « voisinage commun », et non comme « l’étranger proche » de quiconque ; qui devrait être un espace ouvert à la coopération, non le champ clos des rivalités. Il faut certes développer des concepts de sécurité plus larges, mais il faut aussi se  pencher sur les conflits dits gelés. « Nous devons nous asseoir tous ensemble autour d’une table et résoudre ces conflits avant de pouvoir envisager de créer de nouvelles institutions. Sinon, nous ne ferons que transférer ces dossiers sur une autre table sans rien régler, en donnant faussement l’impression de déployer une intense activité, mais en fait nous n’aurons pas fait grand-chose », a-t-il conclu. Mme NURMI a mis l’accent sur l’« interdépendance » entre l’Europe et la Russie, notamment dans le domaine de l’énergie, de l’environnement et de la sécurité. L’Europe et la Russie doivent approfondir leur coopération et l’Europe doit parler « d’une seule voix » dans ce contexte.

M. Jyri HÄKÄMIES, Ministre de la défense de la Finlande, a cité quatre sujets prioritaires. En premier lieu, la crise financière, actuellement le plus grand défi mondial. Deuxièmement, la sécurité énergétique, question d’intérêt mutuel pour l’Europe et la Russie : la première a besoin d’énergie, la seconde de devises. Troisièmement, l’importance croissante du Grand Nord et de son énorme potentiel : la stabilité de la région arctique est dans l’intérêt de tous. Quatrièmement, l’absence de changements radicaux dans la politique de sécurité finlandaise : la Finlande reste non alignée sur le plan militaire, tout en encourageant le développement de la coopération internationale, en particulier avec l’OTAN. Le ministre a également répondu aux questions des membres de l’Assemblée sur le gazoduc North Stream (Dr Hakki KESKIN, Allemagne, et Leon KIERES, Pologne), la possibilité d’une adhésion de la Finlande à l’OTAN et la réaction de l’opinion publique finlandaise (Franz-Eduard KÜHNEL, Autriche, et John AUSTIN, Royaume-Uni).

Les deux sessions : « Les défis à la sécurité européenne et les réponses des organisations internationales » et « Combler les lacunes : avons-nous besoin d’une nouvelle architecture de sécurité ? » ont été consacrées aux défis auxquels l’Europe doit faire face et aux propositions formulées en mai 2008 par le Président russe Dmitri MEDVEDEV sur une nouvelle architecture de sécurité européenne.

Au cours de la première session, M. Paavo LIPPONEN, ancien Premier ministre et ancien Président du Parlement finlandais, a déclaré à propos de la politique menée par la Finlande à l’égard de la Russie depuis la Seconde guerre mondiale : « Cette politique, nous en sommes fiers. Nous n’avons pas à nous en excuser. C’était une question de survie. » La Finlande est donc selon lui bien placée pour jouer un rôle constructif au sein de l’UE en vue de renforcer sa coopération avec la Russie. La Finlande a adhéré à l’UE en partant de l’hypothèse que tous ses membres travaillent de concert sur un pied d’égalité et sont prêts à renforcer la PESD en participant activement aux opérations de gestion des conflits. M. LIPPONEN a souligné la nécessité d’une Union européenne plus forte. L’UE a besoin d’arrêter des choix concrets et des politiques inclusives (solidarité en matière d’énergie, changement climatique, politique étrangère, droits de l’homme, partenariat avec la Russie). La Russie est un partenaire stratégique pour l’Europe et la coopération entre elles doit aussi être axée sur les défis à long terme.

M. Timo KANTOLA, Finlande, Directeur de l’Unité de la Politique de sécurité au ministère des affaires étrangères, a rappelé que les propositions russes sont actuellement en discussion au sein de l’OSCE dans la foulée de sa réunion tenue à Corfou en juin dernier. Le processus de Corfou lancé par l’OSCE a pris un bon départ mais ne doit pas pécher par excès d’ambition. Le paramètre essentiel pour la réussite du dialogue avec la Russie est la confiance, mais la crise géorgienne, pour ne citer qu’un exemple, est un important facteur de défiance. L’OSCE n’a pas eu d’autre choix que clore sa mission en Géorgie. La mission d’observation de l’UE se poursuit, mais ne peut travailler de façon pleinement satisfaisante.

M. Andrey RUDENKO, Premier conseiller en matière de planification à l’OSCE, a présenté les diverses discussions en cours dans le sillage des propositions russe et française d’ouverture d’un nouveau dialogue sécuritaire en Europe. La réunion de Corfou a donné le coup d’envoi au dialogue dans le cadre de l’OSCE tout en tenant compte des contributions des autres organisations internationales. A cet égard, le présent colloque  est particulièrement opportun. Le processus de Corfou a déjà donné lieu à cinq séances de travail et cinq autres sont prévues. Dans le cadre de ce processus, toutes les questions controversées devront faire l’objet d’une discussion franche. Faire avancer ce dialogue, c’est se donner un outil efficace pour bâtir la confiance en Europe. L’élaboration d’un nouveau concept de sécurité pour l’Europe pourrait être un processus de longue haleine.

Ces interventions ont été suivies d’un débat animé, au cours duquel des questions ont été posées sur la Géorgie (M. Alexander TORSHIN, Russie), l’érosion du régime FCE (M. Andras György EDLER, Roumanie), le fonctionnement interne de l’OSCE et son avenir (M. Paul WILLE, Belgique et Lord ANDERSON OF SWANSEA, Royaume-Uni), le projet NABUCCO et les négociations sur le contrôle des armements entre les Etats-Unis et la Russie (Dr. Hakki KESKIN, Allemagne), les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE et le rôle stratégique de ce pays en matière d’énergie (M. Zmago JELINCIC PLEMENITI, Slovénie), la dimension humaine de la sécurité et l’immigration clandestine (M. Giacomo SANTINI, Italie), les relations transatlantiques (Mme Betty WILLIAMS, Royaume-Uni), le traité sur la sécurité européenne proposé par le Président MEDVEDEV et les moyens d’instaurer une coopération concrète entre l’OSCE, l’UE et l’OTAN (M. Franz-Eduard KÜHNEL, Autriche), et la cohésion des politiques de l’UE et de l’OTAN (M. Leon KIERES, Pologne).

Au cours de la conférence de presse, M. TORSHIN a remercié l’AESD et l’Eduskunta d’avoir organisé ce fructueux colloque à Helsinki, lieu hautement symbolique puisque c’est dans cette ville qu’en 1975 « la glace de la guerre froide a fondu ». La Russie a réagi avec enthousiasme à l’idée d’un « Helsinki Plus » lancée par M. WALTER. Mme NURMI a expliqué que la sécurité devait être prise dans son acception la plus large (englobant la culture, le commerce et le sport). Nous devons nous entendre pour construire ensemble la sécurité commune, a-t-elle dit. Pour M. WALTER, il convient d’apporter une réponse positive aux propositions de M. MEDVEDEV en entamant un dialogue approfondi avec la Russie et les pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI).

Pendant la deuxième session, M. Alexander TORSHIN, Premier Vice-Président du Conseil de la Fédération, Président de la délégation russe à l’Assemblée, a indiqué que la Russie était désireuse d’éliminer la confrontation et de ne pas créer de nouveaux clivages en Europe. Ce colloque constituera selon lui une contribution solide au processus de Corfou. La diplomatie parlementaire à l’appui des propositions de M. MEDVEDEV est d’une utilité précieuse, en particulier dans le cadre de l’AESD. M. TORSHIN a proposé la mise sur pied d’un groupe de travail comprenant des membres de la Douma, du Conseil de la Fédération et de l’AESD pour continuer à progresser sur la voie d’un nouveau concept de sécurité pour l’Europe.

Selon Mme Oksana ANTONENKO, IISS, Londres, nous devons définir l’objectif ultime du processus de dialogue avant de choisir une voie. La Russie est favorable à un nouveau Traité sur la sécurité européenne, ce qui ne semble pas être le cas de tous les autres partenaires euro-atlantiques. La Russie veut notamment geler l’élargissement de l’OTAN, faire reconnaître l’égalité de statut entre l’OTAN et l’OTSC et recentrer l’OSCE sur la sécurité « dure » au détriment des droits de l’homme. L’oratrice estime que nous devons abandonner l’idée d’un nouveau traité sur la sécurité européenne pour défendre une approche de bas en haut, avec un programme détaillé de questions concrètes (telles que l’Afghanistan, le Haut-Karabakh, la sécurité des personnes, en particulier les migrations et les trafics de drogue, etc.).

Pour M. Paul DUNAY, Centre for Security Policy, Genève, la proposition à plusieurs niveaux du Président MEDVEDEV constitue un ballon d’essai destiné à mettre l’Ouest face à ses divisions internes. La Russie tente aussi de rééquilibrer les dimensions géographiques et opérationnelles de l’OSCE, d’insuffler une vie nouvelle au processus de contrôle des armements en Europe et de légitimer certaines organisations de l’ère post-soviétique (CEI, OTCS et OCS).

Au cours du débat qui a suivi, des questions ont été posées sur les mesures à prendre pour améliorer les relations entre l’UE et la Russie (M. Yves POZZO DI BORGO, France), un nouveau traité sur la sécurité européenne et le Haut-Karabagh ((Dr Hakki KESKIN, Allemagne et M. Franz-Eduard KÜHNEL, Autriche), la Géorgie et le Traité de Lisbonne (Lord ANDERSON OF SWANSEA, Royaume-Uni).

Clôturant le colloque, M. Gerd HÖFER (Allemagne, Groupe socialiste), rapporteur, a insisté sur la nécessité de ne pas « isoler » la Russie. Nous devons au contraire renforcer le « dialogue » avec ce pays pour promouvoir les « intérêts communs de l’Europe et de la Russie », a-t-il conclu. La dimension parlementaire est un élément important de ce processus. M. HÖFER a ajouté que la Russie ne considérait pas l’Union européenne comme une entité et préférait souvent intensifier ses relations bilatérales avec les différents membres de l’UE. Il appartient aux pays européens eux-mêmes de parler d’une seule voix et d’agir de concert dans le cadre de l’Union afin de définir leur partenariat avec la Russie.

Un rapport intitulé « Vers une nouvelle architecture de sécurité pour l’Europe ? » est en cours d’élaboration par les rapporteurs de la Commission politique de l’AESD, M. Gerd HÖFER (Allemagne, Groupe socialiste) et M. Arcadio DIAZ TEJERA (Espagne, Groupe socialiste). Le rapport sera présenté à la session plénière de l’Assemblée, qui se tiendra à Paris du 1er au 3 décembre (www.assembly-weu.eu).

www.assemblee-ueo.eu
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